Sans qu’aucun(e) citoyen(ne) ne réagisse car pense-t-il les débats ne le concerne pas directement, l’État joue une partie de poker menteur avec habileté et méthode. Il tente par tous les moyens de masquer les insuffisances de sa gestion depuis des décennies par une technostructure inchangée dans l’esprit et les décisions. Sous la présidence Hollande les premières cartes avaient été abattues dans une large indifférence de la population. Elles servaient à forcer les collectivités territoriales ayant des élus au suffrage universel direct à « contribuer au redressement des finances publiques ». Sur trois ans des ponctions furent effectuées sur les dotations que donne l’institution républicaine aux communes, départements ou régions pour faire face aux délégations institutionnelles qui lui sont faites. Comme la mémoire se perd aisément dans un pays où lorsque l’on tente d’expliquer les évolutions on passe pour un(e) sinistre et ennuyeux(euse) donneu(se)r de leçons, il est aisé de réitérer les mêmes pratiques. Et c’est le cas sous le mandat présidentiel actuel mais de manière plus subtile. Bien évidemment les conseillers de celui qui fut  Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique ont adapté le processus sur la forme mais absolument pas sur le fond. Il veut par exemple continuer à prendre en étau les départements afin de les conduire à démontrer leur incapacité à répondre aux exigences du quotidien ! A eux la resposnabilité de l’impopularité puisque ce sont eux quis eront au contact direct de la population à quelques mois de leur renouvellement.
Cette stratégie n’est absolument pas isolée puisqu’elle s’applique à des pans entiers de la vie sociale. Les secteurs de la santé, de la dépendance, de l’éducation, de la solidarité entrent dans une période très difficile au cours de laquelle ils vont être soumis à une pression croissante des usagers et à une restriction strictement financière ne permettant même plus d’assumer le fonctionnement antérieur. Les conseils départementaux sont en première ligne coincés depuis entre des communes fortement défendues par l’Association des Maires de France et les Régions désormais très puissantes dans leurs rapports avec l’État. Or ils ont en responsabilité tous les secteurs intergénérationnels sensibles sur lesquels il y a véritablement une attente de millions de personnes ayant besoin d’un soutien particulier.
Les demandes en matière de protection de l’enfance en difficulté, d’accompagnement de la dépendance des plus âgés, l’insertion des personnes en rupture durable avec le monde du travail, la compensation du handicap… n’ont jamais cessé de croître au cours de la décennie écoulée. Tous les sondages démontrent que les citoyen(ne)s souhaitent fortement voir persister cette prise en compte solidaire des difficultés individuelles mais sans en faire le lien avec les mesures prises à l’encontre de départements ayant la charge de l’assumer. Si l’on se réfère aux obligations faites au département de la Gironde par des décisions nationales (RSA, PCH, APA, PMI, mineurs placés…) on atteint un budget supérieur à… 900 millions d’euros (65 % du budget de fonctionnement) ! Il est politiquement et socialement impossible de diminuer les prestations souvent fixées par des textes nationaux mais par contre il est possible que l’Etat bluffeur ne veuille reconnaître que leur financement devient problématique. Mieux la loi de programmation budgétaire a décidé que les départements ne pourraient pas augmenter sur 3 ans leur section de fonctionnement de plus de 1,2 % alors que ces dépenses directes du quotidien demandent sans cesse plus de crédits et représentent des milliers d’emplois qui vont se retrouver en danger si les services baissent !
Des structures d’aides à domicile accumulent déjà les pertes (les retraités renoncent souvent aux heures de soutien accordées pour des raisons financières ou ne peuvent pas entrer en EHPAD pour les mêmes raisons) et des lieux d’accueil pour les enfants traversent une période difficile, les établissements spécialisés sont inaccessibles faute de places : l’Etat le reconnaît mais répond qu’il ne lui est pas possible de faire face à ces besoins !
En Gironde une évaluation poussée permet de chiffrer à plus de 60 millions d’€ les dépenses assumées pour le compte d’un Etat ne respectant jamais ses engagements mais prêt à sanctionner le département s’il continue à les assumer !
Non seulement la loi de programmation des finances publiques flirte avec l’illégalité constitutionnelle puisqu’elle revient sur la libre gestion des collectivités (article 72) mais elle met en cause de manière indirecte les applications concrètes quotidiennes de la solidarité au moment où tout le monde en réclame davantage.
Comment l’expliquer dans cette société du superficielle et de l’indifférence ? Comment sensibiliser à cette nouvelle atteinte aux fondements d’une République réputée libre, égalitaire et fraternelle ? Comment accepter de revenir avant les lois sur la décentralisation quand le représentant de l’État exerçait sa tutelle sur les budgets départementaux ? Comment expliquer les enjeux capitaux pour les plus faibles, les plus démunis, les plus fragiles alors que l’on voudrait que ne soient évoquées que les conséquences financières ? Comment éviter d’être accusé de ne pas respecter l’intérêt national défini par les tenants du « technopopulisme » nouvelle forme de gouvernance imposée par le libéralisme outrancier ? J’avoue que dans l’étau il y a peu de place pour l’argumentation…