C’est extrêmement révélateur de la société actuelle ! Saviez vous qu’il existe dans le code pénal un délit de « diffusion de fausses infromations », très peu utilisé alors que pourtant se multiplient les erreurs médiatiques, les approximations coupables et plus encore les allégations mensongères (c’est plus branché de les appeler les fakes news) parfois toutes maintes fois ressassées au cours d’une journée. Cette propension à diffuser des contenus « faux » ou au minimum erronés avait d’ailleurs conduit France Info à faire une émission quotidienne qui passait au crible les affirmations des responsables sociaux sur ses ondes ou dans la presse. Mais le mal était fait et la rumeur y ajoutait encore plus de détails destinés à l’embellir et lui donner une résonance supérieure. Parfois l’outrance conduit à diffuser auprès de milliers de gens des contenus présentés comme des vérités alors qu’ils ne sont que des mensonges avérés.
Mais jamais on applique l’incrimination du délit de « fausse information » qui résulte d’une loi du 3 janvier 1983 modifiée à plusieurs reprises notamment par la loi du 22 janvier 1988 et par la loi du 26 juillet 2005. On le trouve actuellement à l’article L. 465-2 alinéa 2 du code… monétaire et financier. Ce délit consiste en effet uniquement à « répandre dans le public par des voies et moyens quelconque, communiqué de presse, conférence, des informations fausses ou trompeuses sur les perspectives ou la situation d’un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d’évolution d’un instrument financier admis sur un marché réglementé, ces informations doivent être de nature à agir sur les cours ». Vous avez bien compris il est interdit de mentir en matière de fric et dans le monde du profit quand sur les réseaux sociaux (ce qui est compréhensible car il faut y exister!) ou dans des médias professionnels il est possible de diffuser en toute impunité tout et n’importe quoi sous prétexte que les sources sont libres de s’exprimer.
Si l’on prend le terrible passage de l’ouragan sur l’île de Saint Martin tout le monde est d’accord sur un point : les dégâts sont considérables et le rétablissement de la situation antérieure prendra des mois voire des années ! Pour le reste on a largement utilisé cet événement climatique pour diffuser des idées catastrophistes pouvant générer des réactions exploitables dans des votes ultérieurs. C’est ainsi que Gilbert Collard y est allé de son couplet : « regardez dans la partie hollandaise : y’a pas de pillages. La sécurité est assurée ! ». Son assurance d’avocat des causes les plus douteuses a suffi pour que personne ne le démente sur le plateau de télé où ils se trouvait ! Malheureusement tout le monde a constaté que si des pillages ont été constatés dans la partie française de l’île, la partie hollandaise n’a pas été épargnée. Le Premier ministre néerlandais en personne affirmait au lendemain de la course dévastatrice d’Irma concernant les pillages que  la situation était « grave ». Il admettait 24 heures plus tard que les pillages n’étaient toujours pas « sous contrôle », soulignant que les circonstances étaient « compliquées ». En fait il aura suffi d’une affirmation d’un pro permanent de l’intox pour que la peur s’installe dans les chaumières où l’on se gave de débats à sensations.
Même constat concret et précis sur la soi-disant évasion massive de dangereux criminels des la prison commune aux deux pays dans l’île. Samedi, la gendarmerie a annoncé que 250 prisonniers s’étaient enfuis d’une prison de Saint-Martin située sur la partie néerlandaise de l’île. « La maison d’arrêt de Pointe-Blanche a subi de graves détériorations et une brèche s’est faite dans une des cloisons, ce qui a permis à 250 détenus de recouvrer leur liberté », a ainsi déclaré sur la radio publique une capitaine de gendarmerie. « Ces détenus-là seraient armés puisque l’armurerie de la maison d’arrêt a été fracturée. C’est une situation potentiellement très dangereuse », prévenait-elle. Une grave faute professionnelle puisque cette affirmation devenait une vérité alarmiste détaillée sur tous les autres médias ! Les hordes barbares étaient lâchées ! Or quelques heures plus tard le général Descoux, à la tête des gendarmes de Guadeloupe, a plaidé une « erreur de sémantique » (sic) de la part de ses services : « Il est apparu très vite que c’était une fausse information, et qu’en réalité, elle était fondée sur quelque chose qui a affecté la prison, mais les Néerlandais ont parfaitement géré la situation et ont maîtrisé toute tentative d’évasion. »
Grâce à la puissance de son réseau tweeter un responsable du FN a multiplié par dix le nombre des victimes de l’ouragan en diffusant droit dans ses bottes plus d’une « centaines de morts » ! Eh bien évidemment le relais a été pris par ses fans qui ont inondé la toile. Impunité totale ! On dénombre certes un trop grand nombre de gens ayant laissé leur vie (provisoirement une douzaine) mais rien à voir (heureusement) avec ce tweet affreux de cynisme ! Chaque jour ou presque l’intox bat son plein puisque le public gobe le sensationnel !