En fait durant des décennies les actifs qui avaient la chance de posséder un travail stable et correctement rémunéré ont vécu avec deux objectifs : devenir propriétaire et se préparer à vivre une retraite acceptable si leur santé le leur permettait. Tout le système social était en grande partie tourné vers ces symboles d’une vie réputée réussie qu’étaient le pavillon et la pension. Il leur a fallu amputer leur pouvoir quotidien d’achat afin d’imaginer cet avenir de « retraité » ne correspondant pas à celui de leurs parents et encore davantage à celui de leurs grands-parents.
Crédits à des taux parois très élevés mais atténués par la courbe de l’inflation et une indexation difficile à obtenir pour leurs salaires. Ils ont pour certain(e)s d’entre eux, bataillé ferme pour obtenir des droits à départ vers la retraite que le monde du profit le leur disputait. Ils ont aussi économisé sans risques en plaçant quelques subsides sur un compte épargne… au cas où. Ils sont des millions dans ce cas : ni riches, ni pauvres mais simplement installés dans un niveau social correspondant aux efforts effectués souvent durant près de 40 ans.
La nouvelle donne politique est assez extraordinaire puisqu’elle consiste à les faire passer à l’égard des actifs actuels parmi lesquels il y a souvent leurs enfants et leurs-petits enfants comme des privilégiés ayant usurpé le bonheur promis aux générations ascendantes. Un climat de « retraitophobie » envahit le quotidien : le « moins vieux » coûte et le « très vieux » coûte beaucoup trop ! Bien entendu pas un marcheur vers le progrès affirmera pareille considération mais chaque acte sous-tend un jugement de ce type depuis maintenant plusieurs mois. Un faisceau de mesures très éparpillées mais convergentes sur le fond devient perceptible et préoccupant.
D’abord le « pensionné » quel que soit son niveau de ressources est une aubaine pour les ordinateurs de Bercy : stabilité des ressources, facilité de contrôle, calculs de rentabilité fiscale facile ! Le prélèvement à la source sur les revenus devient d ‘une facilité déconcertante. Un mail automatisé aux caisses de retraite et hop le tour est joué : revenus fixes, ponction aisée et fixe ! On voit bien que le salarié précarisé, les gens actifs aux rentrées financière variables vont être bien plus difficiles à « coincer » et vont coûter plus cher. Il en va de même pour la CSG : réglage de l’ordinateur sur le placer et hop c’est parti… alors qu’il est impossible d’aller chercher les mêmes sommes chez des fraudeurs ou des dissimulateurs de revenus discrets. Dans le fond le « retraité » est un bon client fidèles, sérieux, captif et donc assez docile car sous influence médiatique le rendant apeuré par les événements d’un monde incertain.
Ensuite il a bien du mal à se faire entendre dans une société de la modernité agissante et où tout a été conçu pour le persuader qu’il n’a plus de rôle à jouer à cause des technologies diverses ou d’un principe omniprésent : « place aux jeunes ! ». D’ailleurs c’est la base de l’argumentation ayant permis de les pressurer en expliquant qu’ils contribueraient au bonheur de cette génération qui peine à trouver sa place en fac ou qui refuse de traverser la rue pour trouver du boulot ! En anonymisant les parcours et en tuant souvent les liens intergénérationnels mis en difficulté par les contraintes financières on a précarisé la vieillesse. Impossible pour plus d’un retraité sur trois d’entrer en EHPAD sans avoir recours à l’aide sociale départementale ou à la contribution des enfants. Le fameux pavillon acheté avec des efforts réels est alors vendu pour financer l’accès à un service que la vie rend inexorable. Double peine ! Il faut bien considérer qu’actuellement pour garantir cette possibilité de finir ses jours dans des conditions dignes d’accueil une personne seule doit disposer en Gironde de plus de 2 300 € nets par mois de revenus nets… C’est là que le retraité propriétaire dépassant 1 200 € de revenus prend de plein fouet la « retraitophobie » ambiante car il va trinquer sur les impôts fonciers (bâti et taxe d’habitation non exonérée) sur la ponction CSG, sur le blocage de sa pension, sur les prélèvements à la source… I surtout s’ile st ex-fonctionnaire, est devenu la poire pour la soif d’équilibre budgétaire des Bercy.
Mieux une autre idée était en marche : celle d’une pression accrue sur les droits de succession. Qui aurait été au cœur du processus nouveau ? les propriétaires retraités ! Pour le chef de file en marche “l’outil privilégié pour corriger les inégalités de naissance (sic), l’impôt sur les successions, est complexe et n’a pas suivi l’évolution de la société. On ouvre un chantier (…). On fera des propositions qui seront reprises ou pas.” La réflexion sur ce thème est nourrie par le fait que l’âge moyen de l’héritage est de plus en plus tardif (sic) En France, l’âge moyen au décès est passé d’à peine 60 ans (alors ça c’est un vrai problème) à près de 80 ans au cours du XXe siècle, repoussant celui de l’héritage de 30 ans à 50 ans… La retraitophobie est passée !