François le cocu magnifique

Le ménage à trois n’a jamais été de tout repos. Le cocu n’aime pas trop d’être systématiquement montré du doigt par la complicité des deux autres. Il faut bien avouer qu’il est très vite la risée de tout le monde ce qui conduit à mépriser tout ce qu’il peut dire ou faire. En ce dimanche où trois présidents successifs de la république se sont montrés, on a assisté à des attitudes dignes d’un vaudeville à la Courteline. Ainsi Emmanuel et tous ses copains venus des anciens rangs socialistes, ont eu le bonheur et l’honneur de le voir s’acoquiner avec Nicolas, leur ennemi d’antan. Bon nombre d’entre eux ont en effet combattu ce dernier, à juste titre, avec virulence et détermination, et pourtant ils ont applaudi aux mamours effectués par Emmanuel avec celui dont ils ont dit le plus grand mal. Avant de tromper François qu’ils avaient pour la plupart contribué à faire élire il ont dit pis que pendre du nouveau copain du maître de maison. Membre d’un groupe d’économistes soutenant François, fleuron des Gracques, Emmanuel, a apporté son soutien contre Nicolas à François sans jamais pourtant se fendre de la moindre phrase critique sur le premier comme s’il savait qu’un jour il aurait besoin de son soutien ! Rien d’anormal donc à ce qu’on les retrouve bras-dessus, bras-dessous près de dix ans plus tard !

En fait il n’y a jamais eu de vraies fractures entre le tricheur institutionnel se battant juridiquement pour éviter une nouveau passage devant les tribunaux et son nouvel ami. Ils sont liés par une même vision de la pratique du pouvoir : imposer ce que l’on veut avec aplomb et mépris, dans l’intérêt exclusif de celles et ceux qui savent compter, sans se soucier des dégâts humains provoqués ce qui leur permet de démontrer une complicité de circonstances ressemblant étrangement à de la complaisance potentielle. Le petit Nicolas est ravi de cette reconnaissance ostensible et durable de celui qui n’a pourtant jamais été aussi loin que lui et qu’il remet sur le devant d’une scène comme un cabotin en mal de reconnaissance.

Emmanuel Macron s’est ainsi rendu en Haute-Savoie pour commémorer le 75e anniversaire de la Bataille des Glières avec celui qui retourne de plus en plus souvent à l’Élysée pour savourer le fait d’en être toujours quelque part un « grand maître des horloges politiciennes ». Nicolas forme désormais un couple soudé avec Nicolas dont il n’a jamais eu vraiment à se plaindre. «Si nous (sic) sommes là, c’est pour dire avec force que la leçon d’honneur et de courage que vous nous avez donnée est intacte», a déclaré le Président en exercice sous le regard ravi de celui qui avait détourné l’image et le message de Guy Mocquet lors de son entrée en fonction. Un spécialiste de la Résistance…

Le chef de l’État avait tenu à inviter personnellement Nicolas, qui avait fait des Glières un lieu de pèlerinage annuel durant son quinquennat. Après avoir voyagé ensemble depuis Paris, ils se sont assis côte à côte dans la tribune officielle de la nécropole. Ils se sont ensuite prêté au jeu des selfies, des dédicaces, du toque-manettes comme ces mariés qui s’affichent à la sortie de la mairie le jour de leur « remariage » suivant une réconciliation post-divorce! La lune de miel débute alors qu’il y a encore quelques jours les propos manquaient de toute aménité : « Macron doit agir pour restaurer l’autorité », expliquait le petit Nicolas. « L’État doit répondre. Je suis sûr qu’il le fera. Mais il faut le faire maintenant et avec une fermeté extrême » ajoutait-il avec sa sûreté de jugement habituelle. Emmanuel avale sa salive et oublie les reproches, au nom des nécessités d’une situation périlleuse. Ses fans ne s’offusquent guère de cet amour qui s’affirme ! Les « sinistres » gouvernementaux, issus de la Droite opportuniste, approuvent et les autres s’inclinent. Des marcheurs(euses) se délectent de ces retrouvailles entre deux hommes qui ont de fait les mêmes repères politiques et qui s’aimaient sans le savoir.

C’est une nouvelle « cocufication » de François qui n’a pas tort de déclarer : « Je sais qu’ils se voient assez régulièrement et qu’Emmanuel Macron est aujourd’hui plus proche des idées de Nicolas Sarkozy que des miennes que ce soit socialement ou fiscalement ». Mais il ne récolte que quolibets et reproches dès qu’il s’exprime. Il est sans cesse davantage trahi par celles et ceux qui l’ont aidé à conquérir le pouvoir et qu’il leur a ensuite distribué. Il est même rabaissé, avili, oublié et détesté par ceux-là même qui n’osaient pas, quand il occupait l’Elysée, lui reprocher la moindre bévue, votant comme un seul homme (ou une seule femme) les engagements qu’il prenait. Les aboyeurs contre les frondeurs(euses) ne trouvent désormais rien à redire au retour dans le giron du pouvoir d’un escroc notoire, d’un truqueur avéré, d’un exemple de démocrate occasionnel. Après Benalla, le meilleur copain, embauché pour la protection politique rapproché, n’est guère plus net… et nul ne saura s’il y a du donnant-donnant en préparation !

Que disent les Le Drian, Castaner, Ferrand, Colomb, Griveaux… et la kyrielle de membres de l’entourage immédiat d’Emmanuel qui ont farouchement combattu Nicolas et ses amis pour maintenant en louer les mérites ou se plaire à ses cotés ? François est vraiment le cocu parfait. Je n’ai pas eu beaucoup d’indulgence pour certaines de ses initiatives et la manière d’exercer le pouvoir présidentiel qu’il avait eu… mais là on atteint des sommets en matière de cuisine politicienne avariée. Il n’y a pas grand chose à espérer du nouveau monde tel qu’il est montré.

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1 réponse à François le cocu magnifique

  1. J.J. dit :

    Les Résistants qui ont été sacrifiés sur ce plateau des Glières ont dû se retourner dans leurs tombes. La visite de ces deux cauteleux histrions, maîtres ès-hypocrisie que l’on a vu, s’entendant comme larrons en foire et ricanant, m’a révulsé.
    J’en ai eu honte de voir de fait profaner la mémoire de ces combattants.

    « Héros des Glières, quelle est votre plus belle victoire ? […] Pour tout dire, d’avoir déjà ramené Bir-Hakeim en France. »

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