Que représente l’Arc de Triomphe pour des casseurs ignares ? Quelles valeurs mettent-ils autour de ce monument ? La tombe du soldat inconnu parle-t-elle à un exalté acculturé ? Le sculpteur François Rude auteur de la sculpture de la Marseillaise est-il connu de ceux qui ont mutilé ses œuvres ? A-t-on réfléchi aux symboles portés par les Champs-Élysées et ses rues adjacentes auprès d’un public contestant tout signe extérieur de richesse ou de pouvoir ? Croit-on que des individus qui méprisent leur environnement quotidien peuvent s’apitoyer sur celui des autres ? En fait les saccages, les violences, les destructions, les profanations, les pillages ne sont depuis de siècles que l’œuvre de « barbares » au sens littéral du terme, c’est à dire des groupes n’ayant aucun repère sociétal et incapables de mesurer la portée de leurs actes. Or la République ne se maintient que par l’éducation de ses masses permettant qu’elles s’approprient et respectent ses principes de vie commune.
L’extrémisme comme le fanatisme se nourrissent de l’ignorance et surtout se renforcent grâce à l’absence totale du sens de la responsabilité individuelle et collective. Quand on n’a plus de capacité d’analyse, que l’on pense que le système ne vous respecte pas, vous écoute pas et que vous n’avez plus aucun positionnement moral, que vous ressentez comme une injustice le fait que vous subissez une « loi » descendante oppressante, vous êtes une proie facile pour tous les excès ! Ne plus rien avoir à perdre ne facilite pas nécessairement les attitudes non-violentes.
Loin de moi l’idée d’excuser en quoi que ce soit des atteintes aux biens et aux personnes mais simplement de conduire à s’interroger sur des faits désastreux qui ne cesseront pas de sitôt. Quelles que soient les propositions de forme pouvant être faites elles n’auront en effet aucun impact rapide tant le précipice est grand entre les vrais gilets jaunes et des élites qu’ils ne verront jamais. Les élu(e)s sans cesse montré du doigt ou « fusillés » virtuellement n’appartiennent pas en effet au « pouvoir » influent sur les choix « politiques » stratégiques. Le mythe c’est de continuer de se cacher qu’une nation est aux mains des lobbies, de hauts fonctionnaires, de financiers, de grands médias qui, coalisés, se permettent absolument toutes les atteintes à la démocratie.
Je suis personnellement très inquiet sur la capacité actuelle de la France à se dégager de ces « réseaux » serrés et solidaires ! Il faudrait un immense effort d’éducation populaire, de pédagogie citoyenne, de militantisme de proximité pour relancer une dynamique positive. Des initiatives durant mes mandats d’élu local (1) j’en ai pris des dizaines pour lutter localement contre le réchauffement climatique (2), pour favoriser la co-construction (3), pour écouter les besoins et surtout les doléances (4), pour informer aussi précisément que possible (5) avec des fortunes diverses. Je crois au rôle irremplaçable de toutes et de tous les volontaires non seulement pour bâtir les politiques mais aussi et surtout pour les mettre en œuvre grâce à l’autogestion associative citoyenne(6).
Je ne me berce d’aucune illusion : rien en fut parfait et tout à une fin ! Je l’admets mais j’ai le sentiment (mais surtout pas la certitude) que cette « utopie concrète » aura permis d’éviter bien des difficultés que je constate actuellement.
Je rappelle toujours que ce sont plus de 30 ans de travail quotidien en partant de l’école (7) pour arriver à ce que les gens s’approprient le sport, la culture, le social, l’environnement ou à la mobilité. Être un responsable élu(e) ça à toujours été pour moi se comporter un simple catalyseur des énergies déployées par les autres au profit de l’intérêt général. On éclaire le chemin et on accorde le soutien matériel et moral de celle ou celui à qui a l’avantage de s’être vu confier la gestion globale d’un territoire.
Je ne crois donc pas dans des réunions regroupant des personnes n’ayant aucune expérience de la vie publique, de ses contraintes, de ses limites, de ses avantages ou de ses valeurs d’où sortiraient des mesures révolutionnaires. Je reste un défenseur invétéré du local car c’est à ce niveau que se construit la citoyenneté. Il arrive que je sois invité à dialoguer discrètement en France sur cette gouvernance passée avec des étudient(e)s, des clubs de réflexion, des élu(e)s -très rarement-, des associations mais j’ai l’impression de venir d’une autre planète et d’entrer dans la catégorie des vieux cons ressassant leurs histoires d’anciens combattants !
Toutes les revendications seront réglées en lâchant un peu de fric et en promettant une écoute accrue par des hauts fonctionnaires qui depuis deux ans ne rêvent que de recentraliser le pouvoir entre leurs mains, de se dégager des élu(e)s locaux, de museler toute proposition coûteuse, de repousser aux calendes grecques les réformes contraires à la vision du pouvoir national ! C’est ainsi… la vraie révolution doit être culturelle ou ne sera pas ! La contestation ne doit pas être celle des consommateurs de la mondialisation mais celle de citoyens locaux conscients des enjeux !

(1) De 1983 à 2014 avec arrêt volontaire
(2) Lancement de la station de vélo, pistes cyclables reliant tous les espaces publics, contrat de déplacement familial, Pédibus, Vélobus, Zone de rencontre, bâtiments neufs HQE, commune cita-slow, 2 rubans nationaux du développement durable…
(3) Gestion reposant sur un contrat citoyen, solidaire et durable évalué chaque année entre 2008 et 2014
(4) Rencontres citoyennes (5 par an) ou thématiques exceptionnelles (compte-rendu de mandat) ; création de commissions consultatives des services publics locaux (école, eau, assainissement, culture) permanentes ou ponctuelles
(5) Edition durant 31 ans d’un hebdomadaire municipal gratuit. Création d’un télé citoyennes
(6) Pas moins de 24 associations gestionnaires communales puis intercommunales pour certaines ayant plus de 3 millions d’euros de budget et près d’une centaine d’emplois ETP.
(7) Environ une vingtaine d’anciens élèves ou d’élu-e)s ayant été dans les équipes municipales impliqués dans un bureau associatif