L’éducation nationale est sauvée et le niveau moyen des enfants qui lui sont confiés vont rapidement retrouver le haut du tableau mondial. Les députés qui ont le redoutable avantage de trouver les mesures indispensables à l’amélioration du sort des enfants et des adolescent(e)s a longuement réfléchi mais a fini par trouver la solution aux maux dont souffre le système. Pour être certain que leur trouvaille sera appliquée ils l’ont inscrite dans la loi alors que depuis quelques temps déjà le sujet abordé était réglé par le code général de l’éducation. Débordés, fatigués voire épuisés les occupants du Palais Bourbon ont en effet débattu de la suppression du téléphone mobile (et pas du portable) dans les écoles et les collèges. Il fallait au moins inscrire cette mesure d’autorité dans le cadre législatif et peut-être pour les migrants ou les immigrés dans le code pénal ce qui permettrait d’en expulser quelques-uns. Désolant. Affligeant.
Une démocratie mise à mal par les attaques destructrices de Trump, secouée par des mouvements sociaux, pénalisée économiquement par le Brexit, infiltrée par le terrorisme, incapable d’être une véritable terre d’accueil lucide et sereine, dévalorisée par les multiples constats effectués sur la campagne présidentielle n’a pas d’autre sujets à régler que celui du rapport entre les porteurs de son avenir et les smartphones… pour celles et ceux à qui les familles peuvent les payer. Une simple circulaire ministérielle recommandant d’inscrire cette mesure dans le règlement intérieur des établissements publics ne suffisait pas.
Dans un coin de ma mémoire figure une décision ministérielle relative à l’écriture au stylo bille qui fut interdite dans toutes les classes car elle gâchait l’écriture. Il en fut de même quand on évoque la machine à calculer qui ruinait l’apprentissage du calcul. Désormais plus personne ne se soucie des deux sujets et les professeurs de lycée réclament des calculettes à des prix prohibitifs qui sont jugées indispensables pour les cours et les examens. Comme un vaste plan d’achat de tablettes numériques a été parfois lancé dans certains départements on aura donc un élève qui pourra surfer sur internet sans problème mais ui devra laisser son « portable » à la maison. Dans un cas on lui apprendra à maîtriser un outil dans le second cas on le laissera le gérer hors temps scolaire un appareil dangereux en lui conférant par la mesure prise un coté encore plus valorisant. Il compensera sa privation par une boulimie accrue d’utilisation. Le matin et le soir, durant le temps passé hors école ou collège si ses parents le permettent il rattrapera le temps perdu ! La « prohibition » n’a jamais empêché les excès !
Dans absolument tous les domaines (sauf pour le glyphosate) les députés actuels interdisent ou restreignent (vitesse, cigarette, modernisations sociétales…) car c’est le seul moyen trouvé pour se contenter de réguler es effets mais surtout pas attaquer les causes. Un simple règlement applicable et appliqué comme c’est déjà le cas dans des collèges ou de nombreuses écoles permet de mettre un terme aux abus signalés. Faute de personnel de vie scolaire la loi sera vite dépassée et on voit mal policiers et gendarmes venir effectuer des fouilles au corps des adolescent(e)s scolarisés. Quand on sait qu’ils sont entrés dans les prisons on peut douter de l’incapacité qu’auront les plus malins, par défi, à les introduire dans un collège public car dans le privé on peut supposer que la liberté existante pour chaque établissement ne les placera pas en difficulté vis à vis de leur clientèle.
Mais au fait qui achète les téléphones mobiles ? Ce ne serait pas les familles ? Quel rôle ont-elles dans des acquisitions prématurées ? Si des écolier(e)s arrivent au cours préparatoire avec l’aura d’un génie car ils savent se servir de leur smartphone on peut supposer que ce n’est pas le Père Noël qui leur a déposé dans leurs petits souliers ? Quelle campagne les députés prévoient-ils pour signaler la dangerosité des mobiles ? Quelle programme d’éducation est mis en œuvre pour sensibiliser les jeunes aux abus d’écrans ? Le lobby des vendeurs de forfaits a ses troupes au Palais Bourbon et il est certain que ces sujets n’ont même pas été abordés.
Comme dans bien des cas l’esbroufe, la communication de forme l’emportent sur le fond. Nul ne sait quelle sera l’efficacité de cette loi dont les décrets sortiront dans plusieurs mois quand un vote en conseil d’école (les parents et les enseignants seraient-ils d’accord?) ou en conseil d’administration suffirait. Rappelons que le parlement n’a pas délibéré avec la même célérité pour sauver les rythmes scolaires dont l’impact était bien plus décisif pour l’avenir dans le domine de la culture, du sport et de la citoyenneté pour les chers petits téléphonistes. Ils sont bien pris soin de laisser les maires à la manœuvre. Allo ? Allo… t’es une fille et tu n’as pas de shampoing ? » Nabila n’aurait vraiment rien appris à l’école avec une telle mesure !