principes

Chaque jour qui passe menace les principes fondamentaux de la République avec une démocratie représentative remis en cause, la notion de liberté individuelle secouée par l’ombre brune du terrorisme, la vertu de l’égalité détruite par la nouvelle notion de chacun pour soi et la mutualisation pour quelques-uns quant à la fraternité s’effondre avec la disparition du lien social. Il ne reste qu’un secteur dans lequel les « meubles » peuvent être encore sauvé par les responsables politiques face aux notions de profit : la solidarité. L’action prépondérante prise par les citoyen(ne)s à travers l’action bénévole au sein du système associatif reste prépondérante face à des systèmes dépassés par leur lourdeur et les difficultés croissantes rencontrés par les gens pour y accéder.
C’est une réalité : en présentant de manière désastreuse la solidarité comme étant un « avantage » procuré à des individus ne voulant rien faire pour s’en sortir nous sommes rendus à un rejet de toute initiative courageuse de rééquilibrage inévitable dans une société où la réussite repose sur l’argent. Le seul fait d’aborder ce problème prégnant devient dangereux puisque le postulat du départ c’est que toute modification du maquis social français entraînerait des coûts exorbitants que notre pays entièrement tourné vers la principe du libéralisme sauveur de l’humanité en précarité. Un faux problème puisque quand il y a une volonté il y a forcément un chemin pour ceux qui recherchent a avancer. On a l’impression qu’actuellement l’essentiel et de dissimuler ceux qui existent afin que personne ose les explorer ! Il existe même un argument suprême consistant à accuser les « explorateurs » des solutions possibles d’être des doux dingues dépensiers !
En fait seule l’opiniâtreté des gens qui osent permet parfois de renverse les montagnes de certitudes toutes faites. C’est ce que pensent huit présidents de conseils départementaux qui tentent de ne plus gémir sur le triste sort que leur inflige l’Etat sur les allocations individuelles de solidarité mais qui veulent innover et prendre leur sort en mains dans le domaine de la solidarité humaine. Ainsi « la réflexion autour du revenu de base n’est pas nouvelle dans l’histoire de nos sociétés mais elle a toujours échoué sur des arguments infondés reposant sur son coût. Elle questionne tant les projets de vie que les rapports sociaux. Le revenu de base ne laisse personne indifférent, qu’on le défende ou qu’on le pourfende. Les résidents de huit départements, conduits par Jean-Luc Gleyze, président de la Gironde, ont décidé de se saisir de cette question. Sans dogmatisme, sans certitudes, mais avec l’intuition que son émergence est l’occasion de porter un nouveau regard sur les défis du présent. 
Chefs de file des solidarités, ils affirment avec raison être en prise avec le monde vécu et quotidien de leurs concitoyens. Gestionnaire du Revenu de solidarité active (RSA) à bout de souffle, ils mesurent tous les jours le rôle essentiel d’un filet de sécurité contre la grande pauvreté mais aussi ses limites. Sa complexité et celle de l’ensemble des minimas sociaux engendrent du non recours – plus de 30% de ceux qui ont droit au RSA n’en font pas la demande –, des ruptures de droits, des indus. Le RSA échoue à vaincre la pauvreté, qui frappe près de 9 millions de personnes en France, et suscite la stigmatisation de ceux qui le perçoivent. Ne pas admettre ce constat c’est simplement user d’arguties pour maintenir volontairement une fracture sociale et même la laisser sciemment s’aggraver.
En première ligne sur la question sociale, les départements sont les témoins des profondes mutations qui affectent la société : l’intensification et la diversification de la précarité, l’éclatement du salariat, l’érosion des liens sociaux, et même la perte d’estime de soi. Comment ignorer que l’accès à l’emploi reste une marche essentielle vers la dignité et l’insertion sociale ? Refusant la résignation il faut que les collectivités territoriales soient inventives et offensives. Le revenu de base renouvelle une ambition universelle, celle qui a fondé la création du Revenu minimum d’insertion (RMI) en 1988 : garantir un revenu socle pour tous.
C’est ainsi qu’il faut revenir au discours de politique générale de Michel Rocard pour fonder l’engagement de ces huit présidents décidés à inventer plutôt qu’à continuer à reproduire des formes sociales inefficaces. « C’est une des conditions indispensables pour rendre à l’action politique la dignité qu’elle mérite. Il faut, disait Victor Hugo, «que la défaite de la démagogie soit la victoire du peuple». Ce nouvel espoir viendra si les Français constatent que l’action et le discours sont réconciliés.
L’espoir c’est aussi permettre à ceux qui sont les plus durement frappés, que notre société laisse partir à la dérive, que la marginalité guette, d’avoir droit à une deuxième chance. Tel est le sens profond du revenu minimum d’insertion.
Instaurer un droit au revenu minimum est une innovation d’une portée considérable. Après la création de la sécurité sociale, puis sa généralisation, après l’instauration du minimum vieillesse et des allocations chômage, c’est construire le dernier étage, franchir la dernière étape.
Qu’on y songe, notre pays a déployé des décennies d’efforts pour lutter contre la pauvreté, contre le dénuement complet. II entreprend maintenant de les attaquer avec une vigueur nouvelle. II n’est pas digne de notre passé, ni concevable pour notre avenir, que tant de gens survivent dans la misère et se voient rejetés aux franges d’une société qui les frappe d’exclusion sans appel.
La solidarité n’est pas la bonne conscience de la modernisation, elle est la condition de sa réussite. Parce qu’elle donne tout son sens au respect de l’autre, au respect de la dignité humaine(…) »

Comme le fut le RMI le revenu de base ne se réduit pas à une simple allocation de ressources, mais il pose, de fait la question de l’autonomie du citoyen, son rapport au travail, son engagement dans la société, sa vie familiale. Le revenu de base n’est pas le fossoyeur de la valeur travail. Il est au contraire, pour celles et ceux qui passent à travers les mailles du filet de toutes les politiques publiques, une opportunité de reprendre le chemin de l’emploi. Les présidents des conseils départementaux concernés revendiquent leur rôle de défricheurs des possibles avec engagement et pragmatisme, ils revendiquons leur rôle pour contribuer à la refondation de notre contrat social. Il est urgent qu’ils soient au moins écoutés et considérés comme les porteurs d’un renouveau de la politique au sens noble du terme.