Depuis des années tant au niveau local que départemental je n’ai cessé de mettre en garde contre la raréfaction de la ressource en eau potable sur un territoire n’ayant rien de sahélien qu’est la Gironde. L’écho donné à ces mises en garde a été l’équivalent de celui des prêcheurs s’adressant à leurs ouailles dans le désert. Pourtant concrètement dans ma vie publique je n’ai cessé de rechercher de modestes solutions pour éviter un gaspillage honteux du bien le plus précieux que possède l’humanité. Mise en place du premier bassin de récupération des diverses eaux (arrosage, petite source, ruissellement) pour… l’arrosage des pelouses du stade municipal de Créon qui ne se fait plus depuis une douzaine d’années à partir du réseau, création d’interconnexions avec les réseaux voisins pour une solidarité en cas de besoin, première commune a avoir supprimer le puisage dans la nappe de l’éocène en grand péril, passage vers l’intercommunalité de la gestion de la distribution pour éliminer (ou tenter de le faire) le problème de la « surfluorisation », chasse aux abus d’utilisation -arrosage de pelouses en période caniculaire-, tarif progressif différencié (plus on consomme plus c’est cher et tarif faible pour les besoins vitaux), animation de multiples rencontres citoyennes sur cette problématique, installation économiseurs dans les espaces publics, non arrosage des jardins publics avec goutte à goutte ou consommation nocturne programmés, installation de cuves de récuoération aux garages municipaux, soutien personnel à France-Libertés association résolument engagée dans un combat pour la gratuité de l’eau dans le monde… Autant de mises en accord concrète de mes actes « politiques » avec mes préoccupations. Difficile d’admettre que le contribuable moyen en ait eu conscience sauf à se prendre pour ce que je n’ai jamais été !

En fait s’il y a un sujet écologique majeur c’est bien celui-là mais comme il n’est pas très spectaculaire il ne fait pas l’objet de campagnes virulentes sauf sur le montant de la facture quand elle arrive dans les ménages. Encore un effet pervers de la société de consommation outrancière puisque le vrai problème n’est pas de savoir si… le m3 est trop cher mais de savoir si nous pourrons toujours avoir un prix du m3 quand on aura un rationnement de la distribution. Ce qui ne saurait tarder à venir.

Bien entendu en période de grande sécheresse tout le monde s’affole. L’étiage des rivières ou des fleuves touché par le réchauffement climatique générant la fonte prématurée des neiges et leur non reconstitution en hiver, le puisage démentiel pour l’irrigation en agriculture extensive, la pollution constante des nappes superficielles, la diminution dramatique des nappes profondes trouvent des échos dans les médias l’espace de quelques jours. Le monde politico-socio-économique s’agite puis à la moindre ondée repousse aux calendes estivales grecques la décision. Or le temps presse et il est déjà trop tard. Dans moins de dix ans la Gironde territoire pourtant privilégié ne pourra plus faire face à l’augmentation de la consommation due à la fois à des usages indus et surtout à son augmentation constante de population. Bordeaux métropole est touchée mais fait comme si… rien ne pressait et le reste des collectivités du département n’a jamais vraiment recherché une solution collective solidaire au contrôle de l’approvisionnement puisque certaines zones baignent dans l’opulence de leurs forages quand d’autres vont vers un assèchement de leurs ressources (non-conformité ou manque d’eau). On constate. On pérore sur les régions sahéliennes qui traversent une crise terrible mais on oublie que les difficultés sont au bout de nos robinets ! Dans un récent article de Sud-Ouest l’alarme est sonnée et on trouve les référence suivantes . En moyenne sur l’année, la consommation en eau potable dans l’agglomération s’élève à 135 000 m3 par jour. Depuis la fin de semaine dernière, elle ne cesse de grimper. Elle a atteint 155 000 m3, puis 174 000 m3 en début de semaine. Un pic a été franchi avec 182 000 m3 consommés dans la seule journée de mardi. On s’approche du pic historique, enregistré un jour de juin 2005, avec 210 000 m3 d’eau potable pour une capacité moyenne pour Bordeaux Métropole de 175 000 m3/jour. Il en est de même sur toute la Gironde ! La pénurie menace mais on attend qu’elle arrive pour agir. On va vers des solutions lointaines dans le Médoc ou le Sud Gironde mais qui ne feront que repousser l’échéance s’il n’y pas une prise de conscience collective de l’importance vitale de l’eau potable !

J’avais dans ces chroniques fait des propositions concrètes comme le principe d’une déduction fiscale pour l’installation des cuves de récupération d’eau de ruissellement, l’obligation de forage pour toutes les installations de lavage automatisé d’eau, l’obligation de compteurs individuels dans les ensembles immobiliers collectifs, instauration d’une taxe au m3 au premier remplissage des piscines avec déclaration obligatoire de celles hors sols dépassant 100 m3, création d’une structure départementale publique de financement des travaux de recherche et de réalisation de ressources de substitution. On y viendra mais la marche sera longue…