Le confinavirus (3) : entrée dans le monde du silence social

Il existe un label pour les villes qui éteignent l’éclairage public la nuit de telle manière que els habitant.e.s retrouvent la véritable sensation d’obscurité. Cette initiative est favorable à la faune mais aussi permet aux amateurs de redécouvrir le ciel dans sa luminescence naturelle.

« Villes et villages étoilées » a ses partisans et ses adversaires pour des considérations soit liées à l’environnement soit à l’insécurité. N’empêche que bon nombre d’entre nous il s’agit d’un vrai retour en une époque où la voie lactée avait des allures de traînée magique.

Depuis quelques heures dans la plupart des agglomérations on en revient à une autre qualité oubliée de la vie : le silence. Certes il existait parfois la nuit en zone rurale mais il avait totalement disparu des zones urbanisées en journée.

Les fortes restrictions sur la circulation automobile et malheureusement plus encore la fermeture des magasins de proximité, des banques, des services non indispensables et celle plus appréciée par les 5-25 ans des établissements scolaires a forcément diminué le trafic. Mais brutalement vers 13 heures le robinet à voiture s’est tari et le passage de piétons est devenu décroissant. Au fil de la journée tous les espaces publics ressemblait à ceux dont rêvent tous les adeptes des immobilités douces.

Dans le contexte actuel où nous avons totalement perdu la notion même du silence puisque nous ne vivons que dans le tintamarre médiatique il va falloir habituer nos trompes d’Eustache à ne rien percevoir. Pas facile quand la société mesure son intérêt musical au nombre de décibels que lui envoie des batteries d’amplificateurs démesurée. Le silence se déguste en gourmet

En fait nous entamons une cure de « désocialisation » ce qui réjouira certainement les gens ne pouvant pas blairer les « socialistes ». En fait durant certainement 4 ou 5 semaines il faudra oublier tous les grands discours constructifs des programmes municipaux sur le « lien social » puisque le confinement va l’altérer durablement.

Le repli sur soi spontané a été stigmatisé mais là, il est institutionnalisé sous l’influence de la guerre sanitaire. Les scènes des pilleur.euse.s de papier hygiénique constituent le baromètre des préoccupations de la société actuelle : chacun pour soi et le dérisoire pour tous.

Comme dans le même temps les librairies ont été fermées comme lieux de vie « non-indispensable » et à risques puisque susceptibles d’accueillir plus d’une centaine de client.te.s simultanée on peut penser que le silence sera meublé par des sons divers et pas nécessairement par des lectures passionnantes.

Il aurait été intelligent justement d’offrir aux « cloîtrés » d’office la possibilité d’accéder, avec toutes les précautions nécessaires aux bibliothèques et de faire autant provision de livres qu’il le souhaitait pour eux et leurs proches.

Il en va de même pour les autres propositions désormais abondantes dans les médiathèques ou les ludothèques. Ouvrir le confinement à la culture aurait l’avantage de donner une utilité sociale à la mesure d’isolement ! Or dans ce domaine c’est aussi le grand silence.

Humainement il est difficile de s’adapter au vide. Le vide sonore devient vite insupportable pour les personnes qui meublent leur solitude par la superficialité du bruit. Ils relient leur place en ce monde à une forme de participation à l’agitation générale. Ne rien entendre de la vie confine psychologiquement à la mort… et on imagine mal que ce soit durable.

Une ville, un village silencieux durant la journée devient vite inquiétant voire angoissant surtout si dans le même temps les rideaux sont baissés. Il va falloir s’y habituer… et c’est probablement le plus difficile. Il faut une vraie philosophie de la vie pour supporter le néant de la vie sociale.

Il y aura donc forcément des séquelles lourdes de la période qui s’ouvre. Il y aura un après confinement un peu comme après ces longues périodes d’hospitalisation consécutive à un accident il faut ajouter une rééducation épuisante. La « sortie » de crise (dans quelle situation globale?) selon les épidémiologistes expérimentés, pas avant le début juin.

Il sera alors temps de penser aux vacances période durant laquelle il faudra gérer des déplacements de masse, des manifestations culturelles imposantes ou des rendez-vous familiaux traditionnels. Sans être d’un pessimisme malsain la France mettra de longs mois avant de retrouver un rythme social conforme à ses principes républicains. Le silence aura lourdement pesé sur nos modes de fonctionnement.

La liberté en aura prix un coup. L’égalité face à la pandémie aura été malmenée. La fraternité aura du plomb dans l’aile. Pas certain que la solidarité soit gagnante dans le contexte qui succédera à la terrible épreuve qu’aura subi un pays mal en point économiquement. En 2022 la campagne s’en trouvera grandement affectée. Silence… on tourne!

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9 réponses à Le confinavirus (3) : entrée dans le monde du silence social

  1. J.J. dit :

    L’ exemple de l’impéritie vient de haut, et pour ne pas être en reste avec les autoproclamés princes qui font semblant de nous gouverner, des hordes de parisiens se sont hier rués, les uns sur les autres, au mépris de toute élémentaire précaution, en un exode qui rappelle peu ou prou les noires années 40.
    La différence est que, si les réfugiés de » 40″furent accueillis en général fraternellement, il n’en est pas de même avec ces irresponsables, qui pour beaucoup s’imaginent partir en vacances(chez les ploucs, que l’on est bien content de trouver), au risque de contaminer notre région encore un peu épargnée. Il faut espérer que les autorités seront sans pitié pour tout manquement aux règles .  » Dura lex, sed lex ».

    J’espère également que certains n’auront pas l’audace et la goujaterie de se plaindre d’être réveillés par le coq du voisin !

  2. J.J. dit :

    Je viens de trouver ça : https://www.legrandsoir.info/aveux-d-agnes-buzyn-une-defaillance-criminelle-de-l-etat-macron.html

    Ça dépasse l’imagination . J.F Facon avait déjà cité cet auteur.

  3. La mise en confinement, offre à la planète une « respiration » salutaire… l’homme incapable de préserver sa « maison » sauf quand il est mit en « danger ». … J’aime le silence.. mais pas « celui là »
    Encore un fois, nous ne sommes pas tous « égaux » et derrière ma porte il y a des centaines de millier de gens pour qui l’isolement, le confinement est impossible… SDF et migrants, vont être des proies de choix pour cette saloperie…
    Et les bénévoles, les acteurs associatifs se mettent en danger quotidiennement, sans suffisamment de protection …sans pouvoir respecter la mise à distance…. alors le silence devient lourd, pesant… car comme d’habitude… ce « président » parle bien… mais sur le terrain il ne se passe « rien ». …. sauf pour les plus « nantis »… comme moi…un toit, de quoi manger, un certain confort, et la possibilité de m’isoler. Me protéger, est protéger les autres… oui, ….mais… dehors dans des abris de fortune, ou dans la rue…. le coronavirus fait ripaille. Fabienne.

  4. Maxou dit :

    Bonjour
    Je ne suis pas d accord avec vous.
    Sur les réseaux sociaux, la solidarité est présente et les initiatives nombreuses.
    Les confinés communiquent
    Cette crise va remettre en question la mondialisation et l ultra libéralisme.
    Le vieux monde politique et syndical deja mis à mal par les Gilets jaunes, et la grève sur le projet de retraite va devoir s adapter ou disparaitre.
    Prenez soin de vous et des autres.

  5. J.J. dit :

    Jouvet Fabienne
    Tout cela est tragiquement vrai.
    Hier soir aux régionales, je crois, j’ai vu et entendu le témoignage d’un jeun SDF qui disait : – » Comment je vais faire pour rester chez moi, je n’ai pas de chez moi !  »
    J’avoue que ce témoignage m’a déchiré.
    « Ce président parle bien », je trouve surtout qu’il parle trop.
    Quant au premier sinistre, il a barboté lamentablement sur la 2, tentant de noyer le poisson pour ne pas répondre à d’embarrassantes questions.

  6. Puyo Martine dit :

    Bonjour,
    Sale temps pour la planète ? je ne sais, mais sale temps pour les terriens puisque tous les pays ou presque ferment leurs frontières et confinent les populations. Le silence est salutaire mais angoissant. Le pire c’est, quand on vit seul, c’est de ne voir plus personne . tout à l’heure j’ai traversé une vigne pour aller poster le courrier (payer des factures !), je n’ai aperçu que 2 ouvriers agricoles en train de plier. Pas de bruit + personne à voir et encore moins à parler !……………….une mairie qui ne s’inquiète pas de sa population âgée, je suis seule. j’espère que je survivrai.
    amicalement

  7. Bernadette dit :

    Bonjour,
    Il ne suffit pas de fermer les frontières, il faut faire des tests gratuits pour le covid 19. Ça fait 1 siècle que ce virus existe et rien n’a été fait. C’est très grave.

    • Bernadette dit :

      Bonjour Martine,
      Ce que nous subissons est une crise morale. Effectivement les Mairies ne s’inquiètent pas du tout des populations.
      Les zones rurales sont délaissées au profit des intérêts communaux par ceux qui les représentent avec la politique inadaptée. Le vécu sur les territoires dont la commune est à refonder.

  8. J.J. dit :

    Puyo Martine « …..je suis seule. j’espère que je survivrai….. »
    Grâce au lien qu’a crée jean Marie, vous n’êtes pas seule. Ça fait plaisir de pouvoir partager même brièvement des idées, des avis..

    Bien amicalement à tous les lecteurs de Roue Libre, et à son auteur..

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