Avec le recul du temps les événements de la semaine dernière dans notre pays prennent un relief particulier car ils illustrent une stratégie de gouvernance se réclamant de l’efficacité, de la rigueur, de la puissance. Grâce au poids des mots et surtout du choc des images maîtrisées à la fois sur le dossier Notre Dame des Landes et sur celui des frappes en Syrie le résultat a été atteint en matière de communication. Il n’est pas cependant absurde de se poser quelques questions sur le déroulement parfaitement réglé de deux interventions destinées à masquer les fortes contestations de l’autorité présidentielle en montrant un visage intransigeant sur deux sujets très limités. La stratégie mise en œuvre a visé à construire une image, une sorte d’hologramme, qui détournerait l’attention sur les échecs en cours au quotidien.
Si l’on prend le dossier de l’ex-futur aéroport nantais on assiste à un concours de « body-building » policier destiné à rassurer un électorat avide de solutions musclées vis à vis de toutes celles et tous ceux qui perturbent les idées reçues. On savait depuis de longs mois qu’après l’abandon du projet il faudrait un jour ou l’autre régler le problème des occupations illégales des zones agricoles. Depuis toujours que ce soit dans les champs, les usines, les facultés ou les lieux publics il arrive toujours un moment où une intervention est décidée. Souvent elle arrive quand tous les espoirs de négociations sont épuisées… et qu’il existe une mise en danger de l’espace occupé. Là on assisté à une mis en scène d’une opération massive destinée à démontrer que l’on avait dans le bocage nantais les moyens de « dompter » une rébellion utopiste et partiellement extrémiste quand depuis des années il est impossible de le faire dans certains quartiers de grandes villes ! Un déploiement de forces d’une ampleur jamais atteinte a parfaitement démontré la dangerosité des adversaires réputés lourdement armés et surtout enragés.
Afin que l’affrontement soit mobilisateur pour l’opinion dominante on a bien annoncé avant le jour et l’heure de l’entrée en action des gendarmes… Ils étaient donc attendus et donc on a eu tout loisir de médiatiser cette « guérilla » entre les « bons » porteurs de l’ordre républicains et les « méchants » qui volent les terres appartenant à la puissance publique qui les a expropriées pour finalement rien en faire. Les images soigneusement choisies ont tourné en boucle et… une semaine après quand le sujet est épuisé on entame les négociations qui étaient impossibles avant. Un médiateur aurait pu éviter des centaines de milliers voire plusieurs millions d’euros de dépenses publiques car quoi qu’il advienne il faudra bien trouver une solution acceptable à l’utilisation des terres agricoles ! Mais les « bons » contribuables prompts à dénoncer des dépenses publiques inadmissibles sont restés muets ! On a sorti Hulot de sa tour d’ivoire écologique après les affrontements mais surtout pas avant au cas où il aurait réussi à éviter que Colomb illustre à sa manière la beauté du nouveau monde.
Même processus avec l’intervention en Syrie où entre la réplique guerrière entre les faits criminels pas encore « officiellement » établis (même s’il n’y a guère de doute) il y a eu une longue préparation médiatique. En fait ce laps de temps à permis aux Russes de retirer leurs troupes des objectifs annoncés et qu’ils connaissent et à laisser Assad la possibilité de déplacer des produits et des personnes pouvant être visés. A grand renfort d’images on encore matérialisé cette lutte historique des tenants du « bien » contre le « mal » mais cette fois à l’extérieur ce qui avait valeur de symbole puisque nous étions en bonne compagnie.
Bizarre vous avez dit bizarre : cette brillante opération militaire a détruit des structures officielles vides de tout personnel (a-t-on entendu parler de victimes ?) et n’ont provoqué aucun dégât collatéral alors que l’on affirme que l’un d’entre eux au moins devait être gavé de produits chimiques dangereux… Rien. Absolument rien alors que la moindre bombe à fragmentation cause des ravages terribles sur les populations voisines. Probablement que c’est la qualité extraordinaire de nos missiles à 2,8 millions d’€ pièce ! Là encore il serait intéressant qu’un député curieux demande une estimation de la dépense de ces actes pour le budget d’un État qui veut accentuer la pression sur les gens les moins riches pour résorber son déficit. Il a ensuite été affirmé que cette action devait permettre de pousser les autres nations à la table des… négociations politiques. On verra…
Ces deux opérations cumulées ont occupé des heures de télévision, des heures de radio, des flots de prises de position d’experts, des interminables débats ont occulté les difficultés du quotidien d’autant que deux interventions télévisées ont conforté ce halo de fermeté présidentielle. En fait il s’agit simplement d’une volonté de prendre le contre-pied facile de la réputation de grand méchant mou de Hollande et de pusillanimité de Sarkozy ! Mais bien entendu j’ai mauvais esprit… et je manque de crédibilité !