Extraits du discours d’André Viola, Président du conseil départemental de l’Aude au congrès des Départements de France.

(…) »La séquence électorale qui se termine a été inquiétante. Parce que rarement elle aura été en proie à aussi peu de fond et autant de forme. Parce que jamais les populismes et les extrêmes n’auront été aussi proche d’arriver au pouvoir. Mais surtout parce que pour la première fois une élection présidentielle n’a pas été le reflet des sensibilités politiques de notre pays, mais celui des fractures sociales et territoriales qui le rongent depuis près de 15 ans. Si ces fractures sociales et territoriales croissent c’est et l’illusion d’une alternative de rupture l’emportera. Non pas par raison, mais par colère ou par désespoir.
C’est pourquoi je veux rappeler au Gouvernement, que derrière ce qu’il appelle, très justement d’ailleurs, «la cohésion des territoires », se cache autre chose qu’une enveloppe budgétaire à raboter.
Il se cache des femmes et des hommes, des enfants et des aînés, des plaines et des montagnes, des côtes et des rivages, des villes et des villages qui n’ont pas besoin qu’on leur coupe les vivres !
Ils ont besoin de s’inscrire dans la transformation économique, sociale, environnementale et numérique de la société, qu’on les invite à partager un destin collectif national et européen.
Ce rôle, c’est celui des services publics, de l’Etat et des collectivités territoriales. Il est le garant de l’indispensable équilibre des valeurs fondamentales et universelles de la République, du pacte Républicain qui fonde notre vivre ensemble. Aux côtés de l’Etat, qui mieux que les Départements, incarne, par son histoire, par ses compétences, la nécessaire continuité du Pacte Républicain et l’indispensable renouvellement perpétuel de son application ?
Chefs de file des solidarités humaines, nous investissons chaque jour dans les politiques de solidarités parce nous croyons sincèrement qu’ils sont une chance et une ressource pour nos territoires. Nous sommes aux côtés de chaque citoyen fragile ou handicapé qui a besoin d’accompagnement pour gagner en autonomie, en énergie, en compétences afin de retrouver le chemin du travail ou la confiance en soi nécessaire à l’affirmation de sa place
dans notre société. Nous protégeons sans compter, les enfants, les parents comme les ainés qui ont besoin d’être guidés et épaulés dans ces étapes cruciales de la vie.
Chefs de file des solidarités territoriales, nous soutenons les communes pour permettre à chacun de bénéficier de services publics de qualité quel que soit son lieu de vie.
Nous créons les réseaux physiques et numériques indispensables à l’échange et l’interaction
qui créent des richesses humaines, économiques, et culturelles. Nous garantissons le maillage territorial d’accès à l’éducation de nos enfants, mais aussi à la culture et aux sports, indispensable pour l’épanouissement personnel.
Bref, nous créons les conditions indispensables qui permettent à chaque français de prendre conscience qu’il appartient à un collectif. C’est l’essence de la République et de l’universalisme ! Pourtant, la petite musique que nous serions des collectivités dépassées et du passé plane toujours … Quelle erreur ! Au contraire, plus que jamais nous construisons chaque jour la France humaine et solidaire de demain !
Depuis 1982 et les lois de décentralisation, nous développons des savoir-faire irremplaçables, nous osons des innovations sociales et écologiques pionnières, nous engageons des expérimentations audacieuses. Confrontés aux évolutions de nos compétences et à celles des attentes et des besoins de nos territoires, aucune collectivité n’a su autant adapter ses politiques publiques depuis 30 ans. Et nous serions dépassés ?
Nous créons chaque jour des liens humains nouveaux, de l’activité économique locale et un espoir pour des personnes qui n’en ont plus.
Nous réinvestissons les zones blanches de service public, urbaines comme rurales.
Nous portons les maisons d’accessibilité des services au public.
Nous soutenons les maisons de santé.
Nous permettons la couverture en téléphonie mobile.
Nous construisons la France du très haut débit, des tableaux connectés, de la domotique, des réseaux responsables, des pratiques numériques de demain.
Et nous serions du passé ?
Dans une République décentralisée, pour permettre la pérennité d’une telle synergie, l’Etat doit faire confiance dans la capacité d’agir des collectivités. Le premier marqueur de cette confiance, c’est de leur garantir les moyens de leur indispensable action de proximité. Pourtant, le Gouvernement, depuis qu’il est aux responsabilités, multiplie les décisions qui fragilisent cette confiance. Le Gouvernement est-il prêt à définir des lignes claires et formuler des propositions précises concernant le financement pérenne des trois allocations individuelles de
solidarité qui relèvent de la solidarité nationale et ne doivent pas être financées par la solidarité locale, creusant des inégalités.
Le Gouvernement est-il prêt à assumer et assurer la mise à l’abri et l’évaluation des mineurs non accompagnés ? Est-il prêt à renforcer la coopération de l’Etat avec les Départements afin d’assumer cette compétence ? Est-il prêt à développer les outils indispensables à un meilleur accompagnement et une meilleure insertion professionnelle de ces jeunes ? De notre côté, qu’il soit assuré que nous serons prêts à accueillir tous les jeunes mineurs non accompagnés, étrangers ou non, sur le territoire national dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance, à condition que l’Etat contribue bien plus qu’il ne le fait aujourd’hui.
De notre côté, comme nous le sommes déjà, nous serons au rendez-vous de nos responsabilités ! En dirigeants rigoureux, nous sommes prêts à participer au redressement des comptes publics de la Nation, comme nous le faisons depuis de très nombreuses années.
Mais nous ne pourrons le faire qu’à condition que le Gouvernement assume les siennes et fasse la démonstration de sa volonté de construire avec nous la France de demain.
Nous savons que la construction d’un nouveau monde peut être pour certains le terrain de magnifiques épopées. Mais il peut aussi être pour beaucoup celui de grandes désillusions. C’est une audace risquée lorsqu’il s’agit de guider le bien commun. »