Une charte de territoire contre l’insécurité alimentaire

Mange-t-on à sa faim dans l’un des pays réputés parmi les plus riches du monde ? Du moins c’est ce qui nous permet à la France de participer au concert des grandes puissances. Pourtant selon une étude de l’INRA 12 % des adultes vivaient en France dans un foyer en situation d’insécurité alimentaire pour raisons financières. Ce groupe ne se recoupe pas totalement avec les personnes en situation de pauvreté monétaire. Les personnes touchées sont plus jeunes et en majorité des femmes. Malgré un revenu supérieur en moyenne au seuil de pauvreté, elles semblent devoir plus souvent faire face seules à des dépenses hors alimentation élevées, notamment pour le logement ou des budgets annexes que sont notamment la téléphonie. En fait quand on parle dans des commissions des menus d’équilibre calorique pour la restauration scolaire on doit aussi savoir qu’un enfant sur dix ne mange pas à sa faim chaque jour sans que personne n’en ait conscience.
Ainsi dans certaines familles on trouve l’« inquiétude à l’idée de manquer d’aliments » et une autre question porte sur la « difficulté, pour des raisons financières, à manger de la viande, de la volaille ou du poisson tous les deux jours ». 16,9 % des adultes ont répondu ne pas avoir assez à manger (souvent ou parfois), ou avoir assez à manger mais pas toujours les aliments souhaités. Ces personnes appartenant à un foyer en situation d’insécurité alimentaire pour raisons financières sont en majorité des femmes, plutôt jeunes, devant souvent assumer seules les dépenses du foyer surtout avec des enfants.
On assiste depuis deux ou trois ans au développement des « épiceries sociales et solidaires » qui constituent, si elles sont gérées comme un espace non-discriminant, des outils essentiels pour lutter contre ce phénomène de plus en plus prégnant. Travaillant souvent avec les supermarchés elles permettent à des familles d’accéder à la nourriture avec des prix inférieurs à ceux du marché. Il ne s’agit nullement de lieux de stigmatisation mais plutôt de réhabilitation de l’acte autonome d’achat de produits « normaux ». Souvent il faut les accompagner par des services essentiels (cours de cuisine, prise en charge des autres difficultés, mise à disposition d’outils culinaires…) de telle manière que la lutte contre cette insécurité soit réelle et durable. Il en va de même du travail effectué par la Banque alimentaire qui redistribue des denrées pouvant être différents de ceux des épiceries (légumes, fruits, viande, poisson) qui ont du mal avec les règles strictes sur la chaîne du froid. Le problème reste les accès à ces structures soutiens qui n’existent pas sur tous les territoires et notamment les ruraux.
On sait que depuis quelques jours les restos du Cœur ont ré-ouvert leurs portes. Tous les premiers constats se rejoignent : le nombre des inscrits a déjà augmenté de manière significative. Il faut y ajouter un corollaire : la détresse est de plus en plus grande parmi les bénéficiaires. Environ neuf millions de personnes se trouvent sous le seuil de pauvreté en France. C’est encore plus difficile à vivre lorsqu’il commence à faire froid et que l’on a du mal à se chauffer. La trente-troisième campagne d’hiver a débuté et on s’attend à servir plus de 135 millions de repas dans les prochaines semaines jusqu’en mars. Tous les signaux sont au rouge vif comme le cœur du logo ! Les ayants droit sont souvent dans une détresse très, très importante. On a l’impression qu’ils sont au bout du bout. Ils ont eu un petit travail pendant deux ou trois ans, et l’ont perdu sans espoir d’en retrouver. C’est une détresse financière, bien sûr, mais aussi morale et psychologique. Et désormais on voit arriver des étudiants, parfois de haut niveau, et des personnes très âgées dans la misère compte-tenu du montant de leur pension. Ces phénomènes échappent aux censeurs financiers de Bercy.
Depuis plusieurs mois, les élu(e)s peu nombreux et les associations travaillent sur le territoire du Créonnais j’ai souhaité mettre en place une « charte de l’accès à une alimentation de qualité » en trois volets. Le premier portera sur la cohérence, la complémentarité et l’efficacité des aides d’urgence. Le second traitera de la répartition des soutiens financiers en particulier pour la restauration scolaire afin de s’assurer que les enfants ou les adolescent(e)s puissent y trouver au minimum un repas chaud les jours de classe. Enfin les participants proposent que l’on s’intéresse plus fortement à la production (réservation de terres, jardins partagés, jardins individuels) locale. Cette charte proposée dans le cadre du rôle de chef de file des solidarités humaine spar le conseil départemental sera proposée au printemps 2018 à l’approbation des centres (inter) communaux d’action sociale ainsi que des partenaires potentiels afin de bâtir une vrai réseau de lutte contre cette insécurité alimentaire aux multiples facettes qui ronge lentement l’équité républicaine ! On verra qui accepte de la signer…au nom de la solidarité active !

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6 réponses à Une charte de territoire contre l’insécurité alimentaire

  1. bernadette dit :

    Que sait il passé pour que 9 millions de personnes se trouvent sous le seuil de pauvreté ?
    Est il possible d’en mesurer les causes ?

  2. bernadette dit :

    Monsieur Darmian,

    La France ne fait plus partie du bloc des pays riches. La France n’est plus un pays riche. La France a besoin de redynamiser son économie. Tout s’est écroulé.

  3. JJ Lalanne dit :

    Ce qui sera dur, ce sera de lutter contre l’ indifférence, les railleries voire l’ hostilité des voisins. Toute dépense non vitale ou achat de nourriture sous forme de cochonneries pour se faire plaisir apparaît démentielle et pour le moins irresponsable de la part des gens dans le besoin. En plus d’ être en difficulté, il faudrait qu’ ils pleurent. Combien de fois ai-je entendu des collègues enseignants dire: ils n’ ont pas d’ argent et ils ont acheté une télé? Est-ce qu’ ils doivent juste survivre sans droit au bonheur ou sans penser à celui de leurs enfants? Ils vivent souvent dans l’ ombre pour échapper à la vindicte des autres et c’ est là que beaucoup voudraient les maintenir, ceux qui pensent qu’ ils nous coûtent cher. Sous l’ occupation c’ était « ce n’ est pas bien ce qu’ il leur arrive » et bien maintenant ça n’ a pas changé. « Laisse, ce n’ est pas à toi de t’ en occuper, tu n’ est pas leur famille… » Il y a eu des collabos, absolument condamnables, mais il y a eu surtout la complicité des « indifférents », des braves gens. La misère mérite un combat aussi acharné que celui contre le nazisme. Ça peut se faire et je pense à ce que me disait une amie immigrée: « Nous, on n’ a pas un rond mais on rigole ». S’ ils rigolent c’ est parce que chez eux la solidarité n’ est pas un vague concept que l’ on voudrait faire adopter par les autres On peut y arriver. Les fêtes de villages ou de quartiers à Bordeaux permettaient aux gens de fraterniser sans avoir à se dire « je vais le faire », maintenant les gros rassemblements c’ est « maintenant c’ est fini jusqu’à la prochaine fois et je rentre chez moi ». Catastrophe sociale. Le fait d’ être « connectés » participera-t-il à redresser la barre? Encore faut-il pouvoir se connecter… J’ arrête.

  4. kasa dit :

    Dans ma ville, l’accès à la banque alimentaire et à l’épicerie solidaire est possible une fois par mois. Un très grand nombre de personnes s’y pressent chaque fois. On en repart avec de quoi nourrir sa famille environ une semaine. C’est peu, même si c’est un allègement pour un budget très serré. Les dates limites de consommation sont souvent très proches.
    A la première, on reçoit gratuitement la nourriture, donnée par les bénévoles placés de l’autre côté d’une table faisant office de comptoir. On peut refuser un produit pour raison de goût, mais pas toujours le voir remplacé par un autre.
    A la seconde, après avoir parfois longuement attendu son tour là aussi, on peut prendre un caddie et choisir ce dont on a besoin et/ou qui nous plaît. Les quantités sont limitées en fonction de la composition du foyer. A la caisse, on paie une portion du prix des produits choisis. Le processus est un peu plus plaisant.
    Mais dans les deux cas, même si nécessité fait loi, c’est assez humiliant. Du coup, lorsque l’on peut sortir du système, on se jure de ne pas y avoir recours à nouveau.
    Ensuite, la vie et ses accidents décident souvent à notre place.

  5. bernadette dit :

    Je reprends mes petits mots pour dire que sans les propriétaires terriens, la commune est inexistante. La commune est un découpage administratif avec des elus à sa tête dont le maire.
    Pour cultiver un « lopin » de terre, il vaudrait mieux prendre contact avec les propriétaires en vue de créer une association.
    La terre est basse, dure de cultiver à la pelle bêche.
    Une charte ne peut se créer qu’avec les propriétaires.
    Je suis contre le pouvoir du pouvoir.

  6. JJ Lalanne dit :

    Pour ce qui est de certains propriétaires nantis ce ne sont pas des associations mais des réquisitions qu’ il faut. En droit français, nécessité a force de loi. A étudier. On n’ a pas fait la révolution de 1789 pour voir des nantis (qui se voient tous modestes) par le biais de la propriété et de la location ponctionner plus de 30% des revenus des salariés, chômeurs ou retraités. Quand on voit que ces ponctions servent à acheter d’ autres biens qui eux-mêmes serviront à exploiter d’ autres salariés, chômeurs ou retraités ça fait voir le grand patronat angélique. Pas de quartier! Si ces gens vous disent que c’ est pour le fils,le petit- fils, rappelez leur que venant s’ ajouter à des revenus les successions relèveraient des chaînes, interdites en France. Ah, ce n’ est pas pour les nantis? Ah, pas vous? Je me souviens que MÊME Bayrou avait dénoncé ça dans un livre montrant qu’ à un moment il n’ en resterait pas pour tout le monde. Ce n’ est pourtant pas un gauchiste!

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