De ma fenêtre de confiné durable, j’ai cru apercevoir un nouveau mythe entretenu par les spécialistes parisiens des hauts plateaux télévisés : le risque zéro ! Il passe régulièrement sous mes yeux et surtout il ressort des discussions que j’ouïs quand j’entrebâille les deux parties de ma seule ouverture sur la vie. Depuis les trois dernières décennies l’opinion dominante s’est forgée une méthode de pensée particulièrement dangereuse car elle combine une tentation permanente d’aller au-delà de l’ordinaire en demandant à ce que rien de désastreux puisse survenir.

Dans tous les actes de la vie quotidienne, les risques naturels, téchnologiques, psychologiques, sanitaires, financiers, humains n’ont jamais été aussi présents. Pas une minute un individu peut se considérer comme à l’abri des conséquences de ses actes. Au nom de sa liberté individuelle il compromet grandement la quiétude potentielle des autres mais jamais il saurait considérer que le contraire puisse exister. La sécurité est un dû que la société doit à chacun.e quels que soient les actes qu’il.elle commet ou les erreurs qu’il.elle n’assume pas.

Nous traversons cette crise sanitaire avec ce sentiment que la société a le devoir de nous éviter la maladie. Les services médicaux à tous les niveaux ont en charge la réparation des dégâts commis par un virus inconnu qui provoque la mort sur son passage à travers le monde. Nul ne songe que, depuis l’origine de l’humanité, des pandémies gigantesques ont dévasté les sociétés provoquant immuablement les mêmes réflexes.

Le premier a été souvent de chercher des explications irrationnelles à des phénomènes inconnus. Des affirmations péremptoires, des hypothèses hasardeuses, des expérimentations multiples ont parfois conduit à des solutions pire que le mal. Souvent les croyances en tous genres ont suppléé les manques de la science. N’empêche que la revendication vis à vis des pouvoirs scientifiques, politiques ou religieux demeure : supprimer tous les risques en trouvant une parade à absolument toutes les maux dont souffre le monde. Au fil des siècles la « sécurisation » de la vie sociale a constitué une revendication puis est devenue une nécessité avant de constituer une obligation.

Le second a consisté à demander à la science de trouver les remèdes dans tous les sens de ce terme à ce qui est considéré, au moment où il se produit comme intolérable. Pas un geste ordinaire qui n’est pas sa parade ou sa recherche de parade. Pour éviter par exemple qu’une vitesse excessive en automobile cause des morts le système invente les glissières de sécurité, les revêtements de plus en plus sophistiqués, les radars imaginatifs et tant d’autres aménagements qui ont pour vocation de diminuer les accidents souvent liés à des imprudences individuelles. Il en est ainsi dans tant de secteurs que l’humanité passe son temps à générer les dangers pour ensuite le consacrer à les refréner ou à les éliminer.

Alors que nous sommes concentrés sur les histogrammes liés aux conséquences mortelles du coronavirus en France et plus largement en Europe, des désastres gigantesques se préparent. L’agité du bocal qui règne sur les Etats-Unis accumule les décisions épouvantablement dangereuse avec la bénédiction d’une fraction de son peuple détruite par l’irrationalité entretenue depuis des décennies par l’acculturation et le culte de l’égoïsme présenté comme un facteur de salut.

En Russie, ce n’est pas mieux, le COVID-19 traité avec supériorité par le tsar qui s’y est installé à vie, menace singulièrement les villes les plus nucléarisées de l’ouest de son empire. Après le site de Tchernobyl qui s’est retrouvé assiégé par un incendie la menace n’est guère prise en compte sur les télés perroquets. Là encore le risque zéro totalement absent malgré toutes les affirmations institutionnelles n’a vraiment aucun sens car la menace est infiniment supérieure à celle du virus.

Enfin une autre courbe que celle de l’évolution de la pandémie risque bel et bien de ramener bien de celles et de ceux que j’aperçois par ma fenêtre. Le drame d’un crise sociale sans précédent. « Partout à travers la planète, le confinement de plusieurs milliards de personnes est en train de provoquer un gigantesque choc social. La première répercussion visible se trouve dans les soupes populaires et les banques alimentaires. Des millions de personnes qui vivaient sans réserve financière ont basculé en même temps, soudain sans ressources. Mais la grande crainte est que ce ne soit qu’un début. » annonce un article du journal le Monde du 21 avril (1).

Nous continuons à ignorer que dans notre pays réputé développé les conséquences d’un déconfinement manqué prendrait des allures de tsunami de précarité, de misère et de déstructuration sociétale. De ma fenêtre je le vois et je l’entends… mais bien entendu le culte du risque zéro nous conduira à trouver une solution simple : faire après comme on faisait avant !

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/21/coronavirus-le-confinement-provoque-une-crise-sociale-mondiale_6037257_3234.html