De ma fenêtre sur la rue de mon petit monde j’ai vu, déjà à plusieurs reprises, s’enfuir, vers je ne sais où, la confiance dans la puissance publique. La crise sanitaire n’a pas qu’affaibli que les corps mais elle a de plus en plus, mis le doute dans les esprits. Certes, il fallait aux grands de la classe politique un temps d’adaptation dans des circonstances exceptionnelles, mais la navigation à la corne de brume n’est guère rassurante en cette période où les certitudes sur l’avenir étaient peu nombreuses.

Depuis le début de l’irruption du coronavirus dans la vie quotidienne, un débat agite la société, c’est celui du port du masque. Tout a été dit. Toutes les sortes de protections ont été présentées au grand public. Toutes les appréciations variables selon les périodes ont été fournies. Toutes les justifications, plus ou moins, vaseuses ont été énoncées. Toutes les volte-face ont eu lieu. A l’arrivée, la fiabilité des annonces successives, la multiplicité des porteur.euse.s de messages, ont inexorablement ruiné le peu de confiance qu’ils pouvaient encore y avoir une communication biaisée.

D’abord? il a été longtemps expliqué que les femmes et les hommes en première ligne seraient les prioritaires sans que l’on ait pris la moindre initiative pour leur procurer les masques adaptés. Le vrai problème c’est que rapidement on s’est aperçu que le stock était mince, que les commandes n’étaient pas à la hauteur des besoins, qu’elles avaient été faibles en quantité et tardives. Chaque jour il fallait donc attendre, attendre, attendre…des lendemains fertiles en arrivées de masques. Aucune explication crédible n’a jamais été fournie car elle relevait simplement, comme d’habitude en France, des ukases de Bercy.

En effet l’Etat passe, sur les recommandations de sa technostructure, ses commandes selon la procédure des marchés publics. Démarche louable sur le plan légal mais qui aggrave considérablement les délais de fourniture et surtout qui est totalement inadaptée aux achats dans des pays étrangers. Le problème c’est qu’en Chine, seul et unique pays d’approvisionnement, le paiement cash est largement préféré au système du pourcentage à la commande (30 %) et au règlement à la réception de la marchandise. Et notre sytème des marchés publics ne le permet pas !

Malgré les affirmations de toutes les sortes des porte-parole politiques la gestion des masques d’urgence aura été un véritable fiasco. La faiblesse du système de production français a aggravé cette pénurie et a renforcé la récession puisque les deniers publics sont allés enrichir les Chinois. Cette situation explique deux phénomènes : les vendeurs qui ont préféré sur les tarmacs les dollars rapides et tangibles des acheteurs étrangers et les réquisitions des ARS de parts considérables des commandes reçues par les collectivités territoriales plus réactives et plus souples.

Ensuite, il y aura eu l’épisode du port du masque en tissu dans la rue. « Inutile », « sans intérêt », « peu efficace », « libre choix », « intéressant », «recommandé », « utile », « indispensable » et dans certains cas pour le moment « obligatoire » : chaque évolution de la qualification a permis de faire évoluer un dossier qui aurait dû être réglé immédiatement. on a simplement gagén du temps pour le déconfinement qui rendait ces protections incontournables.

Un engagement é donc été maintes répété officiellement par les plus hautes autorités de l’Etat : « fourniture à toutes et à tous » (sans en préciser le financeur) avant que Bercy ne se rende compte du coût d’une telle promesse. En marche arrière il a donc encore une fois été question de refiler une part de la dépense aux… collectivités territoriales heureuses de pouvoir se lancer dans la course au cadeau offert à l’électeur.trice contaminateur.trice. Enfin il avait été aussi malencontreusement oublié de préciser que les braves gens, quels que soient leurs revenus, devraient aussi mettre la main à la poche. Et alors là, miraculeusement les majors de la distribution en ont trouvé, eux, des millions, si ce n’est des milliards en quelques jours, de par le monde !

Alors que les EHPAD ou les professions médicales ont dû attendre la livraison au compte-goutte, des semaines durant, leurs équipements de sécurité, les masques de toutes sortes pulluleront dans les étals des grandes surfaces en moins d’unes emaine. Un miracle ! Le gouvernement le savait depuis longtemps car lors du débat au parlement les ministres avaient refusé avec obstination que cette vente soit exonérée de TVA. Bercy comptait bien en effet récupérer, en partie grâce à la TVA encaissée sur les masques, les dépenses faites sur le secteur hospitalier. Les Finances ont cédé mais ont concédé la vente des premiers masques aux bureaux de tabacs ravis de l’aubaine eux qui ont été les seuls à rester ouvert, hors alimentation, durant la crise.

Les masques lavables seront donc vendus dans les seuls commerces d’enseignes à un tarif de l’ordre de 2 à 3 euros. Le prix d’un masque à usage unique dit chirurgical sera lui inférieur à 1 euro. Les Françaises et les Français passeront inexorablement à la caisse car ils risqueront une amende. Une situation qui permet à la représentante gouvernementale de Bercy qui s’opposait à la suppression de la TVA d’affirmer tout de go :  » nous vons respecté grâce à nos efforts de mobilisation le principe de la gratuité des masques. » De ma fenêtre je vois la confiance masquée s’enfuit et la défiance s’installer durablement.