Coupables… Responsables ! Des scènes d’émeute sur les Champs Elysées avec des destructions véritablement ciblées d’établissements ayant un caractère symbolique dans la crise sociale actuelle occupent légitimement le devant de la scène médiatique. Elles sont inévitablement associées à la fièvre jaune du samedi soir sans que les liens entre ces manifestations répétitives plus ou moins paisibles et des groupes de participants(tes) soient vraiment évidents. je les condamne sans aucune ambiguité mais pour ma part je juge ces prises de position comme trop faciles ! Impossible cependant d’éviter un amalgame qui monte dans l’opinion publique et qui pourrait à terme se révéler extrêmement dangereux. Chaque dimanche on assiste à un nouvel épisode de communication autour des événements de la veille.

Le gouvernement change chaque fois sa manière de se dédouaner en égrainant les déclarations martiales de fermeté ; le soutien aux forces de l’ordre, la compassion à l’égard des victimes d’agissements inexcusables ; en sollicitant de nouveaux pouvoirs ; en tergiversant sur les stratégies de maintien de l’ordre ; en accusant ses opposants de « soutenir » de manière indirecte ces actes coupables ; en additionnant des centaines et des centaines d’interpellations ; en louant les mérites des forces de police ou de gendarmerie ayant évité le pire… mais jamais de remise en cause sur la faiblesse de la gestion en amont de ces spasmes mortels pour la République.

Comme dans les tragédies classiques on retrouve pourtant toujours une unité de temps (un jour), de lieu (Champs Élysées) et d’action (saccages organisés) ce qui permet de s’interroger (je sais bien que le seul fait de le faire est considéré comme suspect) sur l’efficacité des décisions prises ou sur la volonté politique d’en finir avec ces violences extrêmes. Le périmètre ne varie pas. Les acteurs paraissent être les mêmes. Leurs modalités opératoires se répètent. Il est indéniable que leurs comportements qui s’assimilent à des méthodes de guérilla urbaine nécessitant une coordination dont on entend jamais parler.

Les responsables de ces actes délibérés varient donc au gré des prises de positions ministérielles : groupes d’extrême-droite, groupes d’extrême-gauche, gilets jaunes incontrôlables, « black blocs » ( français ou étrangers?), zadistes, bandes de banlieues, mouvements anarchistes organisés… La seule certitude c’est que la navigation à vue au fil des samedis n’est guère rassurante. Chaque monsieur « je sais-tout » occupant les plateaux des télévisions perroquets se répand en conjonctures diverses ! Pourtant il est une question essentielle à se poser : que font les services de renseignements dans cette période ? Comment peuvent-ils passer à coté de ces centaines de personnes dangereuses qui se retrouvent bizarrement au même moment en un même lieu ? Quels sont ces « casseurs » dont on parle souvent mais dont semble-t-il on ne connaît pas les origines ? On a une petite idée de la réponse quand on sait que le nombre de manifestants ultra-violents a été supérieur à celui anticipé par les autorités. Là où les services de renseignement tablaient vendredi sur la présence de  600 à 800 « casseurs », il y en a finalement eu le double dans les rues de Paris, selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner ! Il est certain que des renforts de black blocs ont été mobilisés à l’étranger à l’insu de spécialistes du ministère de l’Intérieur.

Pour ma part je vois une autre preuve de cette faiblesse des services dans le fait que le Président de la République ait pu sciemment partir skier s’il avait eu sur son bureau la note de synthèse de la situation l’alertant sur les faits qui se sont produits. Je n’imagine pas un seul instant qu’il ait pu commettre pareille faute… si les éléments qui lui ont été transmis (comme chaque soir) par le coordonnateur national du renseignement avaient été à la hauteur de ce qui s’est produit. Le conseiller du président de la République dans le domaine du renseignement transmet, en effet, ainsi qu’au Premier ministre, les informations fournies par les services et qui doivent être portées à sa connaissance. Il serait intéressant (mais c’est impossible!) de connaître le contenu de celle de vendredi soir ! Il y a bien un responsable quelque part qui lui avait vendu que tout était « prévu » grâce au déploiement de 5 000 membres de forces de l’ordre pour sécuriser les accès à l’Élysée et à la Place Bauveau !

D’ailleurs la réaction d’Emmanuel Macron traduit au minimum un certain agacement et plus probablement un vrai manque de confiance dans les personnes ayant en charge la réponse institutionnelle à ces émeutes. Il y a eu des manquements, de l’arrogance, de la légèreté et un manque réel de professionnalisme. Après quatre mois de mobilisation, l’acte 18 des « gilets jaunes » coïncidait avec la fin de la première phase du grand débat national qui démontre que rien, absolument rien n’est réglé malgré 10.300 réunions locales et de 1,4 million de contributions sur le site dédié. Au contraire il faut fortement craindre la période de déception et de désillusion qui va inexorablement aviver après cette période où l’on entretenu des espoirs de solution à tout… à court terme ! Je crains que le pire soit encore devant nous !