Il paraît que dans notre pays la justice serait rendue « au nom du peuple » ! On sait que parfois lorsque le peuple s’est fait justice il a eu dans le passé une tendance à ne pas trop aller dans le détail ! Il arrive aussi que le préalable à son jugement soit une révolution expéditive. Par contre c’est souvent les pouvoirs en place et surtout les fascistes de tous poils ou de toutes religions qui s’arrogent le droit de faire rendre gorge au peuple sans que la justice y trouve son compte. Quelle que soit la forme que prend le système destiné à prononcer un jugement sur un comportement coupable elle se doit de respecter le principe de l’égalité vis à vis de l’application de la loi. Sauf que depuis quelques années celui qui est en vigueur en France n’est plus en adéquation avec des principes essentiels pour un traitement équitable des « présumés innocents ».
Le secret de l’instruction ressemble par exemple à celui de polichinelle car les manquements ne sont même plus sanctionnés malgré toutes les règles en vigueur. Les fuites sont méticuleusement organisées dans la mesure où elles servent les intérêts de la défense ou de l’accusation et il n’y a plus véritablement de limites à la divulgation de procès-verbaux d’audition ou de pans entiers des enquêtes en cours. Bien entendu le réceptacle des ces « informations » partielles et souvent partiales sont les médias qui se régalent de morceaux choisis ! Policiers en quête de notoriété ou avocats habiles dans la manipulation médiatique s’ingénient à préparer l’opinion dominante à des événements défavorables ou favorables qu’ils habillent à leur manière. Qui instrumentalise qui ? Nul ne le sait vraiment mais désormais une véritable inégalité existe sur les même sujets, les mêmes faits et les mêmes affaires puisque tout dépend de cette stratégie de médiatisation destinée à orienter le « jugement » nouveau modèle du peuple !
Quotidiennement dans les colonnes des journaux rapportant ce que l’on appelle des « faits divers » le traitement des personnes mises en cause est bel et bien très différent. Normalement le nom et le prénom de celle ou celui qui est réputé(e) « présumé(e) » innocent(e) ne doit pas être révélé sauf s’il exerce une fonction en lien avec les faits décrits. Or il est aisé de remarquer que si le le rang social de l’intéressé(e) ne lui permet pas de connaître cette possibilité l’anonymat est rarement respecté ! Lors du procès cette obligation de réserve tombe puisque l’affaire devient publique et tout le monde peut avoir accès à la salle d’audience. En réalité depuis quelques années il y a deux formes de justice très différentes : celle institutionnelle réputée méthodique, indépendante et rigoureuse et celle qui se construit par les médias dans des conditions souvent moins acceptables. Ne pas l’admettre dans la société actuelle c’est vraiment avoir une vision étriquée de la réalité du fonctionnement républicain ! Il est bien évident que quand Nicolas Sarkozy possède une tribune aussi puissante que celle du journal télévisé du 20 h sur TF1 il tente de contourner le procédures en cours contre lui en sachant que les juges d’instruction ne peuvent pas éthiquement et légalement s’exprimer dans les mêmes conditions !
Si l’on part du principe essentiel que tout le monde est égal face à la loi, la « plaidoirie » anticipée biaisée (nul ne connaît le contenu exact du dossier) de celui qui a été le garant du fonctionnement de la justice comme Président de la république tourne au scandale d’État ! On se retrouve en effet avec un « mis en examen sous contrôle judiciaire » qui met en cause sur le fond et sur la forme devant des millions de justiciables potentiels les enquêteurs, les juges, certains médias qui auraient uniquement bâti leur dossier sur des « calomnies » ou sur des « accusations sans preuves ». Rien d’étonnant puisque dans toutes les autres affaires le concernant la défense a été la même : « dénonciation de l’acharnement de la justice et des médias » contre lui !
En fait T.F. 1 a été complice de cette stratégie permettant à un « présumé innocent » de solliciter sur des mots (et pas sur des preuves) l’indulgence et l’absolution du peuple contre son système judiciaire. Qui a eu dans l’Histoire de toutes les Républiques pareil privilège ? Deyfus ? Les fusillés pour l’exemple de 14-18 ? Blum, Mendés-France en 1940 ? Omar Raddad ? Julien Coupat ? Que peut-on expliquer à des gens se retrouvant ou s’étant trouvé face à des circonstances similaires ? L’innocence a été proclamée et déclamée avec comme paramètre subsidiaire, une accusation de malhonnêteté des autres selon la théorie à la mode du complot et de la martyrisation ! Le jugement a été sollicité de l’opinion publique (un sondage va le confirmer rassurez-vous) contre celui que prévoit de la démocratie ! On jette la justice en pâture au populisme !
L’intervention de Nicolas Sarkozy constitue donc un virage dans notre fonctionnement républicain puisque est ouverte la possibilité, quelques heures après l’ouverture d’une procédure codifiée, de prendre le « peuple » à témoin sur la base de déclarations péremptoires pour discréditer le travail des contre-pouvoirs que sont une presse et une justice indépendantes. Le procédé fera date… dans l’Histoire ! Pas aussi glorieusement que le « J’accuse » de Zola !