L’Europe dans un splendide élan de solidarité avec les artisans du Brexit vient d’expulser des dizaines de « diplomates » russes (on sait que dans ce cas là il s’agit d’agents de renseignements placés sous parapluie diplomatique) en raison de la tentative d’assassinat d’un ex-espion de Moscou ayant trahi son pays ! Un discours sur le respect de la démocratie et des principes essentiels a permis notamment aux Polonais et aux Hongrois dont on connaît les tendances gouvernementales de s’offrir une cure de jouvence démocratique. Tout ce beau monde, auquel s’est évidemment rallié la France, en appelle au respect de l’indépendance légitime des nations et voit une intrusion criminelle dans les affaires britanniques. Logique dans ces pays dans lesquels les principes des libertés individuelles et des droits de l’Homme sont quotidiennement protégés ! Ce qui l’est moins c’est que souvent on trouve dans quelques-unes de leurs prisons des gens aux limites de l’emprisonnement politique et que désormais l’Allemagne se trouve confronté à une situation particulièrement délicate. Certains prétendent qu’elle ne l’a pas voulue mais que dans le fond l’arrestation de Carles Puigdemont n’a rien d’un malheureux hasard.
Inculpé, avec douze autres responsables indépendantistes de « rébellion », crime passible de 30 ans de prison, et de détournements de fonds public pour avoir financé un référendum dans la région qu’il présidait il rentrait de Finlande quand il a été intercepté à la frontière entre le Danemark et la RFA. D’après son avocat belge la Suède et le Danemark sont « des pays très stricts dans le domaine des droits de l »Homme » pourtant, Carles Puigdemont n’a été arrêté qu’à la frontière allemande.  Ceci s’expliquerait par un constat : les règles juridiques allemandes auraient un point commun avec celles édictées en Espagne. Alors que la « haute trahison » n’était pas incriminable en Belgique et stoppait, de fait, l’application du mandat d’arrêt européen, ce n’est pas le cas en Allemagne. Si elle reste difficile à prouver, elle existe cependant dans le code pénal allemand ce qui expliquerait pourquoi les services secrets allemands ont attendu qu’il se trouve sur leur territoire.  L’avocat estime qu’il y a une bonne coopération judiciaire entre l’Allemagne et l’Espagne ce qui, selon lui, laisse à penser qu’il existe de fortes probabilités de remise de Carles Puigdemont aux Espagnols.
La première étape s’est déroulée devant le tribunal régional de Kiel, dans la région du nord de l’Allemagne qui l’a maintenu en détention en attendant une nouvelle comparution devant décider de son éventuelle extradition s’il est démontré que des infractions similaires à celles pour lesquelles Puigdemont est poursuivi en Espagne existent en droit allemand. Et il semble que ce soit déjà bien parti puisque le porte-parole de la Chancelière a qualifié l’Espagne « d’Etat de droit démocratique » et relevé qu’il régnerait « une confiance toute particulière entre les autorités judiciaires des pays membres de l’UE » et a aussi rappelé que selon Madrid, le leader catalan et ses soutiens ne sont pas poursuivis pour des « idées politiques, des idées d’indépendance mais en raison d’infractions bien concrètes ».
En fait bien qu’ayant obtenu une majorité lors d’un scrutin sans aucune contestation sur son honnêteté le 21 décembre dernier la Catalogne ne peut pas se doter d’un président de son exécutif régional. Si ce n’est pas le cas la tutelle de Madrid se poursuit et le 22 mai au soir de nouvelles élections seront automatiquement nécessaires. C’est ce que l’Union européenne appelle un processus démocratique… la télévision régionale alors qu’il s’agit de manière indirecte mais ouverte de contourner un verdict des urnes. Il n’est pas certain que cette tactique un moment mise en sommeil a été relancée à l’égard de tous ceux qui peuvent occuper le poste de Président(e). La situation est extrêmement révélatrice d’une Europe qui invoque le respect du suffrage universel quand la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie ou l’Autriche mettent à mal bien des références aux principes fondateurs de la démocratie !
Le cas de Puigdemont va constituer un véritable test de la manière dont l’UE gère une situation spécifique dans l’un de ses pays membre. Il est fort probable que la décision qui sera prise déterminera l’avenir global de l’Espagne puisque le gouvernement risque fort de voir son budget paralysé par une coalition condamnant le sort fait à l’ancien président catalan. Paradoxalement ce serait un véritable argument pour éviter que les Allemands expédient Puigdemont dans les prisons espagnoles : sans budget de son État central l’Espagne va compromettre son redressement économique très fragile. Et ça pour l’Union européenne c’est bien plus inquiétant que la situation d’un séparatiste majoritaire dans sa région accusé de « haute trahison » et de « détournement de fonds publics ». Dans un an on verra les résultats des élections pour son parlement…