De ma fenêtre il me semble bien que la France d’après virus ressemblera beaucoup à celle d’avant. D’abord parce que les mentalités ne se modifient jamais dans notre pays sous l’influence de déclarations politiques. Bien au contraire, ces dernières se sont tellement multipliées, contredites, modifiées, infléchies ou trafiquées que rares sont les citoyen.ne.s qui, sereinement et objectivement, ont encore confiance.

Le fait que le Premier des ministres ait décidé de présenter son plan de déconfinement devant le Parlement révèle un impérieux besoin de faire partager des décisions par une majorité qui devra donc les assumer. Si la décision tourne à la catastrophe l’histoire retiendra que la représentation nationale en a endossé la responsabilité. Il se couvre… mais c’est trop tard ! Le risque demeure.

Il faut bien convenir que si le confinement était ardu à mettre en place, la « liberté » accordée à celles et ceux qui en ont été privé, sera infiniment plus délicate à mettre en œuvre. Bien avant la date du 11 mai, qui, quel que soit le contexte sanitaire, est désormais entrées dans les esprits, le laisser-aller relatif aux gestes barrière progresse chaque jour un peu plus.

Fixée probablement pour laisser le temps de dénicher le milliard de masques « inutiles » devenus « indispensables » l’échéance a un caractère purement théorique. La France n’a plus le choix : elle a limité les dégâts humains et la ruine sanitaire elle va tenter de restreindre la ruine économique qui menace. Encore une fois c’est simplement la victoire de Bercy face aux autres ministères ! Rien n’a donc changé…

Chaque soir les statistiques des victimes, le nombre des gens placés dans les hôpitaux sont scrutés par les analystes financiers. La diminution de l’impact du virus constitue un élément positif pour la Bourse et pour les finances de l’Etat puisque les perspectives du retour au travail s’améliorent. Le reste n’a désormais qu’une importance relative. Il faut renflouer les caisses qui sonnent de plus en plus creux au fil des mois.

Le gouvernement ayant, depuis ses débuts, fait fausse route avec une destruction volontaire du principe républicain de l’imposition juste et solidaire il se retrouve désormais dans une situation catastrophique. En liant les ressources indispensables à la vie collective, aux seules taxes sur toutes les formes de consommation ou sur une partie de l’activité économique, il a totalement ruiné le comportement citoyen indispensable pour reconstruire un pays qui sera en lambeaux.

En effet, alors que la seule obsession de Bercy a été la diminution des dépenses d’intérêt général il a en plus bradé ses opportunités de recettes stables et assurées. De la pure démagogie qui va se retourner durement contre l’ensemble de la population pour laquelle des semaines, des mois ou des années difficiles se profilent. Il n’y aura pas d’après possible sur ces bases là or aucun signe de renoncement réel, concret n’est en vue.

Pour le moment la préoccupation essentielle de l’opinion dominante est sociétale. Faire la fête, aller au stade, découvrir les films qui ne sont pas sortis, se rendre à la plage, s’envoler pour les vacances, retrouver les habitudes antérieures : le mois de mai restera la période où les loisirs reprendront le dessus très vite. Dès la fin du déconfinement la Nouvelle Aquitaine, la Bretagne, l’Occitanie… deviendront les eldorados pour échapper au Coronavirus de la région parisienne.

Il faudra des milliers et des milliers de membres des forces de l’ordre pour atténuer mais absolument pas espérer enrayer ce mouvement pendulaire. Les TGV du premier jour du déconfinement sont complets, archi-complets et dès cette semaine les réservations vont augmenter. D’ici à ce que l’on rouvre les aéroports pour les vols intérieurs il n’y a qu’un pas qui sera vite franchi.

Alors, un « catalogue » destiné à contenter le plus grand nombre va être dressé au Parlement. Tout redeviendra possible sans être totalement possible mais en l’étant. Comme depuis le début on tentera de diluer la responsabilité du pouvoir central en laissant les élus locaux, qui seront après les soignannt, en première ligne, pour assumer la vraie mise en œuvre du déconfinement !

La destruction de la fiscalité locale, l’arrêt et plus encore le retour en arrière sur la décentralisation, l’avenir des ressources indispensables à un fonctionnement correspondant aux besoins ou même souvent à la compensation des dégâts faits par l’État au prétexte qu’il y avait des contraintes budgétaires qui n’existent plus… devraient conduire les communes, les départements à une action solidaire vis à vis de ce pouvoir central discrédité.

La France d’avant revient dès cette semaine  Rien ne changera : l’État décide et les collectivités locales payent et le sauvent pour la énième fois. Il a accumulé les erreurs et il continue à en produire (rentrée des classes dangereuse, libre circulation d’une région contaminée à un région non contaminée, refus de nationaliser des secteurs essentiels de la vie sociale, abandon des plus faibles et des plus fragiles, pagaille institutionnelle autour justement de la gestion communale ) mais Bercy n’en a cure ! L’essentiel c’est que les taxes recommencent à rentrer !