De ma fenêtre de confiné pas très malheureux, je pressens que cette semaine va paraître très longue à celles et ceux qui rêvent d’un monde d’après coronavirus identique à celui dont ils auraient été privé depuis la mi-mars. Tous les soirs, ils vont scruter la carte de France pour savoir si les feux de l’amour du Covid-19 restent bien toujours au vert ou s’il leur faudra encore attendre si le rouge est mis. 

Dès l’aube les plus courageux auront rempli leur imprimé de dérogation pour attendre devant la porte de la supermarché afin d’acheter la boite du fameux masque qui coûte pas cher. En même temps ils en profiteront pour remplir un petit chariot puisqu’il ne reste plus que quelques jours à tenir.

Il est bien à craindre que soient trop nombreux les « déconfinés » par anticipation dès le 8 mai avec une envie de célébrer une libération sans commune mesure avec celle de ce jour capital dans l’histoire de l’Humanité. On sent bien en effet que, pour des raisons diverses et plus ou moins « avariées » tout le monde joue sa carte du pain à gagner pour s’affranchir des gestes de lutte contre la progression du virus.

Chaque soir sur les plateaux ds télés décomplexées faute d’être confinées à la vérité, les demandes dérogations pleuvent ! Les corps constitués affichent une raison spécifique pour échapper aux contraintes collectives. Il faudra bien des représentants des forces de l’ordre pour vérifier que les règles destinées à préserver ce qui peut l’être encore sont respectées. Déjà qu’un mètre paraît une distance impossible à faire entrer dans les mœurs, qu’en sera-t-il pour 100 kilomètres ?

Des scénarios ont déjà été mis en place par les petits malins désireux de rejoindre leur résidence secondaire. Il suffit avec un véhicule de se rendre à 90 km de son domicile, de stationner et de se faire récupérer par un ami du lieu de destination situé à quelques dizaines de kilomètres supplémentaires.

Un taxi pour les plus fortunés ou simplement un train apportent le même résultat avec une automobile de location. Sauf à vérifier durant le week-end les ouvertures d’appartement ou de maisons et d’aller enquêter auprès de chaque résident.e il y aura de la déperdition en matière de dispersion du coronavirus. On en mesurera l’impact que dans une quinzaine de jours.

D’ailleurs rien n’indique que si les statistiques du Professeur Salomon traduisent une lente diminution de la pandémie il en soit de même durant la semaine qui s’ouvre car elle correspond en fait au comportement du pays il y a quinze ou vingt jours plus tôt. D’ailleurs le Premier des Ministres mis en difficulté par l’annonce présidentielle rechigne grandement à porter la responsabilité d’une seconde vague probablement plus dangereuse que la première. Le milieu hospitalier a décidé de s’y préparer pour la première quinzaine de juillet afin de ne pas être pris de court. Les commandes de masques sont parties assez tôt cette fois.

Alors qu’au sommet de l’État, officiellement il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre l’Élysée et Matignon il semble bien que depuis l’annonce ex-abrupto du déconfinement le 11 mai il y ait un petit virus de la défiance qui s’insinue dans leurs relations. C’est un secret de polichinelle !

Le « prince Edouard » n’a pas du tout apprécié que la libération soit annoncée alors que rien n’est définitif sur la maîtrise du mal qui court. Il s’en est épanché auprès du sauveur des confinés en insistant comme le font actuellement tous les maires lucides sur sa responsabilité personnelle dans des mesures qui se révéleraient désastreuses dans les écoles.

L’évocation du sort que la justice a réservé à Laurent Fabius dans le triste épisode du sang contaminé a généré des crispations compréhensibles à propos du déconfinement contre l’avis écrit du conseil scientifique. Les éminents conseillers de Matignon ont donc décidé que le plus prudent serait de passer un texte de loi en toute hâte à l’Assemblée. Un vote des représentant.e.s du peuple en marche avait en effet l’avantage d’être plus protecteur qu’une signature au bas d’une ordonnance.

L’opération va se renouveler dans quelques temps sur le retour en milieu scolaire puisque les élus locaux, à juste titre, ne veulent pas être, à leur tour les « responsables » mais pas « coupables » d’une opération qui les expose à tous les recours éventuels quoi qu’ils fassent. Et la tribune des député.e.s et des sénateur.trice.s de hier attestent que la majorité présidentielle devient très méfiante sur le résultat du retour en classe.

Cette strétégie a fortement déplu au détenteur du pouvoir suprême car elle met en évidence sa propension de « chef de guerre » à se valoriser en envoyant les autres au charbon dans une affaire où il faut vient l’avouer on n’est pas l’abri d’une surprise quotidienne. Le 11 mai ne sera probablement pas la date du déconfinement mais restera comme la date pour le départ d’ un divorce en gestation. Du moins c’est ce que je perçois de ma fenêtre…