Il n’est pas certain qu’en période de crise la répétition soit une vertu pédagogique. La société actuelle n’aime plus en effet les gens qui ressassent et préfère des actes aux multiples discours destinés souvent, non pas à convaincre, mais à gagner du temps. L’interminable période des « one man shows présidentiels » répondant toujours aux mêmes questions et alignant comme des évidences ce qui relève simplement de la technique du Dr Coué s’éternise. Encore des défilés de gilets jaunes. Encore des incidents plus ou moins graves. Encore des ballons d’essai sur des réformes décalées des revendications concrètes de personnes en crise de défiance. Encore des réunions entre élus(es) locaux avec lesquels le seul espoir réside dans le besoin de renouer des liens largement déchirés par des attaques sans fondement. Le « Grand débat » devient de plus en plus, le « Long débat » ! Sauf à considérer que la durée soit considérée comme une preuve de la volonté de concerter on va vers une immense déception du genre « tout ça pour ça ! ».

En une bonne douzaine de circonstances, toutes parfaitement maîtrisées, depuis le début de l’année, Emmanuel Macron a démontré sa capacité à faire un cours parfait de professeur de Sciences Po. il a ajouté une leçon de « je vous ai entendus, compris mais on verra plus tard! » devant les maires de la région Hauts-de-France. Cette fois il les avaient conviés à déjeuner au palais de l’Élysée. Le scénario a été dans ce cadre prestigieux, une nouvelle fois sans surprises : mêmes interrogations parfaitement connues et mêmes réponses concernant la mobilité, la fermeture des services publics, la taxe d’habitation et les déserts médicaux… Il est fort probable que les deux dernières étapes du « Tour de France du débat » prévues en Bretagne et en Corse ne changeront absolument pas le classement général des préoccupations des élus(es) locaux (cales). Sur l’île de Beauté le Macron Tour risque pourtant de traverser des moments plus délicats qu’ailleurs puisque les nationalistes, appellent déjà à une journée «Isula Morta» (île morte) pour dénoncer un «pseudo-débat».

Impossible de ne pas envisager que cet étirement dans le temps et l’espace de ce qui ressemble à une tournée d’une vedette du music-hall à succès, soit destinée à occuper le champ médiatique à quelques semaines des élections européennes. En fait, comme la campagne pour le vote du 26 mai ne semble pas encore vraiment en marche, le Président se charge tactiquement de meubler encore jusqu’à la mi-avril où arriveront la conclusion et les annonces d’ordre général. D’ici là des centaines d’heures d’images relatives aux feux de poubelle, aux jets de projectiles, aux gaz lacrymogènes, aux affrontements entre black blocs et forces de l’ordre occuperont les écrans des étranges lucarnes. Une certaine lassitude risque d’envahir le pays et confirmera en résumé le principe de Coluche : « Technocrates, c’est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée ! » !

Le monde tremble dans un contexte où s’annonce un tsunami financier lié au niveau d’endettement faramineux des États (Chine, USA, Japon… et Une partie de l’Europe) et des entreprises le Président redit à la France des doléances que demain sera meilleur avec la mise en œuvre de réformes structurelles recentralisatrices. L’Europe va devoir absorber le choc d’un Brexit pouvant largement impacter « sainte Croissance » avec la France en première ligne. Et pendant ce temps rien ne semble affecter la stratégie présidentielle ressemblant au principe paraphrasé de Georges Clémenceau : « quand on veut enterrer une décision on créée un grand débat (une commission) ». Des moments très importants attendent pourtant le Président d’une République malmenée par des manquements graves aux principes fondateurs de l’exercice démocratique du pouvoir.

De l’autre coté de la Manche, les parlementaires donnent une image pitoyable. Chez nous beaucoup d’entre eux multiplient les déclarations inconsidérées et s’enlisent dans un marécage improbable où ils perdent leur crédibilité. Un gouvernement étiolé et faiblard démontre sans cesse son éloignement du terrain par manque patent d’expérience réelle de la gestion publique. En fait le Président s’est chargé lui-même de répondre à cette sensation d’abandon qui pour différentes raisons, monte dans les esprits de nombreuses catégories sociales. Il court le risque de la sur-exposition et surtout de l’insuffisance des décisions qu’il annoncera. Le « long débat » ressemble à la gestation d’une éléphante qui accoucherait d’une souris et il est certain que le « sage-homme » présent n’échappera pas au minimum à la critique et au maximum à la révolte.