La France se lance dans une vaste challenge : la fabrication de masques artisanaux à tout va, inutiles il y a quelques jours encore selon les consultants des télés-pravda ils sont brutalement devenus les outils incontournables d’un hypothétique déconfinement. Internet rivalise donc de vidéos se voulant officielles ou ingénieuses pour que chaque petite main de la maison puisse fabriquer ces outils permettant au reste de la troupe d’aborder ses sorties plus sereinement.

Il y en a pour tous les goûts en matière de formes et surtout de matériaux utilisés. Bien entendu les techniques divergent et les moyens aussi. Bien entendu le talent aussi. Les machines à coudre ressortent des placards. On en revient aux fondamentaux du » made in maison ».

Il y a en effet les foyers qui possèdent une Singer pouvant faciliter le travail à la chaîne sous la conduite d’un patron compréhensible. Ce sont parfois des stakhanovistes de la prévention sanitaire qui réalisent avec tout ce qui leur tombe sous la main des dizaines de paravents à postillons virussés. Chutes de tissus, vieux draps, molleton délaissé, serviettes éponge sacrifiée sont assemblés finissent par donner des résultats diversifiés alliant élégance souhaitée et une efficacité supposée.

Cette fabrication artisanale peut être à usage individuel pour ajuster sa tenue aux événements extérieurs mais aussi à destination collective. On a retrouvé le sens du collectif avec parfois des résultats similaires à ceux de Germaine tricotant des moufles pour les lépreux Pêre Noël est un ordure.

La diversité des décors choisis pour ces cache-nez permet une certaine fantaisie en cette période où la grisaille du quotidien devient difficile à supporter. Il s’agit alors de préparer une hypothétique sortie permettant de se distinguer de la masse des visages pâles préparant à envahir les rues. Nul n’aurait imaginer notre société basculer dans le port du masque alors qu’elle refuse obstinément le port du voile réputé dissimuler aux autorités une identification obligatoire.

Ironie de l’histoire sociale, cette autre forme du voile ou du foulard portés devant le visage pour le dissimuler vont pourvoir être encouragés sur l’espace public. Il serait en effet malvenu désormais de distinguer les types de couverture du nez et de la bouche par un morceau de tissu plus ou moins efficace et à usage détourné. Chacun gfait ce qu’il peut et ce qu’il veut. En fait tout se jouera sur la différence de forme et de finalité. Le résultat ne sera pas non plus le même.

Vous verrez aussi que LVMH va s’emparer de ce nouveau marché pour personnes ayant envie de paraître. Et comme pour bien d’autres accessoires de mode ils lanceront une gamme pour gens fortunés voulant à la fois paraître et se préserver. On ira au bal masqué des vanités avec un Louis Vuitton ou un Dior de telle manière que l’on puisse afficher son appartenance au monde des gens qui ne comptent pas mais qui se méfient des autres.

Le PSG va sortir sa collection Neymar ou M’Bappé afin qu’ il soit possible de se rassembler comme au soir du match contre le Borussia Dortmund en toute sécurité. Il est certain que pour chanter la gloire de leur équipe favorite ces supporters devront oublier ce signe de richesse extérieure pour supporter ce qui rendra son utilité bien illusoire.

Les fidèles des religions en tous genres pour leur rassemblements rituels ou hebdomadaires auront des versions allégées permettant que de psalmodier des prières pour les débarrasser de ce coronavirus qu’ils ont allègrement disséminé partout comme un don de leurs dieux.. Les versions à l’encens, à l’eau de Lourdes, au baume miraculeux se préparent chez les marchands du temple. L’économie masquée repartira très vite. Sortir protégé.e par le divin a plus de gueule que par un bout de tissu ordinaire !

Face à cette montée en puissance des protections de qualité supérieure il faut s’attendre à des initiatives plus cocasses relevant de la débrouille. Ainsi il serait possible de se voiler la face avec des filtres à café en papier plus ou moins bio. Une méthode dont on murmure qu’elle pourrait bien faire fureur chez nous pour de brèves sorties à bas coût. Melita va donc pouvoir doubler sa production car les rayons des supermarchés ne résisteront pas longtemps à l’intitiative.

D’autres initiatives sont en gestation. On aurait découvert les justifications authentiques du stockage de papier hygiénique le bien nommé en cette période de contamination. Des couches extraites des rouleaux, insérées entre deux bouts de tissu, serviraient de sas efficace anti postillons. Les voies dangereuses qu’il peut emprunter deviendraient ainsi infranchissables. L’idée sera à inscrire dans les annales de la crise sanitaire

Les masques de ce type, réputés mous de la feuille offrent en effet l’avantage d’être rechargeables après lavage des deux parties supports. Maintenant une foire aux idées permettra probablement de trouver des adeptes de la feuille de laitue, du tuba de plongée ou du heaume chevaleresque… Tout ce qui a été dénigré, ridiculisé, méprisé comme solution va devenir en effet efficace. Il faut bien redonner un espoir pour masquer la réalité d’un pays impécunieux et imprévoyant. La vérité avance masquée tous les jours et en retard.