Une visite officielle d’un chef d’État dans un autre pays n’a d’intérêt que s’il a été longuement préparé dans les arrière-boutiques des pouvoirs concernés. Tout n’est durant le passage d’un hôte prestigieux que théâtre diplomatique, apparences fastueuses et images glamour pour les magazines « pipole ». On s’extasie sur le longueur d’une poignée de mains, la liste des invités aux repas de gala, les périples de dames de compagnie, le choix des lieux de visite mais dans le fond l’essentiel comme toujours est ailleurs. La Chine s’est éveillée depuis belle lurette et comme elle a préféré une stratégie de la sangsue plutôt que celle du taureau furieux, la venue de Xi Jimping a une caractère beaucoup plus dangereux dans le contexte planétaire actuel ! Main basse sur les gisements miniers potentiels en Afrique et ailleurs dans le monde, obtention de fortes concessions sur les grandes axes du commerce mondial, investissements ciblés dan l’agro-alimentaire, main mise sur les pouvoirs politiques grâce à des promesses économiques, mise sous tutelle de fleurons entiers de l’économie de pointe par des commandes liant l’avenir du constructeur ou du fabricant à des volumes faramineux… avec méthode, patience et détermination la Chine installe la patte de son lion impérial sur la planète en profitant des faiblesse des pays occidentaux.

La Chine a par exemple investi au moins 145 milliards d’euros en Europe depuis 2010, mais la tendance est au ralentissement, à l’heure où plusieurs États durcissent leurs mesures pour se préserver des acquisitions de l’ogre asiatique. En passant par l’Italie en proie à de graves difficultés économique il a ainsi signé un vaste accord économique dans le cadre de la politique dite des « Routes de la soies dont on sait qu’historiquement elles aboutissaient à Venise.

L’Italie est maintenant la première puissance du G7 à signer un protocole intégrant un colossal projet d’infrastructures piloté par Pékin, à la suite d’autres pays européens (Grèce, Portugal, Hongrie, Pologne…). Les Chinois constituent actuellement un vaste réseau de ports qu’ils contrôlent car ils savent que le transport maritime dans les années à venir est amené à se développer. Athènes a cédé en 2016 son port du Pirée au géant chinois du fret Cosco, qui contrôle également en Espagne les ports à conteneurs de Valence et Bilbao… et qui visent certaines plate-formes portuaires françaises pouvant faute de dynamisme suffisant être privatisées. Au Portugal qui, lui-aussi, a noué des accords avec Pékin quand le pays allait mal financièrement ce sont 6 milliards d’euros de capitaux chinois, qui ont englouti sl première banque privée, l’assureur Felidade et le gestionnaire du réseau électrique (REN) et il n’y a eu aucune opposition à l’OPA lancée par China Three Gorges sur l’électricien Energias, premier groupe du pays. Toutes ces acquisitions sont-elles sans risques à moyen terme ?

Totalisant 2,1 milliards d’euros pour l’année 2010, les investissements directs de la Chine dans l’Union européenne ont bondi à 20,7 milliards d’euros sur l’année 2015, puis à 37,2 milliards en 2016 ; Les investissements chinois ont décru à 29,1 milliards en 2017, puis à 17,3 milliards d’euros en 2018 (dont 45% concentrés sur le Royaume-Uni, l’Allemagne et la… France).

En Bordelais ils font main basse sur le maximum de propriétés dans toutes les appellations. Un ami observateur de cette stratégie me disaient : «  ils n’achètent pas une qualité sauf dans certains car précis mais ils veulent l’étiquette à coller sur… des bouteilles. Sur le marché chinois très peu éduqué les achats s’effectuent sur l’étiquette qui doit avoir une gravure soignée d’une belle demeure et un nom prononçable facilement en chinois. Après… ils s’arrangent ! Des circuits parallèles d’achat de vrac existent et l’embouteillage s’effectuent sur le territoire chinois où les contrôles ne sont pas au même niveau que chez nous ! ». Ce phénomène sur lequel je pourrai apporter bien d’autres éléments s’appliquent à de nombreux autres domaines. Le suédois Volvo Cars (automobile), l’italien Pirelli (pneus), les français Club Med (tourisme), St Hubert (margarines) et Lanvin (mode), les allemands Kuka et KraussMaffei (machines-outils): autant d’entreprises de haut niveau qui sont passées sous pavillon chinois avec certes les avantages que ça comporte mais aussi et surtout avec les incertitudes que ça suppose.

En fait il s’agit la plupart du temps d’investissements institutionnels contrôlés puisque depuis 2000, 60% des investissements chinois en Europe viennent de groupes étatiques contrôlés par le gouvernement. Il est difficile actuellement de croire qu’un investisseur privé venant en France n’a pas sollicité l’accord officiel et il arrive que son initiative soit recalée pour des raisons « politiques » ou de risques économiques (l’endettement chinois est très fort). Selon les observateurs presque la moitié des investissements chinois dans l’UE en 2018 relevaient de secteurs jugés « sensibles ». Derrière les salamalecs officiels se cachent des affaires dont on ne mesurera l’importance réelle que dans une décennie ou deux mais le prestige de la France est préservé. Du moins par les apparences…