Il est toujours difficile de lutter contre des idées toutes faites plaquées sur des images instillées dans l’opinion dominante. Ainsi partout où je suis allé en France et particulièrement à Paris, lors des réunions ou des débats, il est sans cesse ressassé que la Gironde est un département riche ! Les grands crus et leurs châteaux, la splendide rénovation bordelaise ou les villas du Basin d’Arcachon attestent pour bien des gens, de cette opulence girondine permettant d’affirmer que par rapport à ses voisins de Nouvelle Aquitaine, elle a un caractère ostentatoire. En fait il n’en est rien. Sans être pauvre le département est terriblement contrasté et une récente étude de l’INSEE le démontre aisément. Elle dresse un panorama complet de la… pauvreté qui a tout lieu d’inquiéter sur l’évolution des votes lors des prochains rendez-vous électoraux.
En effet on trouve environ 200 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté (c’est environ 12 de la population totale) donnant ainsi la première place à la Gironde dans le région Nouvelle Aquitaine. Ce serait un taux légèrement en-dessous du niveau national puisque dans le premier rapport de l’observatoire des inégalités on apprend qu’entre 2006 et 2016, le nombre de personnes pauvres vivant sous un seuil établi à 50% du revenu médian (855 euros par mois pour une personne seule) a augmenté : 630.000 Français ont basculé dans la pauvreté ce donne 15 % de l’ensemble de la population. Il faut cependant notre que les écarts se creusent en Gironde avec des communes références du fameux croissant de la pauvreté dépassent largement ce ratio national. Le revenu mensuel médian des Girondins pauvres est en effet inférieur à celui de la France avec seulement 815 euros et on trouve par exemple 33 % des gens ayant ce niveau de vie à Castillon la Bataille, 28 % sur La Réole, 23 % à Lesparre et 20 % sur Libourne.
La situation est encore plus préoccupante sur la métropole bordelaise où le conseil départemental attribue plus de 60 % de ses allocations individuelles de solidarité ! On trouve en effet selon l’étude de l’INSEE un taux global de pauvreté à 14 % quand certaines villes comme Saint-Aubin-de-Médoc et Martignas sur Jalles atteignent difficilement 5 % ! Au palmarès du pourcentage de gens en difficulté financière et sociale on trouve la Rive-Droite qui possède les plus grands parcs de logements sociaux. Lormont dépasse 29 %, Cenon est à 27 %, Floirac voisine avec 21 % et Bassens se situe aussi au-dessus de la moyenne nationale avec 17,6 %. Ce n’est pas véritablement une surprise pour celles et ceux qui connaissent la Gironde et plus particulièrement la Métropole ! Il faut cependant préciser que dans quelques quartiers métropolitains spécifiques le niveau approche les 40 % ce qui est extrêmement préoccupant !
Le plus étonnant concerne Bordeaux dans laquelle sur les cinq dernières années le nombre d’habitants considérés comme en difficulté forte dans leur quotidien a fortement progressé. Quand on sait que les loyers, la nourriture, les loisirs sont eux-aussi en augmentation constante sur la ville centre il y a lieu de s’inquiéter sur l’évolution à venir. Le niveau de pauvreté est ainsi passé de 16,5 % de la population en 2010 à plus de 17 % en 2015 avec une bonne proportion d’étudiant(e)s qui se rendent dans les universités et qui sont comptabilisés. Au total ce sont près de 5 000 personnes supplémentaires qui ont plongé dans la détresse sociale durant cette période.
Comme au niveau national c’est la progression des familles monoparentales aux faibles revenus, la croissance qui demeure faible et un niveau de chômage élevé qui explique cette hausse significative. Il n’est pas inutile d’ajouter que ce sont les prestations sociales qui permettent, en France, à plus de cinq millions de personnes d’échapper à la pauvreté. Sans ce système tellement critiqué et surtout attaqué de toutes parts par les « gestionnaires comptables » ce ne serait pas 14 % mais 22 % des Français qui vivraient sous le seuil de pauvreté. C’est valable à bordeaux comme ailleurs. Si sur la capitale de la Nouvelle Aquitaine on trouve logiquement beaucoup de jeunes il en va tout autrement ailleurs avec un nombre croissant de retraités très mal en point financièrement.
L’étude de l’INSEE met en évidence une détresse particulière dans les départements « agricoles » de Nouvelle Aquitaine avec 18,6 % en Creuse ; 17 % en Lot et Garonne et 16,5 % en Dordogne mais il est certain que l’on atteint ou l’on dépasse ces chiffres dans le croissant de la pauvreté allant du Nord médoc, le Nord Blayais, le Nord Libournais, le sud de l’Entre Deux Mers et les Landes girondines. Comment ne pas également noter qu’un enfant sur cinq vit actuellement au sein d’un groupe familial en grand difficulté ? On comprend mieux les raisons qui font que le conseil départemental de la Gironde garant de la solidarité humaine a du mal à s’inscrire dans l’absurde taux de croissance de ses dépenses réelles de fonctionnement à 1,2 % ! Les gilets jaunes ne vont pas se ranger de sitôt !