Les critériums cyclistes professionnels s’effacent du programme les uns après les autres même si certaines tentatives pour les relancer se font jour dans des lieux ayant eu une tradition de ce type. Il faut dire que l’organisation d’une épreuve consacrée au vélo relève, même dans les plus petits villages, du parcours du combattant. L’utilisation de la route suppose des autorisations d’un Etat sourcilleux de la sécurité et ressemble à une épreuve de haute montagne dans le Tour. Le parcours proposé est en effet scruté à la loupe par les « autorités », la liste nominative de « signaleurs » aux carrefours titulaires du… permis de conduire est indispensable. La présence de motards agréés et rétribués est devenue obligatoire pour ouvrir la route. Un médecin ainsi que des moyens de prompt secours reconnus constituent des obligations supplémentaires et en plus selon le tracé il faut obtenir des arrêtés de toutes les communes traversées qui sont récoltés en préfecture. Il faut des mois de patience pour se lancer dans une épreuve sportive amateur sur route du plus petit niveau. Avant même le baisser du drapeau de départ la moindre course de fête de village suppose un dépense de près de 2 000 €. Il n’y a en donc plus que quelques-unes très rares organisées sur des circuits très réduits où l’on tourne en rond. La popularité du vélo s’en ressent ! Elle ne repose que sur la télé !
Pour une « critérium » sorte de match amical entre une sélection de coureurs ayant acquis une vraie notoriété et d’autres qui en cherchent une, s’ajoute le problème du financement de la venue des participants venant à l’instar des vedettes du music-hall offrir un spectacle à des fans ou à des amateurs plus ou moins avertis ! Il fut une époque où quand il n’y avait que la voix de chantre du vélo qu’était sur les ondes de la radio Georges Briquet, les foules se précipitaient pour voir en chair et en os les héros de la « légende des cycles ». C’est oublié ! Tous les coureurs du Tour couraient après la gloire populaire mais aussi vers des cachetons qui amélioraient considérablement des salaires faibles. Jusque dans les années 80 ils parcouraient la France en covoiturage afin de rentabiliser leurs performances sur la grande Boucle. On venait voir et encourager les escaladeurs de cols ou les sprinters véloces s’expliquer sur des scénarios ressemblant étrangement aux westerns puisque c’était toujours le « bon » qui l’emportait après des bagarres ressemblant aux cascades musclées des films d’aventures. Désormais cette époque intermédiaire est révolue ! Les émoluments des stars sont à un tel niveau que les exigences des sponsors par rapport aux transmissions télé empilées dans un calendrier démentiel passent avant toute autre considération pour le public. Il faut être sur les écrans pour des exploits qui traverseront le monde et la proximité avec les fans n’est plus que virtuelle. La petite reine n’existe que par des grandes messes rentables !
Il reste cependant quelques rendez-vous permettant à celles et ceux voulant traverser l’écran pour approcher ces rois de la pédale dont ils croient aux exploits. Dans bien d’autres sports ce contact avec les « gens » est considéré comme une corvée. Des cordons « sanitaires » ou «  sécuritaires » sont souvent installés avec d’autant plus de rigueur que l’athlète concerné est célèbre. Souvent ces gens heureux, motivés voire passionnés ne voient que des footballeurs entrer et sortir de camps d’entraînement dans des véhicules de luxe aux vitre teintées. Même s’il est compréhensible de les protéger il faut bien admettre que parfois cette attitude relève du mépris. Lors des critériums cyclistes ne sont que des « matchs amicaux » permettant d’exhiber les forces en présence et ils ne faut surtout pas les prendre pour autre chose. Les vivre comme le plaisir du partage d’un moment réel avec ses avantages et ses inconvénients doit suffire au bonheur de ce public installé au plus près d’un circuit sur lequel les simulacres d’échappées, les alternances de prise de pouvoir, les rivalités perceptibles sont des scènes et des actes d’une pièce convenue.
Julian Alaphilippe paré de ce maillot couverts de pois rouges, devenu plus célèbre que jaune ou le vert a donné une superbe leçon de simplicité, de disponibilité et de facilité lors du critérium de Castillon. Il est d’une autre époque : décontrcaté, ouvert, disert, conscient de son statut provisoire il est l’homme idéal pour un critérium populaire. Des centaines d’autographes sur un programme où il n’avait jamais figuré ou de selfies avec des jeunes filles en pâmoison ont constitué pour lui une plus lourde tâche que la trentaine d’escalades de la côte de Belvès de Castillon. Il y a un mois seulement il n’aurait pas été confronté à pareilles obligations. Dans le vélo comme ailleurs il est possible de passer d’une célébrité reconnue respectueuse à une appropriation délirante et oppressante par des fans qui ne vous connissaient pas avant vos exploits télévisés. Les jeunes et surtout les moins jeunes recherchent à travers un « champion » ce héros qui manque à leur quotidien. Ils le délaisseront pour un autre dès que les résultats changeront. Cette versatilité de l’opinion dominante devient préoccupante dans le sport comme ailleurs. Elle conduit à ne plus accepter « l’ordinaire » pour une recherche constante de l’extraordinaire réputé faire oublier le passé et être une garanti d’un avenir riant. C’est encore à démontrer dans la réalité !