La terre a tremblé en Charente Maritime et en Nord Gironde. L’explication de cet événement exceptionnel n’a rien d’inexplicable pour les sismologues qui parlent de la réouverture d’une « vieille » faille entre deux plaques tectoniques. La France se trouve dans la même situation. Chaque jour qui passe les risques d’une secousse brutale et violente, révolutionnaire, se profilent et la fracture s’élargit entre des pans entiers de la société souterraine. Certes les commentateurs (trices) s’évertuent à faire durer la secousse tellurique de samedi dernier qui leur permet de « vendre » des minutes d’antenne alors qu’il faudrait une analyse plus large de la situation réelle. Ils sont loin, très loin de la vérité.

Ces millions de personnes qui ont voté pour le Président de la République actuel, avec l’espoir qu’en repoussant le Front national et en élisant une personnalité jeune, sans expérience et apparemment dynamique ils ouvriraient les fenêtres de leur quotidien sur le Nouveau Monde sont désormais avec le vide devant eux. Les « cocus » de gauche du premier tour des présidentielles qui ont vu leurs valeurs incapables d’être portées par un seul candidat n’attendent plus rien de la situation parcellaire actuelle. Eux-aussi ont plongé dans la plus grande des désillusions. Toutes celles et tous ceux qui se sont détournés de l’acte démocratique essentiel qu’est le vote, par dépit et par dégoût ne reviendront que pour partiellement témoigner de leur révolte ! La catastrophe menace aux prochaines européennes.

Le niveau d’abstention (+ de 57 %) atteint lors des élections européennes de 2009 sera battu et même pulvérisé dans quelques mois. Bien plus que de se pencher sur les scores de telle ou telle liste potentielle, il ne faut retenir qu’un seul chiffre d’un sondage quotidien Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio : l’abstention atteindrait 59,5% et ne cesse de progresser à chaque publication des résultats. Imaginons un peu que 6 électrices et électeurs sur 10 resteront devant leur écran, tondront leur gazon ou bricoleront dans leur maison. Le pire c’est parmi les jeunes puisque seul un électeur de moins de 34 ans sur cinq se dit prêt à aller aux urnes dans deux mois… alors que bon nombre d’entre eux sont loués pour leur attitude exemplaire en faveur du réveil de la sensibilité écologique. La France s’enfonce dans les sables mouvants de l’indifférence découragée ou de la colère non maîtrisée selon la position sociale.

Selon un autre sondage IFOP pour Atlantico, il n’est donc pas très étonnant que 39% des Français considèrent que pour changer la situation du pays, il faudrait une… révolution, tandis que 50% d’entre eux considèrent plutôt qu’il faudrait un programme de réformes ! C’est le reflet de cette coupure entre deux pays : l’un excédé, dépité, révulsé par le fait qu’aucune réponse n’est apparue depuis quatre mois à son mal-être et l’autre qui attend des réformes qui ne viennet pas . Elle est angoissante car elle place les Français parmi les Européens les plus « remontés » contre un système dans lequel ils ne croient plus ! La première chose à dire c’est qu’il s’agit d’un chiffre absolument spectaculaire. On observe en effet seulement 28 % de « révolutionnaires potentiels » en Italie, 20 % en Allemagne (tiens donc!), 14 % en Pologne, 13 % en Espagne dans des contextes totalement différents selon les gouvernement en place.

Le Grand débat n’était pas fait pour eux et il s’en moquent comme de leur première chemise puisqu’ils attendent des mesures pouvant les sortir des sables mouvants dans lesquels ils s’enlisent chaque jour un peu plus ! Selon l’analyse pour Atlantico.fr de David Nguyen : « l’adhésion à une logique révolutionnaire chez une grosse minorité des Français indique un niveau de tension politique élevé (…) Ce sondage montre que la colère était encore là et était prête à exploser à la moindre étincelle. C’est ce qui s’est produit lors de ce dernier samedi, probablement avec un effet de contraste avec un président sur les pistes de ski qui n’a pas dû arranger les choses. On voit bien que, malgré un grand débat presque terminé, le niveau de radicalité n’a pas du tout baissé. » Plus le temps passe et plus le malaise s’enkyste, se solidifie, se soude.

Le sentiment de colère qui est à priori le moteur principal d’un esprit révolutionnaire est bien présent à travers ce sondage puisque d’abord si 36 % des Français se disent déçus on arrive à 32 % en colère et pas moins de 28 % … dégoûtés ! Une France est désormais dans une situation de cocotte-minute sous pression maximale. La soupape a déjà été ouverte avec 10 milliards de dépenses sociales lâchées sans financement possible et un Grand débat national ultra-personnalisé qui ne peut que déboucher sur des mesures (on va taper sur les élus(es)) qui ne changeront pas le sort des « révoltés. L’explosion menace et plus la réponse ne sera que sécuritaire et « culpabilisatrice » plus elle renforcera la haine qui ruisselle dans les milieux en difficulté.