La fièvre jaune est peut-être retombée même s’il reste encore par ci-par là des spasmes pouvant attester de la résistance sociale. Le virage est pris car après une analyse simple la longue contestation contre le gouvernement libéral en marche arrière, bien des acteurs de cette initiative s’interroge sur l’exploitation indépendante qui pourrait être faite de cette contestation. En ligne de mire l’accession ou pouvoir en Italie du mouvement « 5 étoiles » qui a été fondé par un artiste humoriste, acteur, blogueur impénitent nommé Giuseppe Grillo vite devenu pour l’opinion publique transalpine Beppe Grillo ! En 2013 il conduit une liste aux élections générales et obtient 25 % des voix ce qui est en fait le début de la montée de cinq étoiles en Italie.
Devenue une vaste comédie dénuée de toute vision politique la vie publique de l’autre coté des Alpes elle va mettre en évidence un « comédien » parfait pour jouer le rôle de la victime d’un système. Populaire grâce à ses apparitions multiples sur les chaînes de télévision Beppe ne possède absolument aucune expérience de la direction des affaires de l’État. Peu importe : la seule stratégie consiste à discréditer les femmes et les hommes en place dont un certain Rinzi qui s’est enfermé dans les réformes souhaitées par l’UE. Se présentant comme une organisation ni de droite ni de gauche (ça ne vous rappelle rien) et ne se définissant pas comme un parti politique, le mouvement milite pour stimuler une forme de démocratie directe, par opposition aux formes de démocraties représentatives. Le « cinq étoiles » base ses revendications autour des enjeux liés à l’eau, à l’environnement, aux transports, au développement et à l’énergie… et pour le reste il ne développe aucune autre solution.
Lors des élections générales italiennes de 2013, le mouvement recueille entre 23,8 % et 25,6 % aux deux chambres du Parlement. Aux élections municipales de 2016, il remporte les villes de Rome et de Turin. Avec environ 32 % des voix, il devance largement les autres partis politiques aux élections générales italiennes de 2018 ; il forme alors un gouvernement de coalition avec la Ligue du Nord dirigé par l’indépendant Giuseppe Conte. En cinq ans le « populisme » a marché sur les chemins vers Rome !
En France c’est le chanteur Francis Lalanne, familier des plateau télé, qui a décidé de prendre l’initiative de la constitution d’une liste « gilet jaune » aux élection européennes. Ça fait moins rêver que « 5 étoiles » mais le succès est plus assuré que celui de la sortie d’un nouvel album de chansons. »L’enjeu des élections européennes est que la France devienne jaune » a annoncé le nouveau Messie des contestataires non engagées au Rassemblement national ou au sein de la France insoumise. Il a ajouté que « ces élections seront le moyen de faire valoir les revendications des gilets jaunes sur le plan institutionnel ». Ayant quelques moyens financiers il a vite imaginé une « structure pour établir une liste électorale ».
Compte-tenu de la défiance à l’égard de tout ce qui est parti institutionnel qu’il en compte pas en fondé un nouveau. On donnait la chanson. Il est certain que s’il s’est inspiré du système Cinque Stella mais aussi et sutout sur la démarche « En marche ». Le programme est simple voire simpliste mais efficace : « Le but c’est de compter nos forces, combien nous sommes dans ce pays à vouloir que cela change. C’est pour ça qu’on présente des candidats, pour que les Français votent pour le peuple ». Bien évidemment Francis Lalanne en sera le leader en attendant de passer (est-ce certain ?) le relais à une personne plus chevronnée.
Grâce à ses relations le chanteur a déjà obtenu « une caution bancaire de 800 000 euros avec un imprimeur » par l’intermédiaire de Jean-Marc Governatori, ex-chef d’entreprise et actuel secrétaire national de l’Alliance écologiste indépendante. « Ça correspond à 94 millions de bulletins de vote, à 100 000 affiches et 47 millions de professions de foi » ! Bien évidemment si la liste des gilets jaunes obtient plus de 5 % cette avance sera remboursée. Il faut se souvenir qu’en 2014 sur les mêmes bases Beppe Grillo lors des élections européennes, le mouvement avait obtenu 21,1 % et 17 députés !
Les tergiversations actuelles du gouvernement sur les mesures annoncées, dénoncées, ré-annoncées avec des cafouillages sur la possibilité même de les mettre en œuvre ne vont pas nécessairement faire faiblir les envies de donner une leçon aux élites. Omniprésent en quelques heures face aux caméras, derrière les micros le comédien, chanteur chef d’entreprise liquidée, candidat écolo à diverses élections, président d’un club de football… Lalanne va peut-être dans les semaines à venir devenir le leader qui réussira à mettre en marche les gilets jaunes.