Il n’existe plus guère d’espace de liberté réel dans notre société marquée par l’utilisation de multiples outils de communication moderne. L’ère du numérique qui s’ouvre sera pire que celle que l’on a connue dans certains régimes dictatoriaux réputés policiers. La tristement célèbre Stasi de l’Allemagne de l’Est n’était qu’une officine artisanale par rapport à ce qu’il se passe actuellement. Chaque jour ou presque le « fichage » réputé légal se poursuit à l’insu de notre plein gré même si souvent il n’est que la conséquence de nos choix de vie. Nous sommes en effet à chaque seconde susceptibles d’être suivi(e)s, contrôlé(e)s, épié(e)s grâce au multiples supports que nous utilisons. Bien entendu tout est réputé réglementé mais ce serait être bien naïf de penser qu’il est possible d’échapper à des utilisations abusives de nos actes.
Simplement tout paiement à la caisse d’un supermarché avec une carte de crédit donne lieu par exemple à une exploitation immédiate de la nature des achats effectués. Toute visite sur un site marchand ou un site d’opinion est analysée dans les minutes qui suivent et va permettre une relance ou une statistique de vos goûts, de vos moyens financiers, de vos horaires de présence chez vous. Vos appels téléphoniques via un portable sont situés et restent dans les mémoires de l’opérateur. Rien de tout ça ne s’efface contrairement à ce que l’on croit en envoyant vers la « poubelle » des mails, des SMS, des tweets. Les caméras de vidéo surveillance permettent de tout savoir de vos déplacements comme le fait aussi votre GPS… Certes nul ne peut ignorer cette exploitation de ses choix libres mais rares sont celles et ceux qui imaginent l’immense machinerie à ficher qui se dissimule derrière un clic dans le milieu du numérique. Nous figurons individuellement dans des centaines de fichiers parfaitement légaux mais aussi totalement illégaux ! Les révélations à ce sujet se multiplient et demain les démocraties seront mises à mal par des utilisations détournées de ces « renseignements généraux » virtuels !
Ainsi la CNIL, réputée garante de la non-exploitation délictueuse des fichiers, a confirmé avoir reçu plusieurs plaintes d’internautes dénonçant le fichage, notamment pour leurs idées politiques, pratiqué par l’ONG EU DisinfoLab dans le cadre de son étude sur l’affaire Benalla. Tiens donc : il existe une « exploitation » des expressions sur cette pantalonnade politique élyséenne. Cette « organisation non gouvernementale » spécialiste des études d’opinion a en effet établi des lites nominatives des émetteurs de tweets personnels traitant du sujet. Ce n’est pas un hasard si les observateurs ont apporté des précisions permettant d’étayer ensuite les fameuses théories complotistes contre le pouvoir en place. Soi-disant pour le bien des études sociologiques ont été ainsi répertoriées leurs opinions politiques (proches de La France insoumise, de l’extrême droite ou des souverainistes), leur proximité supposée avec les médias RT ou Sputnik ou leur propension à diffuser de la « désinformation russe » et des « rumeurs » via leur compte twitter. Le tout a été nalysé grâce à un logiciel spécifique. Un nombre faramineux d’informations a été ainsi soigneusement collecté et classé à partir de critères différents. Pour qui ? Pour quel usage ? Pour quel utilisateur ? Publiés sur internet les résultats sont en effet exploitables par qui le veut et ressemble étrangement à une dénonciation !
Le cofondateur de DesinfoLab, a avoué que le « premier fichier concerne les 55 000 auteurs les plus actifs sur l’affaire Benalla ». Le second fichier permettait selon lui «  d’analyser la récurrence de la propagation de désinformations à plusieurs occasions parmi des acteurs hyper-actifs ». Ce n’était selon lui qu’un souci de transparence ! La réaction de la CNIL relève du gag puisque face à la masse des protestations des gens ayant découvert leur nom sur ces parutions elle leur a conseillé de s’adresser par… mail à l’ONG. Cette solution offrirait une éventuelle constitution d’un fichier encore plus précis des acteurs des tweets qui n’étaient pas tous fallacieux ou porteurs de fausses informations puisque l’on a vu dans cette affaire que la vérité n’était pas toujours durable !
Si l’on veut bien admettre que ces faits ont été dictés par une volonté de lutter sincèrement contre la désinformation il est impossible de ne pas être inquiet sur de telles pratiques ! Il est impossible de ne pas imaginer que des exploitations similaires permanentes des prises de position par tweets ou par tout autre support ne soient pas répréhensibles. Le risque existe… et il constitue désormais une vraie menace pour les libertés individuelles ! Autant le savoir pour ne pas se bercer d’illusions sur notre statut de citoyen(ne) numérisé !