La mode actuelle, dans les grandes collectivités territoriales, consiste à préparer, à proposer ce qu’elles deviendront en 2030… voire en 2050 et qui sera mis en oeuvre dans le prochaion mandat par des personnes qui ne seront forcément plus aux affaires! Cet exercice est mené par des élu(e)s locaux(cales), des responsables associatifs, des citoyen(ne)s éclairé(e)s sous la direction de cabinets spécialisés avec une obsession : imaginer une solution ultérieure à tous les problèmes du présent. Si l’on entretient quelques illusions sur l’action que l’on a pu avoir dans le passé et surtout celle que l’on mène chaque jour, il faut s’asseoir et écouter les propositions : c’est édifiant. Le moral en prend un coup puisque l’essentiel de ce qui est proposé existe ou a existé mais parfois à été abandonné dans une séquence similaire où c’était considéré comme… inutile ou dépassé. En fait « l’observateur-acteur » a vraiment une double sensation : celle de ne pas avoir su expliquer ce qu’il faisait et celle de constater que l’on ne cesse de remettre au goût du jour les « recettes » antérieures. Les participant(e)s sont même choqué(e)s quand ils apprennent que ce qu’ils pensent inédit ou révolutionnaire a déjà reçu une réponse qu’ils ignorent !

Un constat s’impose : l’inventivité se heurte aux frontières des « territoires » connus et malheureusement personnes ne songe que, justement en 2030, tous auront disparu. Quel sera le contexte économique, environnemental, politique mondial ? Où en serons nous sur le plan politique ? La grande majorité des suggestions aura-t-elle une chance d’être encore d’actualité à l’échéance d’une décennie ? Les valeurs qui président aux prévisions seront-elles les mêmes ? On a la désagréable impression que ces séquences concerneraient une « île » socialement, écologiquement et financièrement détaché de la réalité nationale, euroépenne et mondiale au milieu d’un océan de certitudes ne dépassant pas quelques mois ! Il est donc possible de construire localement ce qui est impossible à régler globalement.

Ainsi il est fréquent de prôner l’autosuffisance alimentaire qu’il y a cinquante ans un grand nombre de familles en milieu rural assuraient sans problème. Le maraîchage à l’ancienne baptisé « bio » devient brutalement une priorité ! La vente directe des productions sur les marchés ou dans des structures collectives retrouve sa place en opposition avec la grande distribution ! La mutualisation des moyens de culture et de vente apparaîssent comme un moyen d’économiser et de valoriser. Les jeunes agriculteurs suscitent un intérêt accru pour celles et ceux qui pensent que l’accessibilité à la terre reste le seul obstacle à la production alors que les vocations tiennent à tout autre chose (incertitudes des revenus, intensité et dureté du travail, absence de formation réelle). Qui sait que les SICA existent, que les coopératives ont beaucoup de difficulté à exister, que l’économie sociale et solidaire salvatrice n’a plus sa place dans les textes et règlements européens et l’aura beaucoup moisn dans dix ans six les élections virent au bruin clair ou foncé ?

De grands débats s’enclenchent sur la nécessité d’augmenter les surfaces cultivées dans les Plan locaux d’urbanisme alors que tout un chacun rêve discrètement de vendre sa parcelle personnelle en terrain à bâtir et que les habitants installés s’opposent farouchement aux nécessités mêmes raisonnées des cultures proches (bruit de la mécanisation, traitements quels qu’ils soient, odeurs éventuelles…). Dans un atelier on réclame pour 2030 des logements peu chers en nombre suffisant sur des espaces… forcément soustraits à l’agriculture alors que dans l’autre on refuse une urbanisation qui détruit les paysages, les terroirs, les cultures. On veut des centres bourgs vivants mais habiter loin de leurs contraintes (stationnement, bruit, agitation).

En matière de mobilité dans dix ans… on reprendra, alors que l’étalement urbain a fonctionné à plein régime sur des territoires dépourvus des moindres services de proximité, l’usage de l’autocar salvateur, du tram moderne, de la bicyclette réhabilitée On propose par exempe un outil ultra-moderne, interactif permettant à quelqu’un qui emprunte une route de s’arrêter pour vous prendre pour vous conduire plus loin. Un truc qui s’appelle l’auto-stop que plus personne pratique! Aller à l’école, au collège, au lycée, au bureau, à l’usine ne devrait plus exister dans le monde de 2030 et donc la notion de déplacement individuel devrait avoir disparu si l’on en croit les propositions formulées. En définitive l’essentiel de ce qui est proposé cherche simplement à effacer les erreurs sociétales des dernières décennies.

Quand on parle de la démocratie et de la citoyenneté il est devenu très difficile d’expliquer que tout est déjà prévu dans les textes mais que leur application est souvent vaine en raison de l’absence de participation des gens qui la réclament épisodiquement. Les suggestions ne reposeront en 2030 que sur la volonté réelle des élu(e)s de pratiquer une démocratie participative ou non quand ils ne le font pas parfois faute d’interlocuteurs motivés. Elle est demandée mais peu pratiquée… et souvent quand elle l’a été elle a été ignorée ou moquée. Le constat est le même sur tous les secteurs (déchets, eau, énergie) où les textes, les plans, les décrets, les lois, les règlements figurent depuis des années dans les carnets de route des collectivités. On les a oubliés, négligés ou abandonnés. On réinvente en permanence l’existant et quand il y une décennie certains prônaient déjà un certain nombre d’actions elles manquaient singulièrement de soutien de la part des gens semblant désormais très motivés.

Il vaut mieux en politique souvent être en retard sur les autres qu’en avance… car le constat est implacable : rien de ce qui a été fait dans le passé était convenable et encore moins remarquable mais l’essentiel reste de le refaire en se l’appropriant. En 2030 ou en 2040 le progrès consistera à réparer simplement le retard pris dans le présent !