Jamais le principe populaire voulant que « le malheur des uns fasse le bonheur des autres » n’a été aussi déployé dans une société sans scrupules. Mieux, le milieu économique et financier en a fait une adaptation permanente selon laquelle « les pertes des uns pour faire la richesse des autres ». On sait depuis longtemps qu’une guerre favorise le secteurs de l’armement, qu’un séisme relance la filière du BTP ou que des propos politiques inconsidérés peuvent doper ou freiner les cours de la Bourse. Depuis quelques temps les légitimes suspicions portant sur des doses d’insecticides dans les œufs, jugées inoffensives par les règles édictées par d’éminents spécialistes qui ne les mangent pas, ont par exemple fait chuter les ventes. Dans les hypers et supermarchés français en France elles ont reculé de 8.7%, entre le 7 et le 13 août, soit au début du scandale, a constaté la plus grande entreprise observatrice des tickets de caisse servant de support aux évolutions de consommation. L’impact est assez violent avec une rupture de tendance de 10% en volume, indique ces statistiques.
Les grandes surfaces françaises auraient vendu 8,5 millions d’œufs en moins, ce qui représente pour elles une… perte de chiffre d’affaires d’au moins 1,6 million d’euros. Les plus impactés par le scandale sanitaire sont les œufs de poules élevées en cages, déjà de plus en plus délaissés par les consommateurs avant le scandale du fipronil. Leurs ventes ont chuté de 16,5% entre le 7 et le 13 août par rapport à début juin. Les ventes d’œufs de plein air sont aussi touchées: elles ont reculé de 3,9% sur début août.  Seul le bio semble assez épargné. Ses chiffres restent en progression de 8,4% sur cette période. Il est néanmoins lui aussi touché par les conséquences du scandale, puisque ses ventes progressaient de 12,3% deux mois plus tôt.
On devrait donc plaindre les hypermarchés touchés par une nouvelle crise de confiance des consommateurs dans leurs produits ! En presque puisque dans le même temps tombe une autre nouvelle qui permet de relativiser. Ils ont largement rattrapé le manque à gagner en élargissant considérablement leurs marges sur le bio… En fait ils seront au bout du compte largement gagnants à court et à moyen termes. Il leur suffit d’accompagner une vraie modification des habitudes de consommation des acheteurs dotés à la fois d’un solide pouvoir d’achat et d’une conscience des dangers encourus par des produits bas de gamme et issus de productions industrielles.
L’UFC-Que Choisir sonne l’alarme sur ce sujet. Elle rend publique une étude qui montre que les promesses des grandes enseignes (offre large et prix bas) ne sont pas tenues. Son analyse économique et de terrain porte sur les fruits et légumes,. Elle révèle non seulement l’indigence de l’offre, mais également l’existence d’une politique de marges très élevées sur les produits bio. Par conséquent, l’Association demande aux Pouvoirs Publics que la transparence soit faite sur les prix et les marges nettes réalisées par produit et par enseigne, afin de contribuer, par la concurrence, à une meilleure accessibilité du bio.
Le prix élevé des fruits et légumes bio constitue un frein pour les consommateurs, rédhibitoire pour les plus modestes. Il est ainsi démontré que le prix d’une consommation annuelle en fruits et en légumes exclusivement bio pour un ménage français revient en moyenne à 660 €, contre 368 € pour les équivalents en conventionnel, soit 79 % plus cher. Si les coûts de production sont plus élevés en bio qu’en agriculture conventionnelle (rendements plus faibles, main-d’œuvre relativement plus importante, coûts des contrôles et de la certification…), ceci n’explique qu’à peine la moitié du surcoût payé par les consommateurs. UFC-Que Choisir annonce que 46 % du surcoût du bio provient en réalité des ‘sur-marges’ réalisées sur le bio par les grandes surfaces : en moyenne les marges brutes sur les fruits et légumes sont deux fois plus élevées (+ 96 %) en bio qu’en conventionnel.
Cet écart de marge est encore plus spectaculaire pour les deux produits frais les plus consommés du rayon : + 145 % pour la tomate et + 163 % pour la pomme ! Au global, la stratégie de marge de la grande distribution – à la justification économique obscure – aboutit à renchérir de 135 € le panier bio annuel d’un ménage. Autrement dit, seulement la moitié du surcoût du bio payé par le consommateur va à la production, le reste étant capté par la distribution en sur-marges. Ces marges brutes excessives sont non seulement un frein rédhibitoire à l’accès au bio pour de nombreux consommateurs, mais sont en plus économiquement aberrantes pour tous les acteurs de la chaîne.
En fait ila ura suffi sur les œufs d’accroître la marge pour récupérer sans problème les sommes perdus sur les produits « normaux ». Rien ne remplacera les circuits courts de qualité (AMAP, potagers en libre service direct) pour restreindre cette évolution et seule une vraie politique nationale de développement de ces outils de régulation d’un marché permettra de combattre une tendance inquiétante.