De ma fenêtre sur la France, je découvre un quotidien français tout à fait particulier avec ses contradictions, ses approximations et surtout ses adaptations permanentes ressemblant au louvoiement des bateaux à voile en période de vents contraires. Le plus inquiétant c’est que personne ne semble vraiment capable de désigner clairement le cap à suivre. La réalité dépasse la fiction en terme de pagaille permanente. Le décalage entre le flot incessant d’annonces nationales et les réalités du terrain provoqueront des ravages démocratiques dont il faudra de longues années avant de se remettre.

Si l’on prend un exemple concret comme celui de la gestion de la crise au plus près des habitants via les communes , on découvre chaque jour leur importance alors que l’on a cherché depuis des décennies à les supprimer, à les décrédibiliser et à les vider de leur substance ! Dans les propos du commandant du paquebot France la période qui vient sera celle très risquée du déconfinement potentiel. Or depuis la cabine de commandement difficile de s’adresser à l’océan des besoins. Et bien évidemment après avoir tout fait au début de sa prise de commandement pour recentraliser le pouvoir, il annonce tout de go que les Maires seront en première ligne avec la mission de fournisseur de ces foutus masques dont on a brutalement découvert qu’ils pouvaient être utiles.

Ces êmes Maires que l’on a envoyé en première ligne en bons soldats engagés dans le combat républicain lors d’un premier tour des municipales présenté comme sans danger. Méconnaissant totalement car sans aucune vraie expérience de gestion locale, les ardents partisans de la tenue de ce scrutin ont pensé à tout pour les courageux électeurs qui acceptaient de faire leur devoir : distances de sécurité, isoloirs adaptés, gel à profusion, désinfection des locaux. Or nul n’a un instant évoqué le moment le plus dangereux de la journée qui n’était vraiment pas la procédure de vote mais le dépouillement ! Des dizaines d’élu.e.s locaux ont payé de leur vie ces moments contraints de promiscuité dans des territoires où la contamination était montante ! On commence à s’en apercevoir à travers un recensement effectué par l’Association des Maires de France.

Le pire c’est que cette organisation à la hussarde a eu une effet dévastateur sur le fonctionnement communal. Certes pas majoritairement puisque bon nombre d’équipes sortantes ont été réélues parfois avec des scores de participation squelettique mais finalement la situation n’a guère évolué. Les éxécutifs s’inscrivent dans la continuité et possèdent les repères nécessaires pour réagir et agir. Mais quid des édiles qui ne se représentaient pas et dont les équipes ont éclaté ou ont été dissoutes ? Quid de celles et ceux qui parmi eux ont été balayés aux élections et dont les colistier.e.s sont reparties dans un confinement déçu ? Quid de ceux qui s’accrochent à leur fauteuil qu’ils ont abandonné ou qui a été éjectables ? Ils ont été maintenus dans des fonctions qu’ils ne voulaient plus exercer ou que leurs habitants parfois avec un taux de participation élevé, n’ont pas jugé bon de leur confier!

A partir du 11 mai (mais c’est à peu près certain déjà que l’on reviendra traditionnelement cette fois encore avec des exceptions à la règle à cette date) quelle légitimité auront ces ex-Maires pour agir ? ils deviennent responsables de l’achat et de la distribution des masques (certains commencent à dire qu’il en faudra au moins 4 ou 5 par personnes qui travaillent) ou de l’organisation matérielle du temps scolaire (salles de classes, réfectoire, temps d’accueil périscolaire) ? Ils n’ont que la labellisation d’une nomination provisoire donnée par l’État. Cette situation a existé dans une triste époque de l’histoire de France !

La première erreur a été d’organiser un premier tour de municipales sans être certain de pourvoir organiser le second. Mais à la limite on pourvait admettre que tous les paramètres sur la virulence de la pandémie n’étaient pas encore connus. Mais l’autre vraie erreur aura été de ne pas décider la mise en place des exécutifs municipaux élus sauf s’il y avait une arrière-pensée présente d’annuler un jour le vote d’un premier tour politiquement défavorable. On n’ose y penser ! Le mouvement de contestation de ce scrutin essentiellement porté par les battu.e.s est à cet égard bienvenu . il est pitoyable sur le fond et sur la forme car c’est à peu près certain que si le sort des urnes leur avait été profitable les sigantaires de cette pétition honteuse ne se seraient pas autant offusqués !

Bref il serait urgent de clarifier une situation délétère qui donne des relents de décrépitude de la démocratie locale. Certes de ma fenêtre je ne vois pas beaucoup de gens s’en inquiéter mais justement ce n’est pas très rassurant pour demain. C’est simplement révélateur d’un système qui sest mis en place sur la communictaion autour de la guerre : un hyper pouvoir central personnalisé avec une utilisation condescendante des pouvoirs locaux nommés qui eux s’enfoncent dans les problèmes du quotidien sans aucune légitimité. Mais peu importe… la crise est là !