Le choc allemand et les hésitations girondines

On avait l’habitude dans les pays européens de se fier à l’appellation des partis politiques. Ils avaient souvent les qualificatifs de « républicains », de « libéral » , de « démocrates » avec le renfort d’une référence chrétienne, de « socio »… quelque chose et donc ils s’accaparaient les références d’une fidélité à des principes rassurants. Lentement mais inexorablement des taches brunes sont apparues sur les logos dans bien des pays et l’étiquette ne correspond plus aux prises de position réelles.

Ainsi en Allemagne pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la destructions d’un régime politique raciste, xénophobe, fasciste, mortifère et déshumanisé, les partis que la France classifie dans la Droite républicaine ont reçu sans sourciller l’appoint des néo-nazis. Le président d’un Land, la Thuringe, a été élu grâce aux voix de l’extrême droite, faisant tomber un tabou politique dans le pays.

Le candidat du Parti libéral-démocrate (FDP), Thomas Kemmerich, a été élu à la surprise générale par l’assemblée régionale de cet Etat de l’est de l’Allemagne à une infime majorité. Il a bénéficié des soutiens unanimes des élus du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), et de celles de la plupart des membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel.

Il a devancé d’une voix le ministre-président sortant de Thuringe, Bodo Ramelow, membre du parti de gauche radicale Die Linke, qui était, lui, soutenu par les sociaux-démocrates et les Verts… Une nouvelle digue vient de céder en Europe et celle-ci est plus que symbolique.

Il faut en effet rappeler qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes et grâce à la lâcheté des politiques obnubilés par la seule volonté d’écarter les « socialistes » d’alors de la tête de l’Etat allemand. Le 30 janvier 1933, soit il y a un peu plus de 86 ans il est appelé à la Chancellerie (un poste équivalent à celui de Premier ministre).

Le président de la République, le vieux maréchal Paul von Hindenburg (86 ans), demande à Hitler chef ou Führer du parti national-socialiste allemand (le NSDAP, en abrégé nazi), de former le nouveau gouvernement allemand. C’est l’aboutissement inattendu d’un parcours chaotique marqué par de nombreux revers…

Quelques sommités du monde économique, demandent par lettre à Hindenburg de nommer à la chancellerie le « chef du groupe national le plus nombreux », autrement dit Hitler. Il y voit le moyen de détourner les masses populaires des communistes et de les rallier à la République de Weimar ! Les mémoires défaillent donc en Thuringe… et les consciences se voilent.

L’élection de ce président de Land a valeur d’alerte en France puisque le retour des idées nauséabondes ne cesse chez nous aussi d’inquiéter les porteur.teuse.s de valeurs réellement démocratiques.La Gironde, sur certaines villes ou villages, toutes proportions gardées, est devenue à cet égard une terre d’expérimentation pour ces alliances que l’on pensait contre la nature de la sincérité politique.

La « porosité » entre des candidat.e.s ou des élu.e.s sortants lors des prochaines municipales ayant jeté aux orties leurs anciennes étiquettes bienséantes (« RPR » d’antan, « UMP » de hier, « LR » d’avant-hier ou « Debout la France » de circonstance) et les élites locales du « rassemblement national » devient une réalité en progression constante. Circulez il n’y a rien à voir car… ils ne sont plus chez nous.

On ne rechigne plus à mélanger la « Droite extrême » et « l’extrême Droite » malgré les dénégations, les envolées lyriques, les promesses de soutien quand le feu dévorera la maison commune de quelques ténors qui ont l’habileté de faire avancer à visage couvert les mêmes arrangements locaux.

Aucune similitude dans l’importance direz-vous mais c’est un signe inquiétant de la suite de l’ascension des idées portées sur un secteur géographique socialement fragile. Bien entendu il y aura des hauts cris, des protestations, des références à l’onction du suffrage universel mais les alliances objectives, concrètes sont là et ça sent vraiment mauvais. N’empêche que ce « tout sauf la Gauche » renforce subrepticement la banalisation des vrais idéaux fascisants.

Le problème c’est qu’il y a encore des « âmes sensibles » qui préfèrent, parmi celles et ceux se réclamant d’idées inspirées par la fraternité, la tolérance, la démocratie, la laïcité ne pas voir la réalité en face et de regarder ailleurs.

Continuons à préférer l’aveuglement des carrières personnelles à l’intérêt général. Poursuivons les attitudes suicidaires du refus de trancher entre l’admissible et l’inadmissible. Un front républicain basée sur des valeurs intangibles ne se discute pas face à l’union « ripoublicaine » des amnésiques revanchards de l’Histoire.

Pour ma part je me battrai, partout où on voudra de moi, jusqu’au bout pour empêcher que l’esprit « girondin » vacille et meure et je m’engage à tout faire pour ne pas avoir à choisir un jour entre la peste brune et le choléra ultra-libéral.

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13 réponses à Le choc allemand et les hésitations girondines

  1. J.J. dit :

    Rappel utile : « Il faut en effet rappeler qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes et grâce à la lâcheté des politiques obnubilés par la seule volonté d’écarter les « socialistes » d’alors de la tête de l’Etat allemand. »

    Rien n’a hélas changé, et le slogan : Plutôt Hitler que le Front Populaire est toujours d’actualité, il suffit de changer les noms.
    Et évoquer l’arrivée des chars soviétiques (une fiction bien entretenue), devenus simplement russes, aux portes de Paris fait toujours son petit effet, et donne des frissons de terreur dans le dos des béni oui oui.

    C’est l’histoire de Gribouille qui se jette à l’eau pour se préserver de la pluie.

    Extrême droite et droite extrême ? C’est bonnet noir et noir bonnet.

    • Klaus Fuchs dit :

      Merci, Jean-Marie pour cet article qui est un cri d’alarme tout à fait justifié et nécessaire. En Allemagne de l’est on assiste à une évolution très dangereuse contre laquelle les autorités se montrent très maladroits, voire impuissants, avec des villes terrorisés par des groupes ouvertement néo-nazis et violents.Impuissance ou indifférence des autorités et d’ une partie plus ou moins importante de la population, oubli de l’Histoire sont les éléments d’ un phénomène que très longtemps on ne croyait plus possible.

  2. Gilbert SOULET dit :

    Cher Jean-Marie, ton billet m’a « foutu » chair de poule tellement les faits rappelés sont brûlants.
    Notre Monde est absurde; La période des municipales chez nous en est une preuve ! Les candidats ne savent parfois plus ce qu’ils revendiquent, condamnent et/ou proposent…
    Mon amitié,
    Gilbert de Pertuis

  3. LAVIGNE Maria dit :

    Eh oui, chez nous aussi c’est pareil. L’étiquette ne vaut plus dire grand chose et les imposteurs s’imposent. Ni droite ni gauche, et de droite et de gauche mais chacun sait que l’on ne peut être assis entre deux chaises sauf à se casser la figure et entraîner dans sa chute les niais, les laquais, les ignorants, les judas qui ont cru au père noël.
    Bonne journée quand même, quant à moi, je vais aller me dégourdir les jambes et retrouver ceux qui luttent…

  4. faconjf dit :

    Bonjour,
    vous faites référence au 30 janvier 1933 en Allemagne date à laquelle les historiens balisent la mort de la république de Weimar. Une république née dans le sang des tranchées, puis de la révolution oubliée de novembre 1918 à janvier 1919 ( 15 janvier avec l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht). Assassinat perpétré à la demande d’Ebert chancelier successeur du prince Maximilien de Bade, cousin (libéral) du Kaiser et dernier chancelier impérial. Une république de Weimar chaotique mise à genoux par le traité de paix de 1919, survivante du putsch militaire de Kapp en 1920, survivante des rébellions communistes de 1920 à 1921, puis l’apparition de la Reichswehr noire et du putsch de la Brasserie fomenté par Adolf Hitler à Munich le 8 novembre 1923( qui jettera Hitler en prison) . Une année charnière marquée par l’hyperinflation et l’occupation, par les alliés, de la Ruhr en représailles du non paiement des dommages de guerre. L’appel à la grève générale et à la résistance passive pendant 8 mois amena l’économie allemande vers l’effondrement. Bien qu’en grève, les ouvriers demeuraient payés par l’État, et pour ce faire, de la monnaie fut imprimée en masse, ce qui ouvrit une période d’hyperinflation. La valeur du mark décline de 4,2 marks par dollar à 1 million de marks par dollar en août 1923 puis à 4 200 milliards de marks par dollar le 20 novembre de la même année. L’inflation est telle que les prix changent d’heure en heure et que les ouvriers se font payer une voire deux fois par jour pour s’assurer que leur salaire aura encore de la valeur à la sortie du travail.
    La république deviendra sociale de 1924 à 1929 puis sombrera définitivement sous la grande crise de 29 et la poussée du nazisme.
    Pour revenir en France et la date marquante du 6 février 1934, dont c’est la date anniversaire aujourd’hui.
    Le 6 février 1934 une manifestation antiparlementaire organisée à Paris devant la Chambre des députés par des groupes de droite, des associations d’anciens combattants et des ligues d’extrême droite pour protester contre le limogeage du préfet de police Jean Chiappe à la suite de l’affaire Stavisky. La manifestation tourna à l’émeute sur la place de la Concorde, faisant au minimum 15 morts (dont 14 parmi les manifestants), 31 voire 37 morts si l’on compte les décès ultérieurs et plus de 2 000 blessés, ce qui en fait la fusillade des forces de l’ordre la plus sanglante de la Troisième République outrepassant la fusillade de Fourmies en 1891. De nouvelles manifestations violentes – avec de nouvelles victimes du côté des manifestants – se produisirent les 7, 9 et 12 février. La gauche interprète les événements du 6 février comme la preuve d’un danger fasciste en France. Les communistes contre-manifestent seuls le 9 février, place de la République. Le 12 février, la CGT (proche des socialistes) et la CGTU (proche des communistes) décident d’une journée de grève générale et la SFIO et le Parti communiste appellent à une manifestation parisienne qui n’a pas vocation à être commune mais voit pourtant les deux cortèges se mêler à l’initiative de la base. Cette journée marque donc un premier et timide rapprochement entre socialistes et communistes.
    En juin, le dirigeant du PCF Maurice Thorez propose une unité d’action avec la SFIO ; celle-ci « accepte l’offre d’action commune contre le fascisme et la guerre » et le pacte d’unité est signé le 27 juillet. Le 31, les deux partis commémorent ensemble l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès. Le 4 octobre, peu avant le congrès du Parti radical, Maurice Thorez, Renaud Jean et d’autres représentants du PCF appellent à la « création d’un large front populaire », qui aboutit en 1936 au gouvernement de Front populaire, composé de radicaux et de socialistes avec le soutien communiste.
    La crise du 6 février provoqua dès le lendemain la chute du second gouvernement Daladier et exerça une influence profonde et durable sur la vie politique française. Après le 6 février, la droite parlementaire commence à durcir son discours et à se rapprocher de l’extrême droite. Plusieurs de ses leaders perdent confiance dans les institutions parlementaires. Cette droitisation s’accélère après 1936, avec le Front populaire et la guerre d’Espagne. Pour certaines ligues d’extrême droite, le 6 février représente une occasion manquée de renverser le régime. La déception qu’elle suscite conduit à la radicalisation de certains qui se tournent alors vers le fascisme ou le nazisme.
    Le 6 février aura aussi un impact crucial sur le maintien de l’ordre en nombre insuffisant se retrouvent acculés devant le Palais Bourbon sans possibilité de recul et finissent par ouvrir le feu. On relève encore de nombreux morts au cours des manifestations suivantes mais la leçon sera retenue par les responsables de l’ordre qui font du « zéro-mort » la règle d’or en matière de maintien de l’ordre – notamment en Mai 68.
    Le 6 février cette date charnière oubliée des Français et aussi des oligarques chargés de la politique du maintien de l’ordre ( républicain?).
    Salutations républicaines
    Désolé M. Darmian j’ai encore largement abusé en écrivant ce post trop long, mes excuses.

  5. JEAN LUC BELLEINGUER dit :

    Les dépenses militaires en très FORTE hausse depuis quelque années ,voisin de 20% , la chute des Partis traditionnels, des syndicats,
    des élus qui même condamnés sont toujours là, etc…etc…tout cela et le reste font la montée du populisme et des néo fascistes.

  6. A Cénac, nous avons bien l’association de Madame le Maire, Vice-présidente du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, ex-candidate à la députation en 2017; ayant reçue le soutien de Martine Faure, Députée P.S. de la 12ème; avec comme 1er adjoint proposé Jean-François Auby, (droite catholique) son ancien rival « apolitique » en 2014.
    « Une femme Maire, en disponibilité professionnelle, se consacrant à temps plein* à son mandat d’élue, dès les élections passées. » Documents de campagne de Mme Veyssy / M. Auby disponibles.
    (*tout de même V-P à la Région)
    Les cénacaises et les cénacais qui suivent les affaires « locales » en sont choqués.

  7. Puyo Martine dit :

    BONSOIR,
    Mme Martine FAURE est l’ancienne députée de la 12ème. C’est bien dommage que nous ne l’aillons plus. Bonne retraite Martine.
    maintenant nous avons M. Pascal Lavergne, (ex PS) devenu macroniste. Je retourne ma veste, toujours du bon côté.
    avec des candidats girouettes, comment voulez vous que les électeurs s’y retrouvent.
    Amicalement.
    PS : FACONJF très instructif et bien documenté. je présume que ce Monsieur n’est plus tout jeune pour connaître ce sujet de façon aussi détaillée.

  8. J.J. dit :

    Facon JF Merci pour ce rappel, ou plutôt pour certains sans doute cette information.
    « Le 6 février aura aussi un impact crucial sur le maintien de l’ordre en nombre insuffisant se retrouvent acculés devant le Palais Bourbon sans possibilité de recul et finissent par ouvrir le feu. »
    Il faut préciser que parmi manifestants, certains étaient armés, les uns avec des rasoirs pour couper les jarrets des chevaux de la garde, d’autres brandissaient des cannes plombée, d’autres encore des sortes de piolets formés d’une tige d’acier souple, revêtue de cuir, et terminée par un un petit marteau . J’en ai trouvé une dans un grenier, ayant appartenu à un ancien membre de l’Action Française, c’étaient des armes pouvant porter des coups mortels.
    Ce n’étaient pas des enfants de chœur !
    Salut et Fraternité

    • faconjf dit :

      La littérature sur ces évènements n’est pas très fournie hélas. Les rumeurs sur cette affaire sont nombreuses, elles ont été souvent fabriquées par la gauche de 1936 qui a occulté la présence des communistes de l’ARAC ou de l’UNC fondée par Clémenceau (900 000 membres après 1919) dans cette aventure. La dissolution des ligues de droite en juin 1936 nécessitait l’acceptation par le plus grand nombre. De tous temps l’histoire est réécrite à des fins politiques, difficile de savoir ce qui s’est réellement passé lors de cette émeute. Dans l’inconscient de la gauche, le nom du colonel de la Roque resonne comme une insulte, il fut pourtant reconnu comme résistant par de Gaulle et les historiens, déporté il décède en 1946 des suites des mauvais traitements.
      Votre affirmation sur les armes, je l’ai déjà entendue, peu d’écrits pour la confirmer, la liste des victimes directe indique 14 manifestants et 1policier décédés ce qui semble infirmer cette accusation. Si vous avez une source fiable, je suis preneur.
      Bonne soirée

  9. J.J. dit :

    Facon JF « Votre affirmation sur les armes, je l’ai déjà entendue, peu d’écrits pour la confirmer, Si vous avez une source fiable, je suis preneur ».

    J’ai bien lu cette histoire de lames de rasoir, mais désolé, je ne me souviens plus où.
    La canne avait appartenu à un membre de l’Action Française et m’a été présentée comme le « gadget favori » des membres de cette organisation.
    J’ai aussi quelques souvenirs rapportés par ma mère, qui lisait les journaux Gringoire et Candide(!) et qui, ,en parlant de personnages politiques de l’époque parlait des « Trois Galopins Sanglants du 6 février » : Pierre Cote, Frot, Risler et Guy Lachambre, qui , comme les mousquetaires étaient donc quatre…II faut cependant reconnaître qu’elle mettait tout le monde dans le même sac.

    Et je m’étonnais naïvement, ayant trouvé à la fin de l’occupation certains de ces journaux , le dénigrement, les caricatures et les attaques contre les bolcheviques, alors que l’on glorifiait la défense héroïque de l’Armée Rouge à Stalingrad et que l’on avait écouté tous les soirs Radio Moscou, en alternance avec la BBC. Ça m’a donné quelque peu à réfléchir.
    Bonne soirée

    • faconjf dit :

      J.J merci à vous de prolonger la discussion sur cet événement charnière en soulignant le rôle de la presse.
      « Après le 6 février 1934, suivant le mouvement général de radicalisation de la vie politique française, l’influence de l’Action française se fait sentir bien que Gringoire ne soit pas monarchiste. En octobre 1935, il se prononce contre les sanctions internationales imposées à l’Italie après son invasion de l’Éthiopie pour éviter un rapprochement entre Mussolini et Hitler. Gringoire se montre favorable au régime italien, ainsi qu’au régime de Salazar au Portugal tout en dénonçant le nazisme. » source Wikipédia.
      A partir de 1936 Le Front populaire français et le Front populaire espagnol sont vitupérés par l’hebdomadaire. Il prend parti pour les franquistes pendant la guerre civile espagnole par opposition au communisme. En 1939, après la chute de la république espagnole, le journal dénonce violemment l’arrivée de réfugiés sur le sol français : « L’armée du crime est en France, qu’allez-vous en faire ? », interroge-t-il en une. Après la publication, par L’Action française d’un article accusant faussement Roger Salengro d’avoir déserté pendant la Première Guerre mondiale, Gringoire lance une campagne de dénigrement contre le ministre de l’Intérieur (L’Action française ne fait plus que reprendre les accusations de Gringoire, désormais à la pointe). Quand Salengro se suicide, Gringoire ne manifeste aucun regret. André Tardieu est éditorialiste de 1936 à 1939. Après l’attaque cérébrale de celui-ci, Philippe Henriot et Roland Dorgelès rejoignent la rédaction. La parution du journal s’arrête le 26 mai 1944.
      Pour Candide, l’hebdomadaire était antiparlementaire, antirépublicain, vivement anticommuniste, au fond, antidémocrate, et ne répugnait pas aux accents antisémites. Après le 6 février 1934, il se radicalisa, comme le reste de l’extrême droite et une bonne partie de la droite, sans atteindre le fascisme musclé de Je suis partout et en conservant un ton léger. L’hostilité aux Juifs et aux étrangers s’affirma. Alors qu’il avait souvent mis en garde contre le péril allemand, Candide approuva les accords de Munich, suivant l’évolution de la mouvance maurrassienne. En 1939, après la chute de la république espagnole, le journal s’oppose en des termes violents à l’arrivée de réfugiés sur le sol français : « Toute la lie, toute la pègre de Barcelone, tous les assassins, les tchékistes, les bourreaux, les déterreurs de carmélites, tous les voleurs, tous les pillards sacrilèges, tous les Thénardiers de l’émeute font irruption sur notre sol. » Sous l’Occupation, le journal quitta Paris pour la zone sud et soutint la Révolution nationale, qui réalisait dans une large mesure les idées politiques qu’il défendait, a fortiori depuis 1934-36 . Il disparut après la Libération, interdit à cause de sa compromission avec le régime de Vichy.
      On comprend ainsi beaucoup mieux comment s’est déroulé l’accueil des réfugiés espagnols.
      Nous sommes bien dans la fabrique du consentement de Chomsky à laquelle il faut, pour comprendre un peu l’effondrement de 1940, ajouter l’analyse de l’historien Pierre Laborie que l’on peut retrouver ici; https://www.lhistoire.fr/«%C2%A0quarante-millions-de-pétainistes%C2%A0»%C2%A0
      Bonne lecture et bon dimanche

  10. J.J. dit :

    Indispensable également , « l’Étrange Défaite », un document écrit en 1940 par l’historien Marc Bloch, qui fut fusillé en 1944 par les allemands.

    « L’armée du crime est en France, qu’allez-vous en faire ? », interroge-t-il en une.

    On en a fait « la Nueve », la neuvième compagnie de la deuxième DB, commandée par le capitaine Dronne, dont les half track (l’un d’eux se nommait Guernica) furent les premiers blindés légers à pénétrer dans Paris le 24 août 1944.
    Dure réalité pour les patriotes franchouillards et xénophobes.

    Il va falloir qu’on ouvre un blog spécial, si ça continue ! Mais c’est vrai que ce « choc allemand » réveille des souvenirs qui ne sont pas vraiment heureux.
    Bonne journée.

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