De Gaulle s’était fait tailler un « costume » à sa taille et à son envergure lors de la mise en place il y soixante ans de la V° République. Il ne savait pas qu’après lui ce serait l’opposant le plus acharné à cette Constitution « robuste »  qui en serait le seul et unique à ce jour utilisateur dans ses dimensions intiales. François Mitterrand serait selon un sondage le meilleur Président de cette V° République qu’il avait vivement critiquée.  » Entre de Gaulle et les républicains il y a d’abord, il y aura toujours le coup d’Etat « . Toute la thèse de combat développée dans « le coup d’État permanent » de François Mitterrand tient dans cette phrase assassine. Dans ce livre il dissèque chacun des actes du gouvernement, dénonce le « pouvoir personnel » instauré par le Général depuis son arrivée à la tête de la France en 1958, engage à une vigilance républicaine de tous les instants contre tous les pouvoirs. Devenu, 24 ans plus tard, président de la… Ve République, François Mitterrand jugera cyniquement inutile de « continuer de promener une polémique qui appartient à l’histoire » et se glissera dans le « costume constitutionnel » avec une certaine délectation. Devenu Monarque républicain à son tour il saura parfaitement utiliser les nombreuses opportunités de mise en place d’un vrai pouvoir personnel illimité que contient le texte ayant 60 ans en ce 4 octobre.
La V° République reconnue comme extrêmement « présidentialiste » a su justement préserver l’homme élu au suffrage universel en le rendant « intouchable » par la responsabilité du gouvernement devant le Parlement. Il peut diriger la politique tant qu’il le veut sans jamais voir sa fonction remise en jeu puisque celle ou celui qui chute n’est autre que le Premier Ministre factotum de ses volontés, quand une majorité installée se délite ou est inexistante. Lui en revanche peut tout manquer ou tout tenter sans jamais pouvoir être mis en cause. La seule sanction qui peut l’atteindre reste la baisse de sa popularité personnelle dans les sondages ! Une situation très particulière que seule la France a su mettre en œuvre. Quatre cohabitations (le gouvernement Rocard en fut une dans les faits) ont largement démontré le caractère « chat perché » du Président durant son mandat puisque le Premier ministre a exercé ses prérogatives données par les articles 20 et 21 de la Constitution et il n’y a eu que peu de conflits réels.
La V° République consacre une personnalisation et une présidentialisation sans cesse croissantes avec des présidents pourtant désavoués par l’opinion publique mais jamais atteints en 60 ans par une quelconque procédure mettant leur pouvoir en jeu. Beaucoup y voit une similitude avec la Restauration et à la Charte du 14 août 1830 où la personne du roi était dite « inviolable et sacrée » auquel « appartient seul la puissance exécutive ». La déclaration estivale bravache de l’actuel pensionnaire de l’Élysée dans l’affaire Benalla (« Le seul responsable, c’est moi et moi seul. Qu’ils viennent me chercher. ») apparaît au mieux comme une pure forfanterie et au pire comme de la provocation orgueilleuse facile puisque aucune procédure constitutionnelle ou aucune institution ne peut « aller chercher » le chef de l’État ou remettre en cause ses actes. On a même vu grâce aux commissions d’enquête que l’entourage même du Président se considérait comme « intouchable » et pouvait s’offrir approximations, commissions et mensonges en toute impunité.
Aucune autre Constitution similaire même celle des USA n’accorde autant d’indulgence à l’égard de celui qui conduit les destinées de la Nation. Trump dans le costume de Président français pourrait jouer autant qu’il le veut avec sa folie ! C’est inquiétant quand on voit les « affaires » ayant émaillé les mandats de Giscard, Mitterrand, Chirac et Sarkozy…et qui ont toutes été à ce jour sans conséquences pour les Présidents. Il y a aussi un risque de Bonapartisme dans l’exploitation possible de cette singularité de la V° République puisqu’il y a une vraie main-mise personnelle sur la totalité de la pyramide de l’Etat républicain.
Le choix de près de 240 emplois clés de direction (de la Sncf ou…. l’Opéra de Paris, ERDF ou la villa Médicis, les pantouflages diver allant récemment de la nomination d’un copain non diplomate comme Consul général de Los Angeles ou les Recteurs comme on vient de le voir en changeant les règle) sans oublier le procureur général de Paris (on en connaît l’importance!) appartient à sa seule décision. D’un trait de plume il élimine des membres des élites récalcitrants ou réputés insoumis ou d’une signature on effectue la promotion de gens soumis. C’est une constante de la V° République et c’est ce qui se produit chaque jour. Même aux États-Unis cette possibilité n’existe pas et la procédure visant à la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême est inimaginable chez nous et la moindre velléité de contrôle déboule sur un veto direct ou indirect présidentiel. Quand l’homme qui se glisse dans le « costume » taille de Gaulle grâce à un refus que le rôle échoue à un(e) autre plus dangereux (reuse), est capricieux, méprisant, ou dévoué à la cause d’un cénacle réduit de détenteurs des autres pouvoirs (finance, médias) la situation devient vite insupportable. La Constitution à 60 ans apparaît alors comme vieillissante, décalée, contraignante et ce ne sont pas des replâtrages sur la forme qui en changeront le caractère « despotique » potentiel. On en mesure les limites !