Quelle est désormais la valeur du suffrage réputé universel pratiqué par moins en moins de citoyen(ne)s quand on découvre que de vastes entreprises de manipulation sont montées pour influer sur les scrutins ? Bien entendu il n’a jamais été question de remettre en question, après la découverte des pratiques totalement contraires aux principes démocratiques, les résultats. Plus aucun pays n’échappe à la pression exercée via un système médiatique aux multiples formes dont le commun des mortels ne mesure pas la perversité technologique. Au coeur d’un scandale sur l’utilisation de données personnelles recueillies sur Facebook, Cambridge Analytica (CA) est par exemple une société privée de communication stratégique et d’analyse de données liée au Parti républicain américain. Jusque-là rien de bien étonnant. Sauf qu’il faut se persuader que cette affaire n’est que la partie émergée d’un iceberg d’influences occultes qui pèsent quotidiennement sur nos comportements.
En fait comme bien d’autres, cette entreprise propose des stratégies et outils de communication clef en main basés sur l’analyse des données à grande échelle (« big data ») et les nouvelles technologies. Elle est à la disposition des partis les plus puissants. Son slogan est d’ailleurs révélateur : « Nous trouvons vos électeurs et les faisons passer à l’action ». Mieux qu’un programme ou un débat télévisé : on transforme grâce à des analystes et de politologues les citoyen(ne)s en consommateur(trice)s de prêt à porter idéologique selon le principe très ancien de la révélation via les réseaux sociaux. Il faut en effet le persuader qu’un(e) candidat(e) lui apporte ce qu’il a en lui mais qu’il n’ose pas ou ne parvient pas à exprimer ! Pour y parvenir il est indispensable de posséder toutes les informations sur sa personnalité puisque la démarcha sera individualisée au maximum. Aux Etats-Unis, Cambridge Analytica affirmait disposer d’informations « sur plus de 230 millions d’électeurs américains ». Un poids considérable si l’on considère que le système électoral repose là-bas parfois sur de faibles écarts dans la désignation des grands électeurs.
Ce travail d’intoxication ne cesse jamais puisque la chasse aux « données » constitue la tache essentielle des spécialistes qui vont ensuite les assembler, les comparer, les disséquer et les ajuster pour les transformer en outils électoraux. C.A. a participé sur ces bases à de grandes campagnes électorales de par le monde dont celle de… Donald Trump ! Il est aussi certain qu’à une moindre échelle elle est impliquée via des « couvertures » ou des « filiales » dans d’autres scrutins. Au Royaume-Uni, la presse enquête sur le rôle joué par les « espions » pendant la campagne pour le référendum sur la sortie de l’UE, en 2016, en raison notamment de contacts avec le mouvement pro-Brexit Leave.EU et CA ! La société indique par ailleurs avoir aussi oeuvré en Italie, en Afrique du Sud, au Kenya, en Colombie ou en Indonésie… mais pas encore en France ! Du moins officiellement.
La stratégie de base reposait aux USA sur l’aspiration de données ayant permis de générer des milliers messages différents, ciblant les électeurs en fonction de leurs profils sur les réseaux sociaux comme Facebook, Snapchat ou encore la radio Pandora. Cambridge Analytica aurait récupéré à l’insu de leur plein gré (mais ils les avaient fournies sur FB) les données de 50 millions d’utilisateurs du grand réseau social et s’en serait servi pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d’influencer le vote des électeurs. C’était illégal mais le temps que l’on s’en aperçoive (à condition que l’on en ait eu envie) et qu’on arrête « l’aspirateur » l’essentiel était accompli. Il a encore du boulot puisque Facebook possède un potentiel de plus de… 2 milliards de comptes. FB affirme que les transmissions de données personnelles qui ont eu lieu constituent une « violation » de ses conditions d’utilisation, et promet des poursuites judiciaires, « si nécessaire » mais cette menace est du genre « retenez-moi ou je fais un malheur ! Les utilisateurs et leurs ami(e)s sont ainsi destinataires de messages ciblés basés sur les constats tirés de leurs données personnelles qui peuvent être récupérées directement ou indirectement. Rien ne serait illégal. les jeunes y sont exposés !
Chaque jour nous recevons des lettres, des coups de téléphone, des pubs via les écrans qui sont supposés nous être destinés et correspondre à nos souhaits. Comme les convictions ont été laminées et qu’il faut y ajouter les autres influences destructrices du libre arbitre personnel le rôle de ces entreprises prend une importance capitale dans les « achats » de « tête de gondoles » attractives du milieu politique. La capacité à résister ne peut-être que culturelle… et la résultante d’une véritable information sur ces pratiques sécrètes, pernicieuses mais redoutablement efficaces. Mais ce n’est qu’aux USA !