Il y a le gel et le dégel, la route et la déroute, la confiture et la déconfiture, la le confinement et désormais le déconfinement. Le mot a semble-t-il été inventé dans ces circonstances particulières et l’Académie française ne l’a pas encore inscrit en son dictionnaire. Il est quasiment certain que la Larousse lui consacrera une définition adaptée au contexte actuel. N’empêche que pour le moment on suppute sur son sens concret. La date ? La méthode ? Le contenu ? Il faudrait apporter aux journalistes des shows télévisés les réponses sur un plateau. En fait comme le veut une tradition bien française on vend partout la peau du virus avant qu’il ne soit mort.

Le confinement a deux conséquences indéniables. L’une est bénéfique pour maintenir la pandémie à un niveau dramatique mais d’un autre coté cette période préoccupe les tenants de la croissance à tout prix. Un dilemme qui ne sera pas des plus faciles à régler entre nos gouvernants actuels. Il marche sur le fil du rasoir car pour eux, le dégel du confinement ne doit pas tourner à la déroute sanitaire ou à la déconfiture économique. Les fenêtres de tir seront réduites et délicates à mettre en œuvre. Il leur faudra abandonner les dogmes de l’ultra-libéralisme déclinés depuis Bercy.

D’abord ils devront convaincre que l’épreuve de l’inactivité globale imposée par cet irruption d’un coronavirus sur la planète, ne se terminera uniquement pas sur la base de statistiques améliorées. Il n’y a pas de pires alliés de l’inconscience que les courbes d’une croissance ou d’une décroissance. Chaque jour les chiffres occupent l’espace médiatiques. Tout se quantifie : la mort comme le produit intérieur brut. Des centaines pour l’une mais des milliards pour l’autre. Pour les libéraux leurs sorts sont pourtant liés étroitement et la « barrière de déconfinement » tiendra compte de l’un et de l’autre.

Une double catégorisation des confinés sera donc mise en œuvre. Les tests aussi massifs que possible qui auront tenté d’abord de sauver les plus vulnérables, donneront ensuite un label d’immunité (provisoire?) pour celles et ceux qui seront ou pas en mesure de… produire. Les retraités, les inactifs et qui sait les fonctionnaires devront patienter avec une libération décalée. Cette méthode globale aurait pour eux l’avantage de ménager les deux aspects de la vie sociale : économique d’abord, sanitaire ensuite.

Si par malheur la stratégie se révélait inefficace ce serait alors le retour à la case départ. La distanciation sociale demeurera alors le seul recours mais cette fois il faudra éviter de donner espoir trop tôt et de généraliser le prcessus. Le scénario de longues périodes d’alternance à contenu et localisation variables, apparaît comme le plus plausible. Il sera alors temps de découvrir si le changement politique annoncé arrivera dans un tel contexte. Les repères habituels des mois à venir n’ont plus aucune sens et seront soient une fois encore adaptés, tripatouillés ou vraiement abandonnés et réformés.

Quid des scrutins en cours déjà bien malades ou de ceux qui sont programmés en 2021 ? Comment se comportera dorénavant une électorat n’ayant pas très bien compris, pour sa part la plus motivée, les incertitudes sur le résultat des municipales ? Quelle place retrouvera le politique dans l’étau que constitué par la crise sanitaire et la crise économique ? Comment prévoir à compter de l’automne 2022 une campagne présidentielle sereine dans une Europe ravagée par l’égoïsme d’État et le nationalisme combattant ?

Le virus aura bouleversé de fond en comble en quelques semaines de confinement les éléments habituels de la vie collective. Et en enfilant les jour les uns après les autres il fait oublier simplement que demain reste à construire. Toute résilience passera par des abandons idéologiques. Or il manque un mot dans toute la communication : citoyenneté ! Tout reposera dans les prochains mois sur la capacité qu’aura la France de redevenir un nation citoyenne, innovante et surtou capable de construire son avenir sur d’autres valeurs que celles du profit ou du capitalisme débridé;

Qui rappelle que le respect de consignes destinées à se protéger et plus encore à protéger la vie des autres est un acte concret, important, décisif de citoyen. Ce mot là a été bien évidemment jamais prononcé sur un quelconque plateau ou dans un quelconque éditorial. La lutre contre le Coviid-19 devient une affaire de citoyenneté or presonne n’ose l’affirer car le mot fait peur! Sortir le moins possible, privilégier les circuits courts de distribution, participer à l’effort de solidarité de proximité, tenter de convaincre du bien-fondé des mesures prises, s’intéresser au sort des plus démunis, soutenir celles et ceux qui portent leur profession au cœur avec empathie, courage et dévouement, défendre une revenu de base correct : autant d’actes citoyens concrets, mobilisateurs qui devraient servir de base à la reconstruction. Le déconfinement ne réussira que si cet état d’esprit s’installe durablement.

Le confinement qui va encore durer offre l’avantage de mettre le défilement des événements en pause ! Il manque visiblement une alternative politique globale avant la sortie de crise, faute de quoi il faudra vraiment lutter contre une autre pandémie : celle de la peste brune. Oui je sais que ce n’est pas le moment d’en parler ! Alors attendons muets avec un masque sur la bouche pour ne pas transmettre le « virus » du changement pendant l’union sacrée.