La situation dans laquelle évoluent les citoyen(ne)s devient de plus en plus préoccupante concernant la fiabilité de l’information. Il devient impossible de faire la part entre ce qui relève de l’intoxication préfabriquée parfois avec talent, la communication soigneusement organisée et la véritable diffusion d’éléments indispensables à la réflexion. Le métier de journaliste devient à cet égard extrêmement délicat à exercer dans la mesure où il faut se méfier de tout et posséder une volonté de fer pour se sortir de tous les traquenards que dressent sur leur route de multiples acteurs désireux de bloquer tout processus non conforme à leurs souhaits. Le plus grave c’est que la désinformation va toujours plus vite grâce à une organisation sophistiquée des réseaux sociaux mis en place par des groupes de pression organisé . Les Etats possèdent de services spécialisés qui utilisent de multiples canaux pour influer sur une opinion publique crédule ou proche souvent du fanatismes incontrôlable. Les preuves de cette mutation sont quotidiennes.
Donald Trump utilise tweeter pour réger ses comptes et ne se privent pas de faire annoncé par ses sbires médiatiques des énormités conduisant à des situations dramatiques. Un tweet fit parfois plus de mal qu’une bombe ! C’est ainsi qu’il a attaqué son alliée historique britannique dans un message reprenant les arguments éculés et haineux : «@theresa_may ne te focalise pas sur moi, focalise-toi sur le terrorisme islamique radical destructeur à l’intérieur du Royaume-Uni. Tout va bien pour nous!» Il s’y est même repris même à deux fois après s’être trompé dans un premier tweet sur l’orthographe du compte officiel de Theresa May. Il souhaitait absolument qu’elle lise sa prose.
Il a utilisé trois vidéos, publiées et republiées depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, ont été tweetées par Jayda Fransen, vice-présidente du parti d’extrême droite Britain First, et sont intitulées: «Un immigré musulman tabasse un Néerlandais en béquilles!», «Un musulman détruit une statue de la Vierge Marie!» et «Foule islamiste pousse un adolescent du toit et le bat à mort!». Cette dernière vidéo date de 2013 et a été filmée en Égypte durant des manifestations contre l’ex-chef de l’armée Fattah al-Sissi; elle a été utilisée dans le procès d’un homme ayant participé aux violences. Mais, comme il est fréquent sur les comptes de «trolls» d’extrême droite, elle est montrée sans aucun contexte. L’origine des deux autres vidéos reste floue. L’occupant de la Maison-Blanche les a republiées de bon matin, entre 6h 35 et 6h 45 heure de Washington, sans commentaire. C’est un lève-tôt mais quand il s’en prend à la Corée du nord avec des arguments de rouleurs de mécaniques de seconde zone on a plutôt envie qu’il se recouche !
Même inquiétude quand on voit repris des milliers de fois une étude sur l’évolution de la population musulmane de l’Union européenne. Elle devrait fortement augmenter d’ici 2050. C’est ce qu’affirme une étude du Pew Research Center, un institut américain indépendant. Le chiffre utilisé sur les réseaux sociaux est de 18 % alors que les prévisions reposant sur diverses simulations évoluent entre 7,4% et 14% de la population européenne contre 4,9% pour l’année 2016. La variation de ces pourcentages s’explique par la méthode de cet institut reconnu pour ses recherches en matière de démographie… religieuse. Or il est oublié sur les sites ou profils qui se déchaînent que les migrants arrivés sur le continent sur cette période (2010-2016) ne sont pas tous musulmans, loin s’en faut. Selon l’étude, seulement 53% d’entre eux appartiendraient à cette religion.
Cette étude prise brute avec des chiffres non expliqués va déjà générer des interprétations vite exploitées par des théoriciens de l’invasion musulmane durant une longue période de propagande et nourrir leur cause. Hervé Le Bras, démographe et historien, directeur de recherche émérite à l’Ined et directeur d’études à l’EHESS, les chiffres avancés par ces projections à long terme « ne sont pas fiables et ne servent qu’à alimenter les peurs ». Quel média reprendra cette appréciation ?
Mardi, le jeune journaliste Hugo Clément en instance de quitte Quotidien diffuse un long message sur son compte suivi par près de 470.000 fans. « Le convoi de la délégation qui accompagne Emmanuel Macron au Burkina vient d’être attaqué. Selon un témoin direct, des centaines d’assaillants avec des caillasses. Voitures détruites. Les membres de la déleg (sic) réfugiés dans l’université. Tirs entendus. On ne sait pas où est Macron », avait écrit ce prodige de l’enquête qui était à…Paris. Ce message inquiétant avait immédiatement enflammé la toile alors que la visite d’Emmanuel Macron au Burkina Faso se déroulait dans un climat tendu, après qu’une attaque à la grenade ayant visé des militaires français eut fait trois blessés civils lundi à Ouagadougou, capitale du Burkina… Un mélange d’approximations mais surtout une fausse info qui ne s’effacera qu’après de multiples communiqués officiels ! Trois exemples qui n’inquiètent pas grand monde… et souvent il est difficile de ne pas céder à la facilité en recherchant tout ce qui à un titre ou un autre peut conforter ses appréciations pour découvrir trop tard que la manipulation devient la plus répandue des stratégies institutionnelles ou partisanes.