Comment peut-on en arriver à ce niveau de violence dans une société qui considère que dès 3 ans ses enfants doivent entrer dans la vie collective par l’éducation. Un adolescent de 12 ans est décédé après avoir été blessé à coups de barre de fer samedi lors d’une rixe impliquant une vingtaine de personnes aux Lilas (Seine-Saint-Denis). Un événement médiatisé qui n’a pas appelé de réaction officielle alors que c’est probablement le plus important de tout un week-end, marqué par des révélations sur le découpage à la scie du corps d’un journaliste saoudien et l’insupportable suspense relatif au « recrutement » d’un Ministre de l’Intérieur. Ce qui constitue une véritable tragédie mériterait en effet une analyse objective et un questionnement sur les mesures à prendre pour endiguer des comportements de plus en plus répandus. Constitution de bandes quasiment tribales avec des rites, une hiérarchie, une organisation économique et un territoire sur lequel elle règne sans partage. L’indifférence ou même souvent l’abandon des adultes favorise ces regroupements au sein desquels les adolescent(e)s trouvent refuge pour réfouler un sentiment profond d’échec socio-éducatif.
La rixe aurait opposé dans l’événement de Seine Saint-Denis deux bandes issues des Lilas et de la ville voisine de Bagnolet, dont était originaire la victime… Une affrontement sauvage avec des armes rudimentaires comme le déclare un témoin du drame. D’après lui, les protagonistes sont assez jeunes, « 15 ans, 16 ans, après ça peut aller jusqu’à 17 ans ». Mais c’est surtout la violence dont ils font preuve qu’il souligne : « Les personnes ne se contrôlent plus, elles sont inconscientes des coups qu’elles portent. Une trottinette, ça peut tuer en un coup. Quand on voit des personnes mettre plusieurs coups, à la tête ou autre, ça va loin. (…). En ce moment, j’ai l’impression que la mort ne fait plus peur. J’ai l’impression que les personnes n’hésitent plus à taper jusqu’à la mort ». C’est devenu une constante dans ces rixes parfois consécutives à des défis sans grand intérêt.
Il n’y a plus de limites, plus de repères, plus d’échelle des valeurs car tout est devenu abstrait et virtuel. « Pour la première fois dans notre histoire, cet univers virtuel, moins celui de la télévision que celui des jeux vidéo, permet à des enfants de plus en plus jeunes et de plus en plus dépendants de leurs consoles de vivre dans un monde parallèle, imitant le plus possible le réel, où les actions, même les plus meurtrières, n’ont jamais de conséquences. Chaque mort vaut des points, chaque partie permet la résurrection des victimes antérieures » explique dans une récente tribune d’Alain Bauer dont je ne partage pas toutes les analyses mais qui ne dit pas nécessairement des contre-vérités. Que peut faire notre société ? Elle prétend « redresser » des heures et des heures d’imprégnation de virtualité par des apprentissages… scolaires totalement abscons pour des enfants marqués par de multiples formes de violences qui hantent leur quotidien.
La notion de « territoire » entre de plus en plus dans le comportement de ces bandes qui se féminisent et développent des dépendance collective à l’alcool (bières alcoolisées, alcools forts) ou aux drogues. Ces « espaces » avec frontières identifiables par des tags ou des contrôles effectués par des guetteurs munis de téléphones portables sont de tailles diverses ? Ce peut-être des quartiers, un city-stade ou ce qu’il en reste, des squares, des jardins publics, des skate-parcs, des abri-bus ou des porches ou des endroits un tant soit peu abrités. Celles et ceux qui les fréquentent manifestent une volonté collective de rejet des institutions, des organisations diverses et comte-tenu de leur échec scolaire de tout ce qui de près ou de loin ressemble à un éducateur(trice). Ils vivent leurs rassemblements à la fois comme des défis à l’ordre établi et ne respectent absolument plus les représentants (élus, policiers, gendarmes, citoyen(ne)s compatissants ou moralisateurs) institutionnels. Pour exister ils avaient besoin de rivalités et maintenant ils sombrent dans des affrontements de plus en plus violents avec parfois des homicides.
Bien évidemment le jeune mort du quartier des Lilas sera vite oublié. Les coupables sont déjà repérés et entre les mains des enquêteurs. Cinq mineurs âgés de 14 à 17 ans viennent en effet d’être placés en garde à vue. 
L’effet tragique de leurs comportements sera évidemment « exploité » par le populisme facile. Le mal est pourtant profond et mériterait une réflexion collective solidaire sur les difficultés croissantes de la parentalité quand tout s’effondre autour de la famille. Des milliers d’enfants girondins relèvent actuellement d’une mesure éducative ou judiciaire et sont placés sous la tutelle du conseil départemental dans des structures saturées. Un schéma départemental de protection de l’enfance a récemment été adopté par les élus unanimes afin de faire face à des situations pour le moins préoccupantes qui ont toutes un lien direct ou indirect avec les violences que nous ne voulons pas voir !

(1) Alain Bauer : « L’Etat a le choix entre rétablir l’ordre ou se contenter d’une absence de désordres visibles » sur le Figaro.fr