Après chaque scrutin électoral on découvre la face peu enviable des implications d’une défaite pour celles et ceux qui ont occupé un siège durant un ou plusieurs mandats. Comme l’opinion dominante considère tou(te)s les élu(e)s de la même manière on assiste à une interprétation fortement défavorable du sort que la démocratie réserve à ses représentant(e)s. En effet le système sans cesse remanié sous la pression d’électrices et d’électeurs réclamant l’exemplarité dans la vie publique de celles et ceux qu’ils ont désignés, a atteint ses limites. Comme on y ajoute, dans le cadre de la course politicienne à des attitudes purement démagogiques, de plus en plus d’exigences la menace sur le fonctionnement des institutions deviennent des réalités que personne n’ose aborder. Il est urgent de réhabiliter par l’éducation le choix effectué par des citoyen(ne)s de s’impliquer dans tous les secteurs de la vie sociale au profit de l’intérêt général. Ce socle du système républicain a été perdu de vue depuis belle lurette et désormais le principal risque c’est de voir à terme les « bonnes » volontés se retirer du jeu et laisser davantage la place à des professionnel(le)s ou des gens de passage vite dépassés par les enjeux réels des fonctions qu’ils ont revendiquées. Jamais il n’y a eu en France autant d’abandons en cours de mandat chez les élus(e) loacux(cales).
Première exigence qui se fait jour, sur la base d’une médiatisation approximative des exigences des fonctions parlementaires assumées par une grande majorité de gens mais caricaturés pour un pourcentage d’entre eux, celle de la présence. En fait au nom d’une véritable approche objective des nécessités du mandat exercé la vox populi veut voir à la fois « son » élu(e) au plus près d’elle mais aussi sur le lieu d’exercice de sa fonction. On en arrive à ce que désormais le plus modeste des mandats électifs implique un abandon total ou partiel de son emploi avec les risques que cette décision implique. A l’origine le détenteur(trice) d’un mandat l’exerce en supplément de sa profession et c’est à ce titre qu’il bénéficiait d’une « indemnité » et non pas comme on l’affirme souvent de manière simpliste d’un « salaire ». Or de plus en plus les obligations en journée procurées par l’empilage croissant des réunions ou des structures ne permettent plus de conserver le contact avec son boulot. C’est même parfois inconciliable surtout si on exerce comme salarié(e) dans le privé ou dans des entreprises ou des services du secteur public où il existe un grand décalage entre les préconisations du statut électif externe et leurs applications concrètes. Le retour après la prise de risque d’abandon total ou partiel de son activité devient de plus en plus problématique et des années plus tard des « ancien(ne)s » élu(e)s n’ont pas retrouvé d’emploi stable.
Bien des élu(e)s ont beaucoup de mal à concilier une évolution de leur carrière professionnelle et leur engagement électif. Il faut parfois vraiment choisir entre les deux.
Reconnaître aussi qu’être mère de famille, salariée et élue non indemnisée (conseillère municipale, conseillère dans une communauté de communes) ou faiblement indemnisée (maire et encore plus adjointe dans une commune) ne relève pas de la sinécure c’est admettre qu’il existe une flagrante inégalité entre les femmes et les hommes. Et même si l’indemnisation est au rendez-vous elle génère aussi des dysfonctionnements familiaux souvent désastreux… On ne le mesure souvent que de longues années plus tard surtout si on se laisse happer par l’engrenage des fonctionnements actuels des instances publiques n’ayant jamais été autant dévoreuse de temps. Ou quand il est trop tard. Mais dans le fond ce n’est pas le problème de l’électrice(teur) qui a la réponse toute faite « : vous l’avez voulu… alors c’est votre problème ».
Parler de « moralisation de la vie publique » en limitant cette ambition à une pourcentage de présence c’est purement démagogique car elle se construit sur bien d’autres critères et surtout elle concerne une part de celles et ceux qui œuvrent au niveau national où l’on approche du statut « professionnel » de la politique. Et la présence physique est-elle un gage d’efficacité, de respect de l’engagement pris auprès des mandants ? Le travail réel que nécessite l’investissement dans un mandat ne se résume pas à poser régulièrement ses fesses sur un siège aussi prestigieux soit-il. Si je prends l’exemple d’un dossier ordinaire relevant de ma délégation au conseil départemental, son cheminement nécessite au minimum la participation d’un(e) vice-président(e) à 5 réunions successives.
La première est dans la présentation par les services dans ce que l’on appelle « le bureau de vice-présidence » où il est examiné sur le fond et sur la forme. Il peut être retravaillé et donc remis à une rencontre supplémentaire. La seconde étape est sa présentation au groupe majoritaire qui vérifié sa conformité avec les orientations qui sont les siennes. On le retrouve exactement identique dans la commission thématique dont il relève pour validation avant qu’ils soit définitivement validé en commission des finances. Et enfin il est présenté à la commission permanente ou en session plénière pour validation… Chaque fois ma présence personnelle sur ce dossier identique est nécessaire. Chaque fois une feuille de présence doit être signée… et la « moralisation de la vie publique » est ainsi sauvegardée. Par exemple pour l’examen des dossiers de cautionnement d’emprunt pour un programme de logements j’ai la preuve pour tenir une statistique que sur ce sujet que ce sont entre 4 et 20 heures de présence de ma part, dans les réunions où ils sont examinés ! Doit-on être jugé sur cette présence effective ou sur les effets produits par la décision politique ? A chacun d’en juger mais je n’ai pas d’illusion sur le verdict !