Depuis que Henry Dunant effaré par les horreurs de la bataille de Solférino a décidé que quand les gouvernements broyaient des hommes il fallait que d’autres aient le courage de réparer le mal terrible fait et dont se désintéressaient les instigateurs des conflits. Pour paraphraser la célèbre phrase de Paul Valéry sur la guerre on peut encore dire que « les massacres de gens qui ne se connaissent pas (s’effectue) au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ». De tous temps, même dans les heures les plus sombres de l’histoire récente du monde, la Croix Rouge a été considérée comme la première Organisation Non Gouvernementale (ONG) tentant de pallier les drames touchant des populations innocentes. Désormais c’est contesté voire rejeté !
Le projet d’une organisation de secours, neutre et permanente pour les « soldats » blessés fut courageux et difficile à faire admettre. Dunant fit connaître ses intentions notamment en publiant Un souvenir de Solférino en 1862, ouvrage qui eut un fort retentissement en Europe. Deux de ses initiativessont au centre de la fondation du droit international humanitaire et de la Croix-Rouge : la neutralisation du personnel sanitaire lui permet de faire son travail pour la première et la création de « sociétés de secours nationales » (on dit maintenant ONG) pour le soin des blessés de guerre pour la seconde. Lentement la notion de « blessés de guerre évolua vers celle de « blessés » de la vie. Personne, sauf les tortionnaires, les dictateurs, les tueurs dénonce le rôle de ces structures qui sont nées au fil du XX° siècle. Elles sauvent des milliers de vies, atténuent des situations misérables, cruelles et même inhumaines.
Qui ne se souvient pas de grandes déclarations d’un Bernard Kouchner (très silencieux en ce moment) vantant l’idée d’ingérence humanitaire durant la Guerre du Biafra (1967-1970). Le conflit avait entraîné une épouvantable famine, largement couverte par les médias occidentaux mais totalement ignorée par les chefs d’États et de gouvernement au nom de la neutralité et de la non-ingérence. Cette situation largement médiatisée avait entraîné la création de « Médecins sans frontières » qui défendirent l’idée que certaines situations sanitaires exceptionnelles pouvaient justifier à titre extraordinaire la remise en cause de la souveraineté des États. Le concept théorisé à la fin des années 1980, notamment par le professeur de droit Mario Bettati et l’homme politique Bernard Kouchner a ensuite été maintes fois appliqué notamment pour les fameux boat-people fuyant le Vietnam sur des embarcations de fortune.
A partir de 1978, ces départs maritime sur des embarcations de fortune prend une ampleur particulière. Moyennant une somme d’argent aux autorités locales et aux passeurs, la minorité ethnique des sino-vietnamiens fuit sur des bateaux. Beaucoup d’entre eux sont dirigés vers des camps de Hong Kong. Les images de milliers de réfugiés parqués dans ces camps derrière des barbelés et des barreaux dans des conditions déplorables soulèvent l’indignation des médias occidentaux de l’époque. Parmi ces millions de migrants on estime qu’entre 200 000 et 250 000 d’entre eux ont péri, victimes des garde-côtes, des pirates ou de noyades.
Un intellectuel se lève : Raymond Aron. Il va soutenir la cause des boat-peoples à l’Élysée devant Valéry Giscard d’Estaing en juin 1979 et demande aux hommes politiques de résoudre le drame de l’accueil des réfugiés, repoussés par de nombreux pays (en particulier par Hong Kong, l’Indonésie et l’Australie). Avec ces intellectuels et des personnalités telles que André Glucksmann, Yves Montand ou Simone Signoret, Bernard Kouchner lance l’opération Un bateau pour le Vietnam et affrète un cargo, « l’Ile de lumière ». Qui sen souvient ?
Cette mission humanitaire en mer de Chine qui donnera naissance à l’association Médecins du monde, sera suivie de nombreuses autres. La France accueille donc un quota officiel de réfugiés des camps. C’est la première grande vague d’immigration en France d’origine asiatique… qui a largement bénéficié à notre pays ! Différence de culture, de langue, de religion : une situation qui alors ne posa aucun problème. Les ONG étaient louées par les gouvernants français pour leur action… Les dons affluèrent, les médias vantaient les mérites de ce bateau sauvant femmes, enfants, adolescent(e)s et hommes jeunes ou moins jeunes… chassés par une guerre qui n’était pas la leur ! Quelle différence avec la situation en Méditerranée ?
Désormais les bateaux des ONG sont traqués, arraisonnés, détournés, refusés et plus personne ne considère qu’éviter des naufrages relève d’une action humanitaire. Mieux le Président de la France des Droits de l’Homme se permet durant sa conférence de presse post-papale, de vivement critiquer le rôle de l’ONG allemande Lifeline, l’accusant d’avoir «coupé le signal» et d’être «intervenue en contravention de toutes les règles et (des) garde-côte libyens». « On ne peut pas accepter durablement cette situation, car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y a plus aucun contrôle », a encore pontifié le président de la République. Il a également dénoncé le «cynisme terrible» de la situation actuelle, jugeant qu’«à la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs». Un cynique retour en arrière…que malheureusement la population approuve majoritairement par une indifférence désastreuse. Quelles grandes voix s’élèveront ? Mais où est passé Kouchner ?