Corse

En fait l’écrasante victoire des nationalistes aux élections « régionales » corses considérées par bien des « je-sais-tout » de la vie politique comme spécifiques prennent une signification nationale importante. Sans aller dans les certitudes nées d’un scrutin limité à une île très spéciale il faut noter qu’encore une fois le taux de participation dénote une vraie démobilisation citoyenne. Elle ne faiblit pas puisqu’elle était de près de 24 % au second tour des présidentielles et elle a atteint près de 48 % lors de ce vote pour l’assemblée régionale. Cette triste réalité n’est absolument pas souligné dans les communiqués de victoire ou les analyses portant au pinacle les « autonomistes » pour les uns ou les « indépendantistes » pour d’autres. La réalité est incontournable : la démocratie représentative s’effondre chaque jour davantage car les votes se succèdent avec un désintérêt croissant et donc une véritable légitimité à accorder aux vainqueurs.
La situation empire et personne ne réagit véritablement ! Les électrices et les électeurs ne se déplacent que pour une seule raison : le dégagisme. Cette pratique récente consiste à se débarrasser par un vote hors critères traditionnels des femmes et des hommes représentant des formes anciennes ou décrédibilisées de pratiques politiques. On a eu antérieurement en France des résultats impressionnants pour le FN, puis pour En Marche et à un degré moindre pour la FI mais ce n’est que passager et la nouveauté de 2021 n’est probablement pas encore connue. Il faut de l’inédit pour capter l’intérêt de désabusés du système actuel. Le raz-de-marée En Marche est de ce genre mais absolument rien ne garantit aux centaines de député(e)s arrivées à leur grande surprise au Palais Bourbon que l’avenir sera aussi riant.
Ainsi en Corse on vous expliquera que le contexte est différent, que l’élection n’est pas la même quand Macron a réalisé un 18,48 % on trouve sa liste de renouvellement à seulement 11,26 % ce qui atteste qu’en 9 mois le parti présidentielle est déjà largué ! Pas autant cependant que le FN qui avait vu Marine se pointer en première place sur l’île de Beauté avec 27,88 % pour la conquête de l’Élysée pour une minable dernière place ce dimanche avec… 3,28 %. Le miracle Le Pen ne fait plus recette ! Les Républicains ne sont guère plus reluisants puisque quand Fillon arrivait à plus de 25 % son représentant chute à 12,5 % soit une perte de la moitié des soutiens avec il est vrai une liste de « droite régionaliste » qui réalise un bon score de 15 %. Quant à la Gauche toutes fractions cumulée elle avait atteint au premier tour de la présidentielle un petit 18 % pour un misérable 6 % (France insoumise et PCF). Ni Droite, ni Gauche : le crédo macronien a été le bonus des nationalistes !
Ce ne sont que des constats très « corses » mais ils sont révélateurs du phénomène inexorable de distanciation prise par l’électorat avec des partis qui bientôt ne feront plus recette. Si Macron se croit installé c’est totalement utopique : il deviendra bientôt un « has-been » comme les autres ! Aux municipales partielles de dimanche dernier à Orthez la candidate macroniste plafonne à un peu plus de 11 % quand son mentor avait glané 27,30 % des voix le 23 avril dernier.
La victoire des « nationalistes » corses souvent anti-immigrés de tous ordres c’est celle de l’aventure dans laquelle le peuple n’a plus rien à perdre. Retrouver ses racines, son identité, sa fierté, ses valeurs dans un monde dans lequel la seule référence est celle du fric portée chaque jour par une décision de Bercy, prend alors tout son sens. L’indifférence conduisant à l’abstention de celles et ceux qui n’ont plus aucun repère idéologique ils laissent la place aux porteurs d’un projet même utopique mais au moins générateur d’un souffle nouveau. Les listes qui vont rafler une large majorité dans la nouvelle assemblée conjuguent les références du passé et les espoirs d’une maîtrise de l’avenir en décalage complet avec des décisions parisiennes qui ne font pas rêver ! La prospérité économique attendue depuis tellement d’années ne fait plus recette. En 1981 Mitterrand a gagné car il avait su faire rêver la France ! Les autonomistes corses après les Catalans ont su éveiller des consciences et instiller l’idée que la réussite pouvait être ailleurs. Ils ont un boulevard devant eux dans cette France régionalisée à outrance et transformée en un puzzle de « provinces » indifférentes les unes par rapport aux autres.
Actuellement Macron accumule les obstacles sur la route qu’il a choisie : tout tabler sur une inversion de la courbe économique est une erreur ! S’ouvre devant lui un interminable 400 mètres haies avec cette particularité qu’il lui faudra assumer des situations dans le temps qui, si elles paraissent actuellement faciles car basées sur des annonces, peuvent le faire trébucher sur la distance. La France ne vivra pas que d’exonérations, sélectives de mesures techniques, de subterfuges financiers, de déclarations flamboyantes dans les prochains mois : elle a besoin de retrouver un idéal pour croire en son avenir. Que l’on soit d’accord ou opposé à ses dirigeants potentiels la Corse vient de le prouver !