Il y a déjà quelques mois un ami me racontait que lors d’un repas amical l’un des plus grands magistrats de France lui avait confié que «  Nicolas Sarkozy n’échapperait pas à la justice. Les juges d’instruction prendront le temps qu’il faut mais méthodiquement ils accumuleront les éléments permettant, sur toutes les affaires qui le concernent, de le traduire devant un tribunal.  Ils éviteront méticuleusement toutes les fautes de procédure » ajoutait-il. « Autant sur le cas Bettencourt a capoté par excès de précipitation car il y a eu des erreurs regrettables, autant maintenant ils avancent pas à pas. Ils savent que ses avocats rechercheront des failles sur la forme pour tenter de lui éviter de devoir s’expliquer sur le fond et les faits. Ils en ont tiré la leçon… » Ces propos prennent tout leur relief depuis hier matin dans la procédure actuelle liée aux modalités de financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy 2007 !
Lentement, ce qui a permis à certains des soutiens de l’ancien Président de la république exemplaire, de s’étonner que sa mise en examen s’effectue 11 ans après les faits et de nombreuses autres affaires, les enquêteurs ont avancé précautionneusement cherchant des preuves ou des témoignages précis et concordants. Pas question de placer Nicolas Sarkozy en garde à vue sans un faisceau précis et concret du financement illicite de sa campagne, le mettant en cause directement. C’est forcément un processus long, méticuleux et prudent pour ne pas divulguer les trouvailles effectuées par divers canaux dont celui des autorités libyennes actuelles au sein desquelles on trouve encore des anciens dignitaires de l’époque kadhafiste. On prétend aussi qu’ils disposent de nombreux documents saisis lors d’une perquisition menée en 2015 au domicile suisse d’Alexandre Djouhri. Ces papiers ont été épluchés, comparés, mis en perspective dans le plus grand secret avec d’autres de telle manière que peu à peu apparaissent le système de financement libyen. Aucune hâte dans ce travail d’instruction fouillé et méthodique.
Les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ont remis leur rapport aux magistrats à l’issue de multiples investigations. A partir de nombreux témoignages, ils ont démonté le circuit emprunté par l’argent liquide ayant arrosé l’équipe de campagne. Ils ont emprunté une piste sérieuse grâce aux éléments ramenés de leur visite chez Alexandre Djouhri… qui a été en contact avec Claude Guéant ayant fait fortune en ce qui le concerne grâce à ses talents de marchands de tableaux. Il y aura des rapprochements de dépositions extrêmement intéressants dans les prochains jours après le départ de Nicolas Sarkozy.
Sur la table des juges on trouve par exemple une note secrète, datée de décembre 2006 et signée par le chef des services secrets extérieurs libyens, Moussa Koussa, qui acte un accord de principe pour le déblocage de 50 millions d’euros. Les déclarations de Ziad Takieddine dans les négociations troubles entre Paris et Tripoli, sur fond de contrats mirifiques et de commissions occultes portent sur 5 millions d’euros remis en liquide de Tripoli à Paris entre fin 2006 et début 2007. Avant ils ont été confiés affirme-t-il en mains propres à Claude Guéant puis directement à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Les enquêteurs ont aussi les affirmations d’Abdallah Senoussi, ex-directeur du renseignement militaire libyen qui a expliqué avoir « personnellement supervisé » le transfert d’argent . Il a même ajouté : « la somme de 5 millions d’euros a été versée pour la campagne du président français Nicolas Sarkozy en 2006-2007 » devant la cour. Je confirme que cette somme a bien été réceptionnée par Sarkozy.». Les juges ont également retrouvé les carnets de l’ancien ministre libyen du Pétrole Choukri Ghanem avec les traces des versements mais ce brave homme trop zélé a malheureusement été retrouvé mort en 2012 dans le beau Danube bleu ! Le dossier s’est encore épaissi de retranscriptions d’écoutes téléphoniques et de notes diverses. Les juges ne sont pas partis dans la garde à vue sans munitions !
Décembre 2007 : le président Sarkozy accueillait en grande pompe le colonel Kadhafi à Paris. Mars 2011 : la France entrait en guerre en Libye. Les années sont importantes car elles sont celles qui précèdent une élection présidentielle en France. Peut-on imaginer que ces repères concerneraient pour l’un, le besoin de financement d’une campagne et pour l’autre l’effacement de ce financement ? Rien n’est impossible mais dans l’immédiat il n’est possible que d’espérer avoir une réponse à la première question car pour la seconde il y aura beaucoup moins de témoins. Une balle croisée malencontreusement dans un tuyau refuge a laissé beaucoup moins de traces que des valises de billets de banque allant d’un continent à l’autre ! Comme quoi le fric a toujours une odeur de scandale surtout quand il vient du pétrole ! Mais la bataille juridique qui s’annonce sent déjà le scandale d’État !