enfance

Il existe une sorte de silence rassurant pour la société bien-pensante colportant des vérités toutes faites au sujet des enfants de notre époque. Il est extrêmement difficile, sans prendre le risque de se faire accuser de sensationnalisme exacerbé, d’évoquer la fragilité, la misère, la détresse, la fragilité, la douleur éprouvées par des êtres sans défense livrés aux abus de toutes sortes d’un monde réputé pourtant évolué et exemplaire. Ainsi dans le seul département de la Gironde ce sont plus de 4300 gamins ou dolescent(e)s de 0 à 18 ans qui sont placés directement ou indirectement sous la protection du Conseil départemental. Le nombre est effarant : 4 300 pour lesquels il existe un jugement, un dispositif, une mesure protégeant ceux pour lesquels la famille, volontairement ou parfois à la suite de circonstances particulières, n’assument pas ses responsabilités. Cette situation n’est vraiment pas au cœur des préoccupations d’une société qui tente par tous les moyens de masquer la réalité de ses échecs. Pourtant les conséquences de cette déliquescence affective ou matérielle pèeront durant de longues années sur ces « victimes ». Le travail des personnels d’accompagnement spécialisés est immense et d’une terrible exigence mais il a souvent en effet bien du mal à compenser des dégâts irrémédiables. Il existe des réussites mais souvent les cicatrices sont telles qu’elles se referment difficilement ou jamais.
Il devient difficile de supporter des discours convenus portés par des « exploiteurs » des peurs ou de la détresse de ces gens qui ne vivent que la superficialité des affirmations qu’ils entendent sans vraiment les analyser. Les causes de ces placements temporaires, partiels ou… définitifs sont en effet multiples. La conjonction des pauvretés (matérielles, culturelles, sociales), les séparations matrimoniales conflictuelles, les addictions des parents, les formes diverses de violences horribles de certains milieux, le rejet pur et simple des enfants, un égoïsme exacerbé constituent souvent la base des décisions de retrait ou de préservation. Les structures spécialisées d’accueil se retrouvent saturées et le nombre de familles salariées pouvant recevoir des jeunes en difficulté ne cesse de décroître. Ce contexte traduit le véritable état de la solidarité !
Par ailleurs plusieurs centaines de ces privés du bonheur de l’enfance relèvent d’un accompagnement médicalisé que l’insuffisance des établissements de soins ne permettent pas d’assurer ! L’État donneur de leçons aux collectivités départementales jugées trop dépensières n’assume absolument pas ses propres compétences liées à la psychiatrie infantile. Là encore c’est le silence qui s’impose car on est sur la réduction des dépenses de la sécurité sociale et donc on note les problèmes mais… les réponses ne viennent que très tardivement quand les situations individuelles sont irrémédiables. Nous fabriquons actuellement des adultes dont les comportements poseront inévitablement des questions d’intégration sociale mais bien évidemment on évitera de se pencher sur ces parcours chaotiques voire désespérants.
On n’évite pas l’utilisation du poncif de l’immigration pour ajouter une pincée de polémique à ce qui relève essentiellement du fonctionnement « ordinaire » de cette société se voulant parfaite. Ce ne sont que quelques dizaines de mineurs non accompagnés officiellement reconnus comme tel qui sont pris en charge par le Département. Les nombres parfois publiés sont ceux des arrivants qui revendiquent la minorité alors que 90 % d’entre eux sont déboutés ! Il faut cependant, encore par défaillance de l’État, prendre en charge ces « jeunes majeurs » en attendant que les tests soient effectués. Le délai de la loi c’est 5 jours et le département finance de manière indue plus de 30 ou 45 jours d’hébergement… mais ça passe puisque l’exploitation politicienne autorise tous les abus et l’indifférence fait le reste. C’est plus rentable électoralement que de dire que des filles ou des fils de « gens supposés bien sous tous rapports » sont matraités ou ont ma tourné.
En 2016, plus de six appels sur dix sur le numéro dédiée aux signalements de mise en dager des gamins ont concerné des familles n’étant pas connues des services de protection de l’enfance, faisant du numéro national « un véritable service de repérage ». Les appels passés ont ainsi permis d’intervenir auprès de 47 000 enfants. Il y a une réticence à en accepter l’idée. C’est tellement dérangeant qu’on ne veut pas envisager la maltraitance ou l’abandon. Il est plus facile de faire croire que les violences sur les mineurs ne sont pas des cas isolés. Alors que c’est probablement le plus évident des faits de société actuel. Des mômes prennent des roustes, et ils en crèvent ou ils en souffrent. Des gamins ne mangent pas à leur faim et ils se taisent. Des enfants sont en échec familial, en échec social, en échec affectif et donc en échec scolaire mais on le constate sans chercher ailleurs. Des jeunes se réfugient dans la violence car ils ne vivent que dans la violence intrafamiliale. Plus de 120 000 d’entre eux sont pris en charge par la puissance Publique en France. Mais le silence sert de linceul à ces réalités… de notre splendide société du pognon !