Les histoires d’espionnage passionnent depuis toujours une partie de la popualtion dans tous les Etats. On a d’ailleurs écrit des milliers de livres sur le sujet et on a produit des films haletants aux intrigues très sophistiquées. Depuis des siècles tous les pouvoirs ont formé des femmes et des hommes pour tenter d’obtenir des informations sur le camp adverse ou pour le déstabiliser. Même si les moyens techniques actuels permettent de réaliser en permanence des activités de renseignements de plus en plus précises les espions existent. Il est quasiment acquis que tout humain sur la planète peut être, à tout moment et en tout lieu, tracé, vu et écouté à l’insu de son plein gré. Ce n’est qu’une question de volonté de la part des services spécialisés. Le secret n’existe que parce que lorsqu’il constituera le moment venu un atout dans une « guerre » d’influence de plus en plus féroce.
Ces affrontements à distance ne sont pas toujours armés mais reposent désormais sur les manipulations médiatiques, la désinformation ou la surveillance accrue des adversaires. Les militaires ont leur place dans ces opérations mais de spécialistes de toutes sortes les accompagnent pour assurer des missions complexes. Communicants, informaticiens, géographes, psychologues, médecins, journalistes, techniciens des télécommunications… et tant d’autres appartiennent à ce que l’on appelle les services secrets. Le temps des « barbouzes », des « petits télégraphistes », « des tueurs de l’ombre », des « Mata Hari fatales » n’est certes pas totalement révolu mais ces stéréotypes ne constituent plus l’essentiel des services secrets.
Si l’on analyse plus loin que les apparences, « l’exécution » d’un ex-espion, Sergueï Skripal, 66 ans, et de sa fille Ioulia, 33 ans, victimes d’une attaque avec un agent innervant militaire de fabrication russe à Salisbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre, on constate que derrière les faits il y a des calculs stratégiques dans un camp ou dans l’autre Trouvés inconscients le 4 mars dernier sur un banc, Sergueï Skripal et sa fille sont hospitalisés dans un état «critique». Un policier britannique qui était intervenu est lui dans un état grave. Toute cette affaire a été soigneusement montée dans l’intérêt de Poutine avant d’être récupéré par la première ministre anglaise à son profit. L’affaire arrange dans le fond un camp et l’autre.
D’abord le choix de la date pour punir un « traître » n’est pas innocent. On sait bien que l’élection présidentielle russe se joue non pas sur le résultat (personne ne peut imaginer que Poutine sera battu!) mais sur le niveau de son succès. Son calcul est simple : favoriser encore plus un vote réflexe nationaliste ! Les Russes attaqués de toutes parts dans la semaine précédant le scrutin vont soutenir celui qui ose affronter le monde entier ! Le « père du peuple » est devenu en quelque jours le « rempart salvateur du peuple ». Comment ces pays ennemis peuvent-ils donner des leçons, eux qui ont exécuté par drones interposés des dizaines et de dizaines de leurs ressortissants devenus des criminels ayant trahi leur pays d’origine ? Quel Russe va critiquer Poutine pour avoir puni celui qui a trahi sa nation ? Il est certain que l’empoisonnement a été planifié dans cette perspective et que les effets produits arrangent bien les affaires du Kremlin ! Et afin que les réactions soient bien tournées vers la Russie… le poison choisi a été parfaitement identifiable alors que tant d’autres solutions étaient possibles. Croire que ce n’est pas volontaire relève de la naïveté absolue !
Ensuite il faut bien convenir que la réaction de Theresa May appartient autant que l’acte commis par les Russes à la manipulation électorale. Au moment où le Brexit lui fait perdre pied elle s’offre elle aussi une cure de nationalisme bienfaisante : l’orgueil du peuple britannique va lui redonner un soupçon de popularité. Elle prend bien soin de ne pas prendre de sanctions économiques puisque Londres est la place dans laquelle les hiérarques milliardaires russes sont les plus présents et els plus actifs. Certains possèdent même des équipes de football… comme Abramovich. L’autre avantage c’est que l’affaire force tous les pays hostiles à Poutine à faire leur couplet de solidarité à l’égard d’une Grande-Bretagne qui devenait de plus isolée… Trump se refait une virginité à bon prix ! L’OTAN absent de tous les conflits actuels revient en force ! L’Europe que les Anglais ont abandonné se montre unie derrière eux ! Bien entendu les médias en font des tonnes sur le thème « retenez-nous où on fait un malheur ! » alors que les gouvernements (et Poutine le savait fort bien) ne proposent que le « minimum syndical ».
Tous les jours ou presque dans le monde, les services secrets exécutent des cibles humaines ou détruisent des réputations, des situations sans jamais être au premier plan. Ce qui est bizarre c’est que les objectifs (rester au pouvoir),les moyens (le poison) et les effets (séduire les peuples en leur désignant un ennemi) restent les mêmes depuis des siècles !