peste noire

S’il est une maladie qui a fait trembler des générations de femmes et d’hommes sur la planète c’est bel et bien la peste. Durant des siècles elle a hanté les esprits donnant prise à toutes les croyances et surtout à toutes les peurs. Les grandes pandémies de cette maladie ont causé des dizaines voire des centaines de millions de morts dont l’une en 1347 a été terrible. L’apparition de la peste noire s’est faite à Marseille après être arriveé de Crimée où les Tartares assiégeaient les Génois. Cette pandémie se répandra cette fois à travers l’Europe et fera mourir un tiers, voire la moitié de la population européenne en 5 ans, faisant entre 40 et 100 millions de victimes humaines. On retrouve avant ou après des épisodes qui s’étalent sur mille ans avec souvent des « fausses » attributions de morts à cette « peste » alors qu’il s’agissait souvent d’autres causes inconnues de gens de cette époque. Pourtant elle a donné lieu à de multiples interprétations et a largement favorisé l’apparition de « croyances » liées à ce qui était considéré comme une punition divine.
Elle a été l’une des plus effrayantes maladies infectieuses de l’histoire : survenant en trois grandes pandémies successives depuis la « peste de Justinien », jusqu’à la « Peste noire » du Moyen Âge et la peste en Asie et dans le monde entier dans les années 1880-1920, elle sévit encore de nos jours. Ses acteurs sont le bacille de la peste, « Yersinia pestis », le rat noir, et l’homme, hôte occasionnel. Ses conséquences démographiques et économiques ont été majeures tant en Europe qu’en Asie et dans le monde musulman. Elle a entraîné une profonde modification des mentalités, notamment religieuses, suscitant des interrogations apocalyptiques ou ésotériques. Elle est au moins partie à l’origine de l’épidémie de sorcellerie et de la Réforme dont on connaît les affreux abus d’intolérance. L’impossibilité d’en expliquer les origines jusqu’à la moitié du XVII° siècle a largement contribué à toutes les exploitations surnaturelles.
L’affection fut ainsi désignée par des dénominations nombreuses : on l’appelait feu divin, sacré, persique, de saint Marcel, de la bienheureuse vierge Marie, de saint Firmin, etc., de la géhenne, de l’enfer, etc. Il n’en existe aucune description précise; comme toujours, les chroniqueurs forcent la note et tracent des tableaux plus sombres que véridiques. Mais il semblait que les progrès de la médecine et surtout des traitements préventifs empêcheraient la résurrection de ce terrible fléau. Or il vient de réapparaître à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres de ce monde dans lequel l’inégalité des Hommes face à la mort due à une profonde carence sanitaire devient extrêmement préoccupante.
Comme presque tous les ans, la peste est de retour. Mais cette année, l’épidémie a commencé plus tôt que d’habitude, elle est plus grave et, contrairement aux précédentes, elle affecte surtout les zones urbaines. Le bilan actuel s’élève déjà à plus de 60 morts notamment dans la capitale Antananarivo et à Toamasina, deuxième ville du pays.  La situation est exceptionnelle pour trois raisons. La première, c’est l’importance du nombre de cas. Normalement on a environ 300 cas d’infections par an, là on est sur 300 cas tous les mois ou tous les deux mois, le nombre est clairement inhabituel. La deuxième chose qui est « anormale », c’est qu’il y a un pourcentage important de formes pulmonaires – qui sont particulièrement graves et contagieuses contrairement aux formes classiques buboniques. Normalement on compte 10% de formes pulmonaires mais là on atteint les 50%! Enfin, normalement la maladie est présente dans les zones rurales mais aujourd’hui, elle touche la capitale et les grandes villes. C’est trois points font que c’est une situation vraiment inhabituelle.
Pourtant médicalement, la peste est bien connue. On connaît ses origines (la bactérie se développe chez les rats), la principale manière de propagation de la maladie (les puces) et le mode de traitement le plus efficace (des antibiotiques). Mais chaque année, les autorités malgaches enregistrent entre 400 et 600 cas de cette maladie médiévale, le plus souvent entre septembre et mars. Cette année elle paraît plus virulente et surtout elle se propage plus rapidement car il y a une dégradation constante de l’hygiène dans les villes où se rassemblent toujours plus d’habitants.
L’inquiétude grandit dans les îles voisines des Seychelles (2 cas auraient été détectés) et à Mayotte et à La réunion ont été inquiets sur les risques de propagation. Certains vols viennent d’être suspendus.
Jusqu’à présent l’Organisation mondiale de a Santé a toujours parfaitement maîtrisé ce type de « crise » chronique en isolant les zones touchées et en effectuant des traitements par antibiotiques. L’OMS a donc déjà envoyé 1,2 million de doses d’antibiotiques et a libéré 1,5 million de dollars de fonds d’urgence pour aider Madagascar à faire face à l‘épidémie. C’est un effort qui sera probablement insuffisant… car il y a derrière cette situation d’un autre âge toute l’effroyable misère d’un pays oublié par les grandes puissances ou pillé par certaines d’entre elles. Pour beaucoup d’habitants Albert Camus avaient résumé la situation ainsi : « l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même » ! C’est dans « La Peste »