En fait si on effectue une rapide synthèse sur la conférence de presse du Premier des Ministres il suffit de dire que le « déconfinement » ressemblera beaucoup à la « décongélation ». Les principes seront les mêmes et les consignes sont similaires avant et après. Par peur de la contamination notre société actuelle a été en effet « congelée » et mise en situation d’attendre qu’elle soit « utilisable » à nouveau. On a peut-être trop attendu avant justement de mettre en réserve celles et ceux qui devaient être protégés alors maintenant on trinque.

Éviter une contamination des « produits » avant leur mise à l’abri ; les sortir le moins souvent possible du lieu où ils sont entreposés ; les envelopper au maximum pour qu’ils ne s’abîment pas physiquement ; les étiqueter pour pouvoir les reconnaître en temps opportuns ; les sélectionner pour ne garder que les meilleurs : le processus suppose, dans les deux situations, surtout que la personne qui met en place le dispositif a conscience des risques qu’elle prend en manquant oeu ou prou une étape.

Il en sera apparemment de même à compter du 11 mai. Comme la « décongélation » doit être progressive et non pas agressive, le « déconfinement » aussi. C’est du moins le choix qui a été fait. On a seulement la date mais pas encore la manière précise dont les confinés seront « cuisinés » et s’ils seront encore très frais à ce moment-là. Dans la restauration collective les contrôles existent et ils mettent souvent en évidence des ruptures de la chaîne du froid catastrophique pour les « contaminations » potentielles. Il semble que le contexte actuel soit à peu près identiques pour un confinement mal appliqué par des irréductibles de la prise de risques inconsidérés pour les autres.

Le gouvernement n’a pas osé imposer une date de péremption considérant que la liberté d’utilisation des « produits » ayant un âge avancé, devait être préservé. Certains étaient donc encore en état de figurer au menu des « déconfinés ». Ils ne resteront donc pas au « congélo » si l’on constate qu’ils ne sont pas trop biodégradés. Ils ont en effet la peau dure parfois et l’habitude de patienter au frais selon les prescriptions faites depuis la crise antérieure de la canicule.

Cette méthode de déconfinement a encore besoin d’être affinée mais elle reposera c’est certain sur le comportement individuel. Chacun se déconfinera à sa manière pourvu qu’il respecte les règles sanitaires élémentaires. Le vrai problème c’est que s’il ne se les impose pas il mettra en danger la santé des autres, proches ou inconnus. Le pari de la sincérité, de la fraîcheur d’esprit, de la volonté partagée paraît un peu dangereux dans un pays où la « cuisine » citoyenne adaptée reste omniprésente.

La société française est congelée depuis tellement longtemps que la situation ne peut qu’empirer en cette période où les liens se distendent chaque jour un peu plus. C’est exact que les vieux « cuisiniers » habitués à assembler tout ce qui constitue la base du bien vivre vont pour voir commencer leurs phrases par « Ce n’est plus comme avant… »

Les fast-food des relations sociales n’ont pas attandu pour étendre leur emprise sur un pays mal préparé à une disette matérielle, culturelle et sociétale de cette ampleur. Quasiment tous les lieux, les espaces, les recoins de partage humain direct étant fermés on se tourne vers ces « drive » organisés que sont les réseaux sociaux. On y fourgue tout ce qui traîne dans les « réfrigérateurs » : des rumeurs, des approximations et de fausses informations parfois avariées depuis des lustres. On croit y débattre quand il s’agit simplement que de combattre ou d’approuver.

La décongélation des relations humaines ne sera pas pour demain ou même après-demain. D’ailleurs tout le monde a remarqué que la « distanciation sociale » a laissé sa place à la « distanciation physique », ce qui heureusement n’a pas du tout le même impact. Mais c’est trop tard le mal est fait. « Casser la croûte », « se faire une bouffe », « vien voire un coup… » ; « se faire un restau.. », « passer à l’apéro…» ; « se faire un cinoche », « se taper quelques bornes »…. et « même aller à la pèche ou la chasse ! » ne figurent pas du tout au menu du déconfinement. Loin s’en faut ! C’est normal et souhaitable devant la présence menaçante d’un virus qui, contrairement à l’ogre, ne s’attaquerait pas aux enfants.

Enfin le « décongèlement » finement mené ou la « déconfination » grossièrement appliquée sont encore devant nous. On va déguster c’est la seule certitude. Et très longtemps…