Séance plénière du conseil départemental de la Gironde. A l’ordre du jour la présentation des ajustements budgétaires nécessaires pour terminer l’année en cours. .. et notamment ceux destinées à l’accueil et au suivi des mineurs non accompagnés que l’on classe sous l’acronyme de MNA ! S’il fallait une illustration parfaite de l’évolution de la société française le débat qui a eu lieu autour de cette décision aurait été à filmer. Un seul élu du FN dans l’hémicycle et au cœur de son discours il y avait les réalités du fonctionnement de notre système : approximations, déformations, démagogie avec la volonté d’imposer une discussion sur le coût ! Pas un seul mot sur leur sort, sur leurs difficultés, sur les vrais causes de leur arrivée sur le territoire départemental. Pas un seul moment de compassion mais une obsession sur les nombres et les frais !
Il suffit d’effrayer, d’exagérer, de provoquer pour exister. La raison, la modération, la démonstration n’ont plus leur place dans la vie publique ! Nous sommes entrés dans une époque où tout ne se juge que sur le fric ! Une femme avec ses enfants dormant dans la rue Sainte-Catherine à Bordeaux ? Rien à faire : le seul problème c’est combien elle coûte ! Terrible à supporter… On a donc passé près d’une heure à savoir d’abord combien de ses mineurs étaient entrés dans le département depuis le début de l’année en cours. Et là on lance des chiffres à la volée n’ayant aucune base mais peu importe !
Dans ce domaine les « arrivants » adultes dépendent de la politique migratoire et de la responsabilité de l’État alors que les « vrais » mineurs sont placés sous la responsabilité comme n’importe quel enfant ou adolescent(e). Si ce préalable n’est pas posé il est impossible de se prononcer objectivement. En oubliant que ce sont des humains dont ont parle dans ce monde où tout s’achète, se vend, s’estime, se quantifie on confond inexorablement les deux sens du mot « valeur ». C’est ainsi que pour renforcer le rejet de l’autre il est possible d’afficher plus de 1200 « mineurs » arrivés alors que la réalité officielle, démontrée, prouvée se situe à un peu moins d’une centaine ! Comment un tel écart est possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas parce qu’un
« migrant » donne une date de naissance qu’il est automatiquement considéré comme mineur !
La loi prévoit que l’État doit l’accueillir, lui proposer un toit et surtout déterminer la vérité sur son âge par des tests spécifiques. A ce moment là seulement il est placé sous la protection du département conformément à la loi qui prévoit un délai de 5 jours pour réaliser une action de probation de minorité qui, dans la réalité, prend deux mois voire plus ! Il est ainsi très facile de créer un climat suspicieux autour des dépenses afférentes à cet afflux supposé.
Affligeant de voir brandir des estimations erronées ! Désespérant de constater que le plus important pour un élu ne peut pas être le sort que l’on réserve à des enfants mais le prix de leur accueil. Outrageant d’entendre ressasser sans arrêt des sommes sans fondement ! Certes tout mineur pris en charge par une collectivité que ce soit dans un établissement spécialisé ou dans une famille d’accueil quelle que soit la couleur de sa peau, ses origines ethniques ou son pays de naissance a un coût pour la collectivité. Actuellement il est estimé à 150 € par jour… en moyenne dans tous les départements.
Le vrai problème réside dans le fait que l’Etat ne fait pas face à ses obligations en laissant la Gironde régler les dépenses d’accueil de faux mineurs durant des semaines. Tant le Président de la République que le Premier Ministre ont affirmé qu’ils avaient conscience de ces réalités et qu’ils allaient faire face à la situation. Mais quand ? Avec quels moyens ? Nul ne le sait vraiment et en attendant il appartient à des élus locaux sous la pression d’événements extérieurs, de mettre leurs valeurs en pratique quotidiennement. Comment peut-on leur reprocher de faire face à un devoir humanitaire ? Comment admettre que l’on dénigre pour des intérêts politiciens une solidarité mesurée en faveur des enfants ? Et pourtant non seulement c’est possible mais en plus c’est effectif !
« J’assumerai mon devoir à leur égard car je ne souffre pas que l’un d’entre eux, en situation de minorité, soit oublié par notre action solidaire » a affirmé Jean-luc Gleyze. Il a aussi rappelé que le conseil départemental attend des mesures claires et concrètes de l’Etat notamment sur le suivi des MNA relevant de prise en charge médicale spécialisée. Les enfants soldats existent ? Les enfants profondément traumatisés par des faits de violence en tous genres ? Les enfants lourdement atteints psychologiquement par des conditions de vie épouvantables ? Tous les autres qui demain rentreront de Syrie ou d’Irak ? Quels sont ceux parmi eux qui seront considérés comme responsables et mêmes coupables d’avoir tenté d’échapper à l’enfer et de « coûter » à la puissance publique. C’est tout à l’honneur des élus girondins de préférer courageusement leurs valeurs d’humanité, de fraternité, de solidarité aux enjeux politiciens porteurs de haine, de rivalité et de stigmatisation !