Quels rapports doit-on avoir avec les médicaments ? La question va finir par sérieusement se poser puisque chaque jour les cas de tromperie sur les produits indispensables à la santé sont dévoilés après bien des efforts par des patient(e)s. Il faut en effet se rendre à l’évidence les effets réputés « secondaires » peuvent devenir terriblement essentiels pour des milliers de gens contraints de prendre des traitements de longue durée. Le système de validation des nouveaux supports de lutte contre les maladies a des failles de tous ordres car il arrive trop souvent que les enjeux financiers soient tels que les contrôles laissent à désirer. De multiples entourloupes ont été mises en évidence avec des complicités institutionnelles ou des défaillances dans les procédures d’expérimentation ou de mise sur le marché. En ce moment le Lévothyrox.
Le laboratoire qui fabrique ce médicament pour la thyroïde utilisé quotidiennement à des doses variables par quelque 3 millions de personnes, a lancé une nouvelle formule en mars, sans en informer les patients et sans qu’aucun dispositif de surveillance ne soit mis en place. Depuis, les réactions d’usagers souffrant de conséquences plus ou moins graves de cette décision incontrôlée se multiplient. Une pharmacienne me confiait récemment : « dans le fond nous aurions dû promouvoir le générique qui coûte bien moins cher et qui n’a pas été modifié plutôt que de céder aux demandes des malades voulant la première marque qui n’est visiblement pas au point ! » En fait les difficultés étaient bel et bien connues des autorités qui tentent par tous les moyens d’en dissimuler les aspects négatifs.
Le fameux laboratoire Servier avait sorti il y a déjà pas mal de temps un générique de ce médicament qui doit justement être parfaitement dosé pour être efficace. En fait le constat est incontestable et incontesté : les autorités se rendent compte que le générique est parfait, avec un taux de dosage efficace à 95-105 (l’idéal est 100). En revanche, on note que le produit de Merck est un peu surdosé (de 100 à 110) mais motus et bouche cousue. L’Agence française du médicament demande que les excipients soient modifiés pour éviter les incidents imputables à cette variation. Le labo s’exécute en toute discrétion et rien n’est fait pour vérifier les nouveaux effets secondaires. L’information des médecins a été on ne peut plus légère. Lentement remontent du terrain des signalements inquiétants mais les autorités se contentent de proclamer que c’est toujours ainsi. Aucune étude n’est réellement réalisée et le silence voire l’indifférence au cœur de l’été… et même si des milliers de cas sont signalés le système continue à fonctionner sans aucune alerte sérieuse. Il en est souvent ainsi car les « spécialistes » refusent le plus souvent de se dédire ou de reconnaître leurs erreurs potentielles.
Or la justice va justement s’emparer du cas du Médiator dont on se souvient combien il a suscité de polémiques pour ses utilisations dangereuses. Prescrit pendant plus de trente ans à cinq millions de personnes en France, cet antidiabétique avait été largement détourné comme coupe-faim avant d’être retiré du marché en novembre 2009. Dans son réquisitoire, le parquet a estimé que les laboratoires avaient élaboré une « stratégie » pour dissimuler son caractère anorexigène et n’avaient pas signalé les risques d’hypertension artérielle pulmonaire, une pathologie rare incurable, et ceux de graves lésions des valves cardiaques qui lui étaient imputables. Un oubli… ou peut-être aussi un calcul financier ? Mais rien n’est encore avéré ! Sauf que la justice en se fondant sur la dernière expertise judiciaire, avait chiffré entre 1 520 et 2 100 le nombre de décès à long terme causés par le Mediator ! Une récente estimation donne actuellement les mêmes chiffres pour les effets secondaires parfois très graves du nouveau Lévothyrox !
On va donc retrouver devant les juges les laboratoires Servier mais aussi et surtout l’Agence du médicament dans le volet principal du scandale du Mediator. Linstruction ont ordonné le renvoi en correctionnelle du groupe pharmaceutique pour « tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d’influence ». Une belle collection qui devrait inquiéter bien des utilisateurs de certains de ces médicaments indispensables à leur quotidien mais dont ils ne mesurent pas forcément els conséquences annexes sur leur organisme. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est également renvoyée devant le tribunal pour « blessures et homicides involontaires ». Ce procès risque d’être essentiel dans une période de libéralisme débridé et surtout de négation croissante de la protection de l’être humain face au rouleau compresseur impitoyable du monde du fric et du profit. Il faut s’attendre à une bataille juridique longue et musclée car la solidarité du monde économique sans scrupule va jouer à plein régime !