Soignée en Angleterre, où elle vit, elle est devenue une icône de la lutte pour le droit des filles à l’éducation. C’est à ce titre qu’elle s’est vu décerner le Prix Nobel de la paix en 2014, ensemble avec l’Indien Kailash Satyarthi. Après avoir vécu avec sa famille à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, elle poursuit aujourd’hui des études à Oxford. Une jeune fille a ému le monde et a surtout été plus forte que tous les extrémistes. Malala a mené le plus ingrat des combats, celui que l’on conduit avec comme seuls armes les mots. A 11 ans, cette enfant pakistanaise alimentait un blog sur le site internet de la BBC en « ourdou », la langue nationale du Pakistan. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrivait le climat de peur régnant dans sa vallée sous la férule des extrémistes.
Au fil des mois le poids de ce qu’elle écrivait a été plus fort que toutes les menaces portées au nom de la religion par des gens souvent incapable de sortir des litanies de perroquet. Les obscurantistes passent leur temps à tuer la moindre lumière d’intelligence pouvant éclairer les chemins de la vie des autres. Le blog est donc devenu intolérable ! Une gamine ne pouvait ridiculiser les oracles religieux asseyant leur pouvoir temporel sur des certitudes arrangeant bien leur main mise sociale.
Fille d’un enseignant poète et athée elle constituait une véritable menace pour un ordre établi sur des bases moyenâgeuses. Malala Yousafzai, a donc été la cible d’un attentat destinée à la faire taire définitivement. Lors de l’attaque de son autobus de ramassage scolaire elle reçut une balle dans la tête. En parallèle de son engagement, Malala avait été menacée de mort à plusieurs reprises. « Le jour où tout a changé était le mardi 9 octobre », écrit-elle dans son autobiographie. Ce jour-là, Malala, alors âgée de 15 ans, se rend à l’école, le bus scolaire s’arrête brusquement. Des hommes masqués montent à bord. L’un d’eux demande « qui est Malala » et lui tire dessus. La jeune fille reçoit une balle en pleine tête. Plongée dans le coma, l’adolescente est transférée dans un hôpital britannique. Par miracle, son cerveau n’est pas touché mais son rétablissement durera quatre mois.  
Une manière pour les talibans qu’elle affrontait en permanence d’avouer leur impuissance face aux vérités qu’elle déclinait dans de petits textes décrivant une chape de plomb sur une société d’adultes résignés ! Le Pakistan avait toutes les raisons d’oublier la blogueuse défiant tous les principes du sort effroyable réservé aux femmes. Pour les maintenir en état de dépendance, les extrémistes religieux leur refusaient (et leur refuse encore!) le droit à l’éducation, à la culture, à la liberté individuelles de jugement ! Qu’y-a-t-il de plus courageux, de plus grand, de plus ambitieux que d’affronter l’ignorance avec les mots de la non-violence et du progrès ?
Malala est revenue dans son pays avec le sourire. Étudiante à l’université d’Oxford elle ne vient pas assouvir une revanche mais simplement témoigner de ce que la liberté apporte aux individus qui savent la faire vivre. Invitée le jour de ses16 ans à l’assemblée générale de l’ONU elle avait étonné les grands de ce monde par sa maturité et sa force de conviction. Elle avait effectué un plaidoyer en faveur de »l’éducation pour tous les enfants » et elle avait proclamé que « Nos livres et nos stylos sont nos armes les plus puissantes. Un enseignant, un livre, un stylo peuvent changer le monde ». En sortant de quatre mois d’hospitalisation elle avait simplement fait part de sa détresse en expliquant : « Je ne souhaite à personne d’être arraché du pays qu’il adore ». Ces propos dans le contexte actuel des migrations et des comportements xénophobes vis à vis des mineurs devant oublier leurs villages pour fuir la terreur, la misère et la faim prennent un sens particulier.
Quand elle a mis le pied sur le sol pakistanais elle l’a aussi arrosé de ses larmes. Elles pourraient accompagner la tristesse de constater qu’il faudrait des milliers de Malala pour accélérer la révolution en faveur des filles et des femmes dans son pays et des millions dans le monde ! En effet si elle est reonnue, célébrée et même « exhibée » en Europe aux aux Etats-Unis son image est plus controversée dans son pays, où certains la considèrent comme un « agent de l’étranger » manipulé ou payé pour nuire au Pakistan. Outre les cercles islamistes radicaux opposés à l’émancipation des femmes, Malala est également critiquée par une partie de la classe moyenne pakistanaise qui lui reproche de ternir l’image du pays. La fameuse opinion dominante foncièrement réactionnaire a du mal à admettre qu’une adolescente prétende bouleverser une organisation sociale reposant sur la religion et l’oppression masculine. La Prix Nobel de la Paix vient avec l’argent de sa fondation pour construire et entretenir des écoles. « Elle est un symbole de courage pour tous les Pakistanais et nous nous réjouissons de sa visite. Elle aurait dû revenir bien plus tôt », a déclaré un ami du père de la jeune femme et habitant de Swat sa région d’origine. « Chers Pakistanais, Malala n’est pas votre ennemie. Vos ennemis sont les monstres qui lui ont tiré dessus à bout portant sur le chemin de l’école », a rappelé une autre combattante de la liberté pour les filles. Certains pensaient que cela n’arriverait jamais. Certains ne voulaient pas que cela arrive. Malala a encore pris des risques pour une cause que nous ne sommes même pas capables de mener en France : celle qui conduit à éradiquer les extrémistes de tous les horizons par l’éducation !