Une mutation en profondeur touche le système français de la distribution. Inexorablement le repère des grands centres commerciaux s’efface dans le paysage puisque désormais les grandes enseignes sont à la peine. Il y a eu la crise profonde ayant touché le groupe Carrefour dont les effets ne sont pas encore estompés. Fermeture de magasins, vente de filiale, recentrage sur le bio, changement de cadres nationaux… les décisions douloureuses se sont succédées avec la clé près de 1800 postes diverse supprimés et la cession de 273 lieux de vente ! Les hypermarchés du groupe qui actuellement n’ont pas de baisse de chiffres d’affaires sont considérés comme… rentables. Lentement et au prix de lourdes modifications de l’action commerciale le groupe tente de remettre le paquebot à flots. Une tentative obscure de rapprochement de Casino en grande difficulté a été divulguée. Elle aurait échoué sans que l’on sache par qui elle était initiée.
Casino a annoncé en début de semaine avoir signé une promesse de vente en vue de céder les murs de 55 magasins Monoprix à une investisseur institutionnel de premier plan, pour un produit net de 565 millions d’euros. Le groupe qui détient au total 110 hypermarchés Géant dans l’Hexagone, a déjà engagé depuis plusieurs années une réduction des surfaces de ces très grands formats mis en difficulté par la concurrence d’internet dans les rayons non alimentaires et par l’évolution des modes de consommation qui favorise les magasins de proximité.
Pour la vingtaine de magasins déficitaires, plusieurs options sont à l’étude : le passage en franchise ou en location-gérance (un système proche de la franchise), une réduction de la taille des magasins pour en faire des supermarchés ou bien une cession à une autre enseigne. Le paradoxe c’est que Casino est actionnaire principal de la grande enseigne de vente C Discount qui compte 8,6 millions de clients, a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 2.1 milliards d’euros en 2017 et reste déficitaire de 40 millions d’€. La synergie entre les produits de des deux entités ne donne pas nécessairement de bons résultats.
La filiale logistique d’Intermarché (Groupement Les Mousquetaires) a annoncé un nouveau plan social qui devrait laisser « sans emploi » des « centaines de salariés » selon une source syndicale. C’est devenu tellement facile que le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) affiche un solde, « négatif », de 122 suppressions de postes avec des effets « extrêmement importants » sur l’emploi dans plusieurs établissements en « fermeture sèche ». Sans donner de chiffres, la direction d’Intermarché a confirmé à qu’elle avait présenté un « projet de transfert et de modernisation des activités de plusieurs bases logistiques » afin « d’assurer la pérennité des activités logistiques » du groupe. Dans le détail, est prévue la fermeture progressive de six bases logistiques entre « fin 2020 et fin 2021″. Des fermetures partiellement compensées par la construction de quatre nouvelles bases sur la même commune ou à proximité. Et ce n’est qu’un début…
Les ventes internet dans de nombreux secteurs augmente régulièrement et prend des parts entières de marché sur de nombreux secteurs. A quelques mois de Noël les enseignes « La Grande Récré » et « Toys R Us » en grande difficulté seront probablement fusionnées et rachetées sous peine de disparition. La liste des disparitions programmées ne cesse de s’allonger alors que les demandes de création de vastes entités de distribution parcellisées ne cesse d’augmenter.
Les surfaces de « boxes » réservés à des franchisés prolifèrent ce qui donne en Gironde un reliquat de plus de 150 000 m2 accordés mais non utilisées. Une nouvelle tendance vise à ramener dans ces vastes espaces commerciaux des activités non soumises aux lois sur le commerce : médecins, professions paramédicales, pharmacie, offices notariaux, restauration, surfaces dédiées au jeu pour enfant… Pour faire face à cette évolution de consommation ils ne tarissent pourtant pas d’inventivité et de prouesses technologiques pour ramener de plus en plus de personnes, des boutiques éphémères, des showrooms, des castings de mode, mais aussi, des parades de cirque, des parcs aquatiques, des patinoires, des espaces d’écoute… On n’attire plus par le prix de vente donc il est indispensable de faire venir par des offres non-commerciales une clientèle qui ne sort plus de chez elle d’où elle achète ce qu’elle veut sans se déplacer. La baisse du pouvoir d’achat des retraités et des classes moyennes va accentuer l’affaiblissement d’une consommation de masse qui a entretenu depuis des décennies l’illusion que l’expansion des grands ensembles commerciaux serait inévitable. On ne passera plus à la caisse d’ici quelques années…