Le virus Covid-19 qui nous contraint à demeurer confiné.e.s encore un bon mois maintient, selon tous les spécialistes, ses mystères essentiels. Il est apparu sans crier gare surprenant si l’on en croit tous les politiques, par sa vivacité de sa propagation et sa vigueur exceptionnelle. Il n’est accompagné que d’une certitude : les discours le concernant sont dangereux pour la contamination puisqu’ils sont la première cause de l’émission de postillons porteurs de mauvaises nouvelles ! Donc il faut désormais se méfier des beaux parleurs lorsqu’ils ne respectent pas la distanciation sociale. Difficile d’avoir donc pleine et entière confiance dans la bonne parole.

En fait, après avoir entendu les déclarations de celui qui ne se présente plus comme chef de guerre (voir la chronique de hier) mais comme le Père protecteur des « derniers de cordées » (celles et ceux qui ont beaucoup de mal à suivre sur les sentiers de la croissance), il y a tout lieu de se dire que le Conronavirus a une influence forte sur la pensée. En l’espace de quelques semaines cette pandémie a bouleversé totalement les repères essentiels du néo-libéralisme à la française.

Il est certain que ses propositions ont dû singulièrement secouer les occupants de Bercy tant elles vont à l’encontre de tous les dogmes antérieurement défendus bec et ongles par les tenants d’une droite totalement dévouée aux normes européennes. Ils ont du en avaler leur calculette !

Les retombées de ce type de propos présidentiels prononcés depuis un estrade aussi élevée que celle de l’Elysée sont en fait souvent destinées à celles et ceux du premier rang. Ce public officiel contraint d’assister à la session sait fort bien qu’il est le moins protégé des efefts d’annonces. Le « gouvernement » qui est revenu souvent dans le discours, devra traduire en actes de qui a été annoncé de manière solennelle mais de manière théorique. Le job sera malaisé puisque tout ce que le virus a mis en évidence jusqu’à ce jour c’est que les discours ont eu bien du mal à être suivi des actes.

Pour le déconfinement le maître du temps a annoncé une date, celle du 11 mai. Il a conjugué la prudence en allongeant le délai de libération conditionnelle et l’audace en prévoyant une rentrée des classes en même temps. Le Ministre de l’éducation nationale vient de prendre un superbe sur son crâne parfaitement rasé. Il va falloir persuader les familles que dans des collèges ou des lycées rassemblant des centaines voire des milliers d’enfants ou adolescent.e.s avec des adultes, les risques n’existeront plus brutalement le jour J. La mise en œuvre pratique ne sera pas une sinécure. Surtout qu’il n’y aura que 5 ou 6 semaines réelles de cours. Personne n’a noté par ailleurs que pour éviter tous débordements contestataires potentiels, les facs resteront elles, fermées alors que le masque pourrait y être porté plus aisément que dans les maternelles. Mais bien évidemment ce n’est qu’une interprétation sans queue ni tête…

En ce qui concerne les masques, pour la première fois de manière ostentatoire, les postillons ont frappés les maires. Les voici de manière officielle chargés de la mise en place de cette décision « privilégiée ». A eux de se débrouiller pour trouver les dizaines de millions de ces protections qui sont potentiellement inexistantes à ce jour même si des promesses d’une industrie de guerre productive sur ce sujet devrait les rassurer. Le financement (4 à 5 € pièce) ne semble pas poser de problème alors qu’il en faudrait un par jour différent. L’État ne les rendra pas obligatoire puisqu’il ne veut pas les payer mais les proclamera « très souhaitable » ou « utile » de telle manière que les électrices et les électeurs se retournent vers leurs élus locaux. Le contexte est favorable…

Le pire c’est qu’il faut rappeler qu’aucune municipalité n’est en place après le premier tour et que certains maires ont abandonné leur poste car battus ou non-candidats. Quant on sait que d’autres, au contraire ont délibérément choisi de s’incruster bien que défaits par le scrutin et que d’autres encore en ballottage pour le second tour vont se régaler en surfant sur leur volonté d’offrir à leurs habitants un masque performant, élégant et efficace : c’est une joyeuse foire aux masques qui débute. La course électorale est lancée !

Pour les plus démunis des allocations seront allouées dans des délais les plus courts possible. Le revenu de base qui aurait permis de manière sérieuse, pratique et efficace d’ajuster les ressources de manière automatique n’a pas été évoqué. A tout hasard il existe aussi un RSA qui pourrait par des aménagements rapides servir à cet usage. Il n’y a qu’une condition : verser les sommes dues par l’État aux départements depuis des dizaines d’années et les abonder pour faire face à la situation. C’est mal parti car ce serait renier les refus de Bercy !

Alors on se contentera de cette superbe annonce que je soutiens et donc je partage humblement avec l’aveu que je peux commettre une regrettable erreur : « Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. » l’espoir fait survivre.