La visioconférence devient le meilleur moyen de poursuivre ses activités en période de confinement. Tous les responsables sociaux respectueux des consignes se mettent donc à soliloquer devant leur écran d’ordinateur pour transmettre à ses interlocuteurs un message qu’il pense toujours essentiel. La qualité de l’exercice dépend de la qualité du « débit » car les images accompagnant la parole ressemble parfois à celles de Canal+ d’antan sans décodeur.

Les coupures, les déconnexions ou les impossibilités de se connecter selon l’endroit où l’on est installé aggrave ce sentiment que vous êtes un inadapté de la technologie moderne. En fait on s’aperçoit que souvent le dialogue est bel et bien tributaire de la technologie et que votre droit à la parole dépend essentiellement de la dimension du tuyau qui la porte.

L’œil miniaturisé qui vous espionne finit par vous insupporter. Il ressemble à celui de Caïn dans la tombe car votre portrait s’affiche en permanence sous le regard des autres et il vous culpabilise car il n’est jamais conforme à vos espoirs. Votre entrée dans le débat nécessite que vous sortiez de cette attitude de bon élève sage et discipliné attentif aux propos des autres. C’est plus compliqué que prévu d’entrer dans un débat puisque comme à l’école il faut lever la main. La visioconférence artificialise les échanges entre plusieurs intervenants de même rang.

Il est cependant à craindre quelle devienne encore pendant longtemps et à moyen terme le moyen de tout régler dans notre quotidien. La distanciation sociale s’installera définitivement dans la vie quotidienne via des processus qui ne sont pas encore formalisés. Les malades ordinaires vont vite déserter les cabinets médicaux puisqu’il sera possible d’effectuer des diagnostics sur la base d’un entretien à distance. Les rendez-vous d’embauche commencent à s’effectuer sur les mêmes bases. Les enseignants dans certaines matière envoient les cours ou les devoirs par les supports les plus modernes.

Les élèves s’habituent à cette distanciation pédagogique. Une caméra posée sur un bureau dans une salle de classe paisible, calme, silencieuse relèvera probablement un jour prochain de l’habitude institutionnelle. Les liens avec bon nombre de services publics ou privés basculent dans l’échange visuel à distance.

Les téléphones mobiles autorisent d’ailleurs depuis belle lurette ce dialogue dématérialisé souvent à caractère privatif. Depuis le début du confinement ces échanges se développent d’une manière exponentielle. Des centaines de milliers de Français ont créé des groupes de discussions afin de pallier l’isolement induit par les mesures de confinement. Ces derniers jours, dans les pays les plus touchés par le virus comme la France, l’Espagne et l’Italie, les appels audio et vidéo sur WhatsApp ont doublé.

La notion de groupe a remplacée celle de réseau trop vaste et trop anonyme. On se rassure en se serrant virtuellement autour d’un écran. Les apéros virtuels font un tabac et bientôt les repas de famille seront organisés de cette manière.

Le son ne suffit plus. Le téléphone ordinaire vit ses dernières heures. Il faut voir, percevoir, revoir, entrevoir pour que le dialogue prenne des allures de réalités. Entendre ne suffit plus. Et la parole n’est plus suffisante. A la fin du confinement il sera totalement impossible de revenir sur ces échanges qui, certes existaient mais qui ont prix une dimension particulière. Les SMS sont dépassés car ils demandent un effort même minime d’écriture. Ils disparaîtront comme ont disparu les lettres d’amour, les cartes postales de vacances ou les messages de félicitaions ou de condoléances.

Dans les EHPAD par exemple ou depuis maintenant deux semaines les visites physiques étant interdites les échanges se déroulent via WhasApp ou Skype. Il est certain que dans l’avenir les établissements devront faire face à des demandes de ce type. On imagine que par exemple les chambres soient équipées du haut débit et de systèmes de liaison par image automatisés permettant un lien direct avec les familles. Les septuagénaires actuels sont entrés dans ce type d’échanges et il sera impossible de leur expliquer qu’ils ne sont pas possibles d’autant qu’ils sont gratuits.

Les relations humaines ne sortiront pas indemnes de cette période qui risque de durer « un certain temps » comme le fût du canon du sketch de Fernand Raynaud. En quelques mois des habitudes se prennent et comme c’est souvent le cas quand elles génèrent moins d’efforts relationnels directs, elles vont subsister. Si vous voulez en parler on peut organiser une visioconférence ou constituer un groupe WhasApp !